Le gouvernement des unionistes
Lord Salisbury redevint premier ministre et le resta presque sans interruption jusqu'à la fin du siècle. Les libéraux dissidents se joignirent à la majorité; et le terme « d'unioniste » finit par s'appliquer à l'ensemble du parti conservateur. Il s'appuyait sur les votes de l'Angleterre et sur l'influence de l'Eglise anglicane, tandis que les libéraux, qui comprenaient un grand nombre de dissidents, recrutaient surtout leurs partisans en Ecosse et dans le pays de Galles.
Parnell était au Parlement l'allié de Gladstone, tandis qu'en Irlande il recommençait l'agitation agraire. Dès 1886, la Ligue adopta un « plan de campagne », d'après lequel les tenanciers dont les propriétaires n'acceptaient pas les évaluations établies par la commission, formaient entre eux un syndicat et versaient à sa caisse leurs fermages. La Ligue régnait par la terreur et, quand on expulsait un fermier, personne n'osait prendre sa place.
Le ministère essaya de résoudre la question agraire en offrant aux tenanciers le moyen, par des avances de l'Etat, de racheter peu à peu leurs tenures. Mais, <ce n'était qu'une solution à longue échéance et, entre
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temps, le gouvernement essaya de combattre la Ligue par une répression sévère.
Il fut grandement aidé par le Pape qui, en 1888, publia une encyclique condamnant le plan de campagne. Le clergé catholique qui encourageait ouvertement les Irlandais fut, dès lors, réduit au silence. En 1890, le prestige de Parnell fut atteint par le scandale d'un procès en adultère. Gladstone exigea sa retraite. Le groupe des députés irlandais se divisa en deux fractions qui se firent une guerre acharnée, et la mort de Parnell, l'année suivante, laissa les Irlandais affaiblis par leur désunion.
Pourtant, en 1892, les élections générales donnèrent à la coalition des libéraux et des Irlandais une faible majorité. Malgré son âge Gladstone n'hésita pas à reformer un Cabinet. Il reprit son projet de home rule et réussit à le faire adopter par les Communes. Mais, les Lords le condamnèrent et le vieux ministre se retira de la politique sur une dernière déception. Il mourut en 1898.
Après son départ le gouvernement libéral, de plus en plus entraîné vers une politique démocratique, entama une campagne pour briser les privilèges de la Chambre des Lords. Mais le leader qui avait succédé à Gladstone, lord Rosebery, n'avait pas son ardeur, Plus intelligent qu'actif il était en outre un impérialiste convaincu et craignait que les revendications de son parti n'eussent pour effet un affaiblissement de l'Empire. Il conduisit ses troupes à la défaite. Les unionistes sortirent vainqueurs des élections de 1895.
Le danger du home rule était désormais écarté pour longtemps, mais le public avait d'autres raisons de faire confiance aux unionistes. Il y était décidé à la fois par le mouvement ouvrier et le mouvement impérialiste.
Les unionistes se conformaient à la tradition du
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parti conservateur qui lui interdisait toute entrepris© de réaction. Sous l'influence de Chamberlain, ils avaient même accompli une importante réforme administrative. La loi de 1888 créa dans les comtés, comme celle de i835 l'avait fait dans les villes, des conseils (County Councils) élus par tous les contribuables, qui héritèrent de la plupart des attributions des juges de paix. Le pays fut divisé en 60 comtés, et les 61 bourgs qui conservaient leur administration distincte étaient organisés sur les mêmes bases. La métropole, jusqu'alors morcelée entre des autorités diverses, forma le comté de Londres. Dans les paroisses la loi de 1894 remplaça les anciennes « vestries » par des conseils également élus par tous les contribuables. Ainsi l'administration du pays échappa à l'emprise séculaire de l'aristocratie.
Cependant la majorité unioniste observait avec inquiétude l'évolution de la classe ouvrière. Les travailleurs étaient peu à peu gagnés aux doctrines socialistes. Une Ligue pour la restitution de la terre (1880) demandait, selon les idées de Henry George, la confiscation du sol au profit de la nation. Une Fédération sociale démocratique (1880), fondée par Hyndman, propageait les principes du marxisme. La « Société Fabienne », société d'études groupant de jeunes intellectuels (i883) préparait l'application pratique des méthodes socialistes aux problèmes administratifs ^t réussissait à les faire pénétrer peu à peu dans les municipalités.
Plus grave était l'entrée dans les trade-unions de la masse des ouvriers non-qualifiés (unskilled) . Le moument syndical jusqu'alors limité aux techniciens ayant subi un apprentissage, engloba désormais toute la foule des travailleurs. Les dockers, les marins, les ouvriers du gaz créèrent des « unions » plus pauvres que leurs aînées et par conséquent plus impa-