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CHAPITRE III L'Australie

Beaucoup plus jeunes que le Canada les dominions d'Australie, de la Nouvelle-Zélande et de l'Afrique australe ont à peine un quart de siècle d'existence, et tous ont adopté une organisation constitutionnelle semblable à celle qui avait assuré le succès de leur grand aîné. Mais chacun d'eux conserve les caractères originaux qu'il tient, pour une grande part, de sa situation géographique.

Ceux de l'Australie dérivent de sa position insulaire qui, la mettant jusqu'à nos jours à l'abri de tout péril extérieur, lui a permis de poursuivre en champ clos ses expériences colonisatrices. En outre, les premiers colons ont été libres de s'emparer à leur guise d'un immense territoire. On a pu dire que là ils s'étaient trouvés brusquement en contact avec la civilisation de l'âge de pierre. Les indigènes ne tiennent aucune place dans l'histoire de la colonisation australienne. Celle-ci se résume dans la fondation sur le pourtour d'une île gigantesque d'une série d'établissements qui restent jaloux de leur indépendance et ne prennent que très lentement conscience de leurs intérêts communs.

Malgré les voyages de Tasman et de Dampier au xvu* siècle, les explorations de Cook et de Bass à la fin du xviic siècle, l'Australie était à peu près inconnue lorsqu'on 1798 le capitaine Phillip vint débarquer à

liotany bay, et fonda non loin de là le port de Sydney.

Le Français La Pérouse, arrivant une semaine après, lut abandonner aux anglais leur conquête, et peutêtre le gouvernement de Pitt en faisant partir Phillipp avait-il voulu devancer nos marins; mais la principale raison qui le décidait à cette entreprise était qu'aprè3 la perte des Etats-Unis il lui fallait trouver ailleurs une colonie de déportation. Parmi les onze cents compagnons de Phillip les trois quarts étaient des forçats. Leur présence fut, dans les débuts de la colonie qui reçut le nom de Nouvelle Galles du sud, une cause de difficultés constantes. Les premiers gouverneurs durent reléguer les plus turbulents d'entre eux dans les îles Norfolk, puis fonder un nouveau bagne en Tasmanie. Le colonel Macquarie, gouverneur de 1829 à i83o, s'attira par contre le ressentiment des colons en essayant de se concilier les forçats qui formaient alors la moitié de la population.

Plus difficile avait été encore pour les premiers venus de s'assurer dans ce pays perdu les plus indispensables moyens d'existence. Nourriture, vêtements, tout était à créer, et les indigènes ne pouvaient être d'aucun secours. Toutefois, dès 1S01, le capitaine Mac Carthus vint de l'Afrique du Sud tenter l'élevage des moutons, et le succès de ses expériences permit à la colonie de se développer. La fin des guerres napoléoniennes fit ensuite grossir le flot des émigrants, et en 1823 les progrès de la nouvelle colonie parurent assez grands pour que la métropole consentît à lui donner un embryon d'autonomie. Le gouverneur militaire vit instituer à ses côtés un conseil consultatif où les colons furent représentés, et le jury fut d'autre part introduit dans la juridiction civile.

Les immigrants, qui jusqu'alors étaient restés rassemblés aux alentours de Sydney commencèrent, vers ce moment, à foncier ailleurs des foyers de vie indépen-

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dante, suivant les traces des explorateurs qui marchaient à la découverte du continent nouveau. En 1824, Howell et Hume, après avoir franchi les Montagnes Bleues, tournaient au sud et rejoignaient la mer à Port Phillip dans la région où allait se développer la colonie de Victoria. Deux ans plus tard Cunningham, faisant un circuit semblable vers le nord, découvrait la contrée attrayante des Darling Downs et aboutissait au port de Brisbane.

Les cours d'eaux rencontrés par les voyageurs donnèrent à penser qu'ils devaient se déverser dans quelque lac central, et nombreux furent ceux qui partirent

sa recherche. Pourtant Charles Strut, en i83o, découvrit que la Murray se jetait dans la mer par une embouchure dissimulée dans les roseaux, et, dix ans après, E.-J. Eyre montra que le déversoir intérieur se réduisait à quelques lacs salés dans une contrée désertique. Du moins, la poursuite de ce mirage avaitelle servi à reconnaître les régions du Queensland et de Victoria qui, après celle de Sydney, prirent bientôt ieur essor.

Grâce à l'élevage des moutons la Nouvelle Galles du sud faisait de rapides progrès, mais ses colons trouvaient d'autant plus pénible la présence au milieu d'eux des forçats. On avait essayé d'utiliser leur maind'œuvre dans les exploitations agricoles, mais il en était résulté un développement insupportable de la criminalité. De là des plaintes répétées qui finirent par émouvoir le Parlement. En i84o, celui-ci résolut d'arrêter l'envoi des déportés.

La Nouvelle Galles avait eu, d'autre part, à résoudre le problème vital de la distribution des terres. On avait d'abord proclamé le principe que les terres inoccupées étaient propriété de la Couronne. Elles étaient alors distribuées ou vendues à bas prix. Mais s'il était trop aisé de devenir propriétaire comment pourrait-on

recruter une main-d'œuvre suffisante? Le gouverneur décida, en i83i, de ne vendre les terres qu'au prix minimum de 5 shillings l'acre; en 18^2, ce prix fut porté à i livre (62 fr. 5o par hectare). Comme les immigrants pauvres ne pouvaient pas en acquérir, on leur accorda des licences temporaires comportant une option de rachat au prix d'origine, et beaucoup d'éleveurs purent ensuite profiter de la prospérité des années suivantes pour faire ainsi fortune. Un fonds spéliai, alimenté par les ventes de terres, servit d'autre \>art à encourager l'immigration de la main-d'œuvre, en même temps qu'à entreprendre des travaux d'utilité publique.

Le régime politique établi en 1823 devenait insuffisant pour une colonie si prospère. C'était d'ailleurs le moment où le rapport Durham apprenait aux Anglais que mieux valait faire de bonne grâce des concessions inévitables. L'expérience canadienne servit les Australiens. En 18^2, le Parlement remplaça leur Conseil consultatif par une assemblée qui, avec 12 membres désignés par le gouverneur, en comprenait i!\ élus par les colons. On introduisit dans la colonie le système de franchise électorale existant en Angleterre. Le gouverneur continuait à ne dépendre que de la Couronne. Il se réservait les opérations de vente des lerres et la disposition du fonds qu'elles alimentaient. 11 conservait enfin un droit de veto sur les décisions de l'assemblée. Celle-ci n'en obtenait pas moins une compétence législative et financière.

Importante par elle-même, la réforme de 18/12 allait mu tout devenir la première étape d'une série rapides transformations. Etait-il encore possible de maintenir sous un gouvernement unique tous les Australiens.'» Les colons de Sydney, fiers de leur privilège d'ancienneté, voulaient s'en convaincre, et la métropole, trop éloignée, pouvait encore le croire. Mais,

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c'était ignorer qu'à côté de Sydney existaient désormais des centres vivaces de colonisation, échelonnés au long d'une côte immense, acculés à des montagnes pratiquement infranchissables, et ne communiquant entre elles que par de longues traversées maritimes.

Au nord Brisbane, le port du Queensland, fermé tant qu'il avait été le siège d'une colonie pénitentiaire, s'était ouvert au commerce en 18/io. Au sud, John Batman, colon de Tasmanie, était venu, en i835, s'établir dans la région de Victoria et s'y était fait concéder par les indigènes un immense territoire. Le gouverneur de Sydney, après de vaines protestations, avait pris le parti de couvrir cette initiative et de venir lui-même fonder, en 1837, la ville de Melbourne.

La loi de 1842 avait tenu compte de ces faits nouveaux en divisant la Nouvelle Galles du sud en trois circonscriptions administratives. Concession insuffisante puisqu'elle les avait subordonnées au gouverneur de Sydney et à l'assemblée qui siégeait dans la capitale. Les colons de Victoria ne voulaient plus dépendre d'une autorité si lointaine et, pour le faire comprendre à la métropole, ils ne trouvèrent rien de mieux que de mettre en tête des six députés qu'ils devaient déléguer à l'assemblée le nom du secrétaire d'Etat des colonies lord Grey. Il ne devait pas être plus difficile pour lui que pour eux d'entreprendre le voyage de Sydney. En i85o ils obtinrent satisfaction et Victoria devint une colonie indépendante. Neuf ans plus tard, il en fut de même pour le Queensland.

Au milieu du siècle, l'Australie avait déjà 43o.ooo colons. L'agriculture sur la côte, et surtout l'élevage lui assuraient un brillant avenir. C'est à ce moment que la découverte de l'or vint lui donner une prodigieuse impulsion. Les premiers filons en furent aperçus dans la Nouvelle Galles par des prospecteurs qui

rentraient de Californie, mais bientôt Ballarat, puis Bendigo, en Victoria, devinrent les principaux centres miniers qui, dès 1862, produisirent 275 millions de francs. Comme en Amérique on vit accourir une foule d'aventuriers à la poursuite de la fortune. L'afflux des immigrants à Victoria fit monter la population en cinq ans de 70.000 à 33o.ooo habitants. Celle de l'Australie atteignit en dix ans 1.200.000 habitants; sa progression fut relativement beaucoup plus rapide que celle des Etats-Unis : « Il y a des villes champignons en Amérique; c'est l'Australie toute entière qui est champignon. » (Pierre Leroy Beaulieu).

La colonie de Victoria avait d'abord voulu faire payer un droit de prospection, mais beaucoup de nouveaux venus furent incapables de s'en acquitter. Des protestations violentes se produisirent et, à Ballarat, il y eut des troubles qui dégénérèrent en bataille. L'ordre rétabli, le gouvernement eut la sagesse d'abaisser le prix des licences à un taux purement nominal.

La foule des nouveaux immigrants n'était pas non plus disposée à vivre dans une passive soumission. Elle voulait être admise dans le corps des citoyens. Sa présence introduisit un ferment d'indépendance dans les colonies qui, d'un mouvement parallèle, entreprirent la réforme de leurs institutions.

Comme la loi de 18/io leur avait reconnu le droit de proposer des amendements elles en usèrent pour préparer des constitutions nouvelles, et l'Angleterre eut l'intelligence de ne pas s'opposer à leurs désirs. Par les lois de i855 le régime parlementaire fit ainsi son apparition dans les colonies. Chacune d'elles eut uno législature de deux Chambres : Chambre basse élue avec une franchise très étendue, Chambre haute nommée par le gouverneur en Nouvelle Galles, ailleurs élue au suffrage restreint. Les gouverneurs anglais,

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représentants de la Couronne, eurent désormais à' côté d'eux un Cabinet responsable.

Les colonies dont nous avons retracé l'histoire n'occupaient qu'une étroite bande côtière au sud-est du continent. Mais d'autres établissements avaient entre temps commencé à se développer dans l'ouest et dans le sud de l'Australie. Tous deux venaient de traverser, quoique pour des raisons opposées, une ère de grandes difficultés, et n'étaient parvenus que vers le milieu du siècle à les surmonter.

Dès 1827, le gouvernement britannique avait prêté l'oreille aux projets du capitaine Stirling, qui lui proposait de fonder une nouvelle colonie sur la côte occidentale. On pouvait y craindre l'arrivée des Français ou des Américains, et il fallait les devancer. Le gouvernement autorisa un groupe de capitalistes à tenter l'aventure et accepta de lui concéder des terres sur la base de £0 acres pour 3 livres de capital. Stirling y débarqua en 1829, et dès l'année suivante 4.000 colons l'avaient suivi. Mais leur déception fut grande. Ils s'étaient dispersés sur une étendue beaucoup trop vaste rendant impossible tout effort commun. Une partie des terres se révéla infertile; il fallut importer la nourriture, et tout ce qui leur était indispensable pour vivre, des lointaines colonies du sud-est. Le capital primitif fut vite dissipé et les trois quarts des immigrants se décidèrent à repartir. Ce qui permit aux autres après bien des misères de se tirer enfin de peine ce fut, par une étrange contradiction, la main-d'œuvre des déportés. Au moment où la Nouvelle Galles se fermait à l'immigration des forçats, l'Australie occidentale réclama et obtint au contraire cette main-d'œuvre. Elle devait continuer à la recevoir jusqu'en i865 où, cédant enfin aux menaces des autres colonies qui se préparaient môme à la boycotter, elle consentit à y renoncer. Du

moins la colonie était-elle alors assurée de survivre. En 1870, la métropole lui accorda une constitution semblable à celles qui étaient en vigueur depuis i855 dans le reste du continent.

Les désillusions de l'Australie occidentale n'étaient point passées inaperçues en Angleterre où la « Société de colonisation » ne manqua point d'en tirer profit. On sait que Wakefield, son principal représentant, soutenait que dans les colonies nouvelles il ne fallait pas accorder de concession gratuite, mais vendre les terres pour y fixer les immigrants et se procurer ainsi les ressources qui serviraient à en attirer de nouveaux. Non content de condamner l'expérience faite en Australie occidentale, Wakefield voulut une contre-épreuve et décida de tenter ailleurs l'essai de son propre système.

Lorsque le voyage de Sturt eut fait connaître l'embouchure du Murray, Wakefield fonda une compagnie destinée à coloniser l'Australie méridionale. Il vint à bout des résistances du ministère qui, en i834, autorisa la « South Australian Association » à envoyer dans ce pays des émigrants et à leur distribuer des terres qui leur seraient vendues au prix de 12 shillings par acre. Un emprunt garanti sur le produit des ventes devait permettre à la colonie de s'organiser.

En i836, le port d'Adélaïde était fondé. Les débuts furent brillants, mais bientôt les colons les moins heureux essayèrent de revendre leurs lots à bas prix. Concurrence désastreuse pour la compagnie qui voyait, d'autre part, refluer sur la ville les colons découragés.

Elle dut, pour subvenir à leur misère, engager sur une grande échelle des travaux publics qui, en cinrj ans, épuisèrent ses ressources.

Le gouvernement reprit alors la haute main sur la colonie, et l'envoi en qualité de gouverneur de sif, George Grey, dont nous verrons en Nouvelle-Zélande et dans l'Afrique australe les éminents services, fut

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pour la colonie un gage de salut. Grâce à son énergie les travaux publics furent peu à peu supprimés; la foule des travailleurs urbains retourna coloniser la terre. Au milieu du siècle, l'Australie méridionale comptait plus de 5o.ooo habitants et la métropole la jugea digne de recevoir à son tour une constitution.

Les colons anglais se trouvaient ainsi répartis en cinq colonies distinctes sur le pourtour de l'Australie, et ceux de la Tasmanie en formait une sixième. Chacune se gouvernait en pleine indépendance à l'image de la mère patrie, et il n'est pas surprenant qu'elle^ aient été beaucoup plus lentes que les colonies canadiennes à prendre conscience de leurs intérêts communs.

Elles restaient, en effet, séparées par les vastes contrées désertiques qui s'étendent à l'intérieur de l'Au» tralie. Ce n'est qu'en 1861 que Burke et Wells avaient réussi à les franchir de Melbourne au golfe de Carpentarie, et ce fut seulement en 1874 que John Forrest réussit la première traversée de l'ouest à l'est du continent. On avait établi les années précédentes une ligne télégraphique qui, partant d'Adélaïde, allait rejoindre la côte du nord, mais les colonies ne communiquaient pratiquement entre elles que par la voie maritime.

Pour qu'elles consentissent à abdiquer une partie de leur indépendance entre les mains d'un gouvernement fédéral il fallut, dans les vingt dernières années du siècle, le sentiment grandissant d'une menace étrangère.

Elles s'étaient habituées à croire qu'elles pourraient rester à l'écart des luttes coloniales, et déjà l'établissement de la France en Nouvelle Calédonie (i858) leur était apparue comme une agression. Elles virent ensuite la France se lancer à nouveau dans les expéditions colonisatrices par la conquête du Tonkin. Et en 1893, la rivalité franco-anglaise au Siam fut sur le

point d'engendrer un conflit. L'Allemagne, d'autre part, plantait son drapeau aux îles Marshall, aux Caro- Unes, et venait s'établir en Nouvelle Guinée. Quelques années après, l'impérialisme américain allait entraîner les Etats-Unis à s'emparer des Philippines, et le siècle finissant voyait l'Angleterre isolée, toutes se* ressources absorbées dans la guerre sud-africaine, incapable de protéger ses lointaines colonies. Les succès du Japon allaient enfin inspirer aux Australiens de nouvelles et plus vives inquiétudes.

En i883, une conférence avait assemblé les délégués des diverses législatures. Elle s'était contentée d'étudier une unification de la procédure, et n'avait pas voulu envisager l'adoption d'un tarif douanier commun. La Nouvelle Galles s'était d'ailleurs abstenue d'y participer. Elle ne voulait pas encore regarder les autres colonies comme ses égales et, seule colonie libre échangiste, elle n'était pas disposée à se sacrifier à ses sœurs qui avaient adopté des tarifs protecteurs. Mais, en 1888, une délégation australienne appelée à Londres accepta d'entreprendre en commun la construction de vaisseaux de guerre et, l'année suivante, le Premiet Ministre de Nouvelle Galles, si Henry Parkes, eut le mérite de comprendre que l'établissement d'une Fédération était devenu nécessaire. Sur son initiative une conférence nouvelle se tint à Melbourne, en 1890, et une Convention élue par le peuple s'assembla, en 1891, pour préparer une constitution.

Une crise ministérielle en Nouvelle Galles, puis la mort de sir Henry Parkes en retardèrent de quelques années l'adoption. Mais au moment de la guerre hispano-américaine, en 1898, un nouvelle 'Convention réussit à voter un texte constitutionnel qui fut alors soumis au référendum populaire. Les électeurs de Nouvelle Galles l'acceptèrent; mais les gouvernements du Queensland et de l'Australie occidentale ne voulurent

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pas prendre part au vote. Les jours sombres de la guerre du Transvaal ne devaient pas tarder à briser leur résistance. Une confércence des Premiers australiens, en 1899, décida de procéder à un second référendum qui aboutit, cette fois, à l'adoption unanime de la constitution.

Le Parlement britannique, le 8 juillet 1900, en ratifia le texte.

Les Australiens n'ont pas été aussi loin que le Canada dans le chemin de l'union, et ont tenu à limiter par leur constitution les matières que chacun des Etats abandonne à la compétence du pouvoir fédéral. Mais la liste en est plus longue qu'aux Etats-Unis; elle contient, avec les affaires diplomatiques et militaires, les lois d'émigration, le commerce, les chemins de fer, les postes, les monnaies. Les finances fédérales ne sont pas alimentées par des contributions des Etats; c'est le gouvernement fédéral qui lève les impôts et verse ensuite à chacun d'eux une somme de 25 shillings par habitant.

Les autorités fédérales comprennent, comme au Canada, un gouverneur général, représentant de la Couronne, et un Cabinet responsable devant la Législature. Celle-ci est formée d'un Sénat où six membres Eont élus dans chaque Etat par le peuple, et d'une Chambre deux fois plus nombreuse, dans laquelle chaque Etat possède un nombre de sièges proportionné à sa population. 'En cas de conflit, la Législature est dissoute, et, si le désaccord persistej la question est tranchée par les sénateurs et les députés confondus en une seule assemblée. La Chambre, grâce au nombre de ses représentants fait donc prévaloir sa volonté. Cette procédure, et surtout l'adoption du régime parlementaire anglais qui conduit inévitablement à la prépondérance de la Chambre basse, donnent au gouvernement fédéral une autorité plus grande qu'aux Etats-Unis.

En 1900, l'Australie comptait une population do 0.800.000 habitants, presque tous d'origine britannique. Elle venait de traverser, dans les dix dernières années du siècle, une crise financière due aux spéculations imprudentes que les banques avaient engagées sur les ventes des terres. Les départs avaient alors dépassé le nombre des arrivées. Mais les ressources de son sol lui assuraient un brillant avenir. Elle en avait déjà tiré onze milliards de francs d'or, et, si les gisements de Victoria s'épuisaient, ceux de l'Australie occidentale commençaient à peine à être exploités. D'ailleurs l'agriculture restait la principale richesse. Plus de cent millions de moutons étaient distribués entre des exploitations qui souvent dépassaient dix mille hectares. A l'exportation des laines étaient venues s'ajouter celle des viandes frigorifiées, et plus récemment celle des viandes simplement refroidies (chilled). L'Australie avait le moyen de retenir et d'absorber la foule des prospecteurs qui échouaient dans leurs rêves de fortune.

Son développement risquait pourtant d'être entravé par la politique d'isolement adoptée par les gouvernements des diverses colonies. Si celles-ci avaient consenti à s'unir entre elles, elles restaient encore trop jalousement fermées aux immigrants. La rareté de la main-d'œuvre avait permis aux ouvriers agricoles comme à ceux des villes d'exiger de hauts salaires et ■de former de puissants syndicats qui les défendaient contre la concurrence étrangère. Sous leur influence les gouvernements s'engageaient plus loin que l'Europe dans la voie des expériences socialistes. Ils adoptaient une législation des terres qui substituait aux ventes des baux à long terme permettant à l'Etat de rester propriétaire et de soumettre les locataires à une stricte surveillance. Les anciens colons voyaient limiter par l'expropriation l'étendue des terres qu'ils

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avaient le droit de posséder. Une nouvelle législation du travail instituait, en même temps, la journée de huit heures, l'arbitrage oblgiatoire et, avec des impôts progressifs, un salaire minimum. Cette politique socialiste s'accordait, d'ailleurs, avec le nationalisme vivace d'une population purement britannique, décidée à défendre son territoire contre l'envahissement des étrangers.

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