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L'EGYPTE

En dehors de leur domaine d'Afrique australe les Anglais ont pris pied en beaucoup de points de la côte africaine.

Ils avaient, dès le xvn6 siècle, établi des forts sur la Gambie (1662) et la Côte d'Ivoire (1661) pour alimenter le commerce de la traite. A la fin du xvnr9 siècle la colonie de Sierra Leone avait été, au contraire, fondée par une société philanthropique pour y recueillir des esclaves libérés (1787). La suppression de la traite (1807) et l'affranchissement des esclaves (i834) ont enlevé toute importance à ces établissements. Mais des missionnaires anglais entreprenaient, d'autre part, la colonisation du Lagos (1861), tandis que des marchands s'installaient aux bouches du Niger. La conférence qui réunit à Berlin (i885) "les représentants des puissances intéressées dans le partage de l'Afrique, reconnut comme zone d'influence britannique le cours inférieur du fleuve, et, l'année suivante, le gouvernement accordait une charte à une société de capitalistes, la compagnie de la Nigeria, qui prit possession du delta. En concluant des traités avec une multitude de chefs indigènes elle étendit peu à peu sa domination jusqu'au Tchad. Le gouvernement jugea dès lors né-

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cessaire de prendre sous sa protection un si vaste territoire. En 1900, la charte de la compagnie ne fut pas renouvelée, et son domaine fut partagé entre une colonie occupant la Nigeria du sud et un protectorat s'étendant sur la Nigeria du nord.

Si avantageuse que put être cette acquisition, l'Angleterre ne pouvait pas espérer faire de nouveaux pro-. grès dans l'Afrique occidentale.

L'accord franco-anglais de 1899 qui avait écarté la France du Soudan égyptien, avait attribué à l'influence française le Soudan occidental. La France qui occupait le Sénégal, la Guinée, la Côte d'Ivoire et le Dahomey» étendait maintenant son autorité à l'intérieur du pays et venait d'unir ses diverses colonies en fondant le gouvernement général de l'Afrique occidentale (1895). Les possessions britanniques comme les colonies allemandes du Togo et du Cameroun se trouvaient désormais enclavées dans la grande colonie française.

Sur la côte de l'Afrique orientale, l'île de Zanzibar surveille l'une des principales voies de pénétration utilisées par les Arabes vers l'intérieur du continent. Aussi quand l'Allemagne jeta les yeux sur cette région, l'Angleterre intervint. Un traité attribua à l'Allemagne la partie sud de la côte où elle organisa la colonie de l'Afrique orientale allemande, mais réserva à l'Angleterre la partie nord avec l'île de Zanzibar. Une compagnie à charte, l'Ibea (Impérial British East African C°), s'était formée dès 1888 pour exploiter ce terrk toire. En 1896, elle avait poussé la ligne de ses établissements jusqu'aux rives du lac Victoria. Mais une gestion trop dispendieuse ne lui permit pas de faire les. frais de la voie ferrée qu'elle se proposait de continuer. Le gouvernement reprit alors à son compte l'en-, treprise, et le chemin de fer partant de Monbaza aboutit, en 1901, à Port Florence sur le lac Victoria.

L'Angleterre atteignait ainsi le Haut Nil au moment

même où ses troupes remontant le fleuve venaient d'achever la conquête du Soudan égyptien.

C'est en 1882 que les Anglais avaient pris pied à Alexandrie, mais depuis le début du xixe siècle ils avaient compris l'importance qu'avait pour eux l'Egypte comme étape avancée sur la route des Indes.

Après avoir expulsé l'armée française amenée par Bonaparte (1800), l'Angleterre avait assisté avec inquiétude aux progrès accomplis par Méhemet Ali. Le pacha qui gouvernait cette province de l'Empire ottoman, avait entrepris d'en faire le centre d'un nouvel empire. On a déjà vu l'histoire mouvementée de ses conflits avec le sultan et l'Europe. L'Angleterre l'empêcha d'étendre sa domination en Syrie, mais dut se résigner à lui voir fonder en Egypte une dynastie héréditaire. Avec l'aide d'officiers français il avait constitué une armée organisée à l'européenne. Il avait réussi, d'autre part, à rendre à la vallée du Nil son ancienne prospérité. Depuis la conquête musulmane les travaux d'irrigation étaient tombés dans l'abandon, et la population des fellahs acceptait avec inertie la servitude et la misère. Méhemet en profita pour accaparer à son profit l'exploitation du pays. Il s'empara de tous les titres de propriété, se chargea seul de produireet de vendre La récolte. Il introduisit la culture du coton et, tout en accumulant entre ses mains une énorme fortune, il s'occupa aussi de relever et d'instruire ses sujets. Des conseillers français l'aidèrent à organiser toute une hiérarchie d'écoles populaires et supérieures, tandis qu'une mission accueillait à1 Paris l'élite des jeunes égyptiens.

Son œuvre fut continuée par son fils Saïd et son petit-fils Ismaïl, et celui-ci adopta le projet audacieux du consul de France, Ferdinand de Lesseps : la percée sur 157 kilom. de l'isthme de Suez. Ce fut une entreprise française. Les capitaux furent fournis par la

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France et l'appui tenace de Napoléon III déjoua les intrigues de l'Angleterre qui mit tout en œuvre pour arrêter les travaux. Le canal commencé en 1809 put être inauguré en 1869 par l'impératrice Eugénie.

L'Angleterre voyait ainsi s'ouvrir une nouvelle route menant aux Indes, de moitié plus courte que l'ancienne. L'Egypte, qui en tenait la clef, semblait en passe de conquérir son indépendance tout en restant largement ouverte à l'influence française. Ismaïl avait renoncé au monopole établi par son aïeul et rendu aux propriétaires leurs terres. Il recevait du sultan le titre de Khédive avec le droit d'entretenir des relations directes avec les puissances étrangères. Celles-ci consentaient à supprimer les tribunaux consulaires établis par les Capitulations.

Mais, orgueilleux de son succès, Ismaïl menait d'autre part une existence de luxe effréné et, malgré sa richesse, ses finances se trouvèrent vite embarassées. Des emprunts successifs, émis en France et en Angleterre, ne réussirent pas même à subvenir à ses prodigalités. Le khédive se décida, en 1875, à vendre les 176.000 actions de la Compagnie de Suez qu'il possédait. On a vu que Disraeli s'empressa de les acheter. L'année suivante les rentes de la dette égyptienne cessèrent d'être payées. La France et l'Angleterre, pour sauvegarder les intérêts de leurs nationaux, instituèrent alors une « Commission de la Dette » qui prit la direction des finances égyptiennes, et le pays so trouva soumis à un condominium franco-anglais.

L'établissement d'un contrôle étranger suscita un mouvement nationaliste de protestation dont le chef fut le colonel Arabi. En 1882, l'effervescence aboutit au pillage et au massacre des Européens d'Alexandrie. Une intervention franco-anglaise paraissait inévitable. Mais la politique coloniale de J. Ferry était en Franco très impopulaire et, plutôt que d'engager nos forces

112 LE MONDE ANGLO-SAXON AU XIXe SIÈCLE

au loin, le Parlement voulait les garder en Europe où une attaque allemande restait à craindre. Le ministère Freycinet n'osa pas prendre part à -l'expédition que le gouvernement britannique préparait. La France laissa les Anglais bombarder Alexandrie, écraser l'armée d'Arabi à Tell-et-Kébir et occuper le 'Caire (1882).

La cour de Londres avait déclaré qu'elle n'envisageait qu'une occupation provisoire, mais elle restait seule juge de sa durée, et, depuis lors, la France essaya vainement de la décider à y mettre fin. Elle chercha enfin à rouvrir la question d'Egypte par l'envoi de la mission du capitaine Marchand qui, partie du Congo,- vint, en 1899, occuper Fachoda sur le Haut- Nil. Mais l'Angleterre exigea sa retraite et se montra résolue à la guerre pour l'obtenir. La France céda. Marchand fut rappelé, et l'accord qui nous permit d'étendre notre activité en Afrique occidentale, laissa l'Angleterre maîtresse de la vallée du Nil. L'influence financière et morale de la France restait grande en Egypte où elle détenait plus de la moitié des titres et continuait à entretenir de nombreuses écoles. Mais, en concluant l'entente cordiale (1904), elle se résigna à l'abandon définitif de ses prétentions sur le pays.

L'Angleterre y avait rapidement institué un régime de protectorat dont le promoteur et le chef fut pendant vingt-cinq ans sir Evelyn Baring (lord Cromer). Une constitution, établie en i883, organisa à côté du khédive un ministère, un conseil législatif nommé par lui et une assemblée élue par la population. Mais une armée de fellahs, encadrés d'officiers britanniques, fut placée sous le commandement d'un général anglais portant le titre de sirdar. Des agents anglais s'emparèrent de la direction des services administratifs. Ils remirent les finances en ordre et, dès 1898, commencèrent l'amortissement de la Dette. Ils déve-

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loppèrent la fertilité du sol par de grands travaux dont le plus notable fut le barrage d'Àssouan sur le Haut- Nil (1899).

Après avoir occupé l'Egypte, les Anglais furent entraînés à remonter le fleuve. Déjà Méhemet Ali avait conquis le Soudan et pris Khartoum au confluent du Nil blanc et du Nil bleu. Mais, à l'époque de la faillite d'Ismaïl, les Derviches du Soudan se soulevèrent à l'appel d'un prophète nègre qui se disait le « Madhi » (l'envoyé de Dieu). Il prêcha la guerre sainte contre les Anglais. Le colonel Gordon, assiégé dans Khartoum, ne put pas être secouru à temps. La ville fut prise d'assaut et ses défenseurs massacrés (1880). Pendant dix ans, l'Angleterre se tint alors sur la défensive. Puis, l'armée égyptienne commandée par le sirdar Ritchener reprit l'offensive. Elle s'avança lentement, assurant sa marche par la construction de routes et de voies ferrées. La défaite des Derviches à Omdurmam, en face de Khartoum, acheva, en 1898, la soumission du Soudan. Le pays fut placé sous l'autorité commune de l'Angleterre et de l'Egypte, et la conquête du Soudan « anglo-égyptien » ne permit plus de douter que les Anglais resteraient maîtres de la vallée du Nil.

A la fin du siècle le rêve du « Cap au Caire » était presque réalisé et seule la colonie de l'Afrique orientale allemande empêchait l'Angleterre d'unir ses possessions du sud et du nord de l'Afrique. Elle tenait d'autre part solidement la nouvelle route des Indes.

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