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Le compromis de

Dans la majorité des nouveaux territoires, situés au nord de la ligne du 36°3o, l'esclavage, d'après le compromis de 1820, devait être interdit; mais les sudistes étaient absolument décidés à ne pas y consentir. Depuis trente ans les progrès du Nord avaient rompu l'équilibre entre les deux parties de la république. La population du Nord était devenue deux fois plus nombreuse que celle du Sud. Elle disposait de beaucoup plus de terres et les cultivait mieux.

La main-d'œuvre noire empêchait en effet les Etats du Sud de progresser comme leur voisins. La Virginie et le Maryland s'étaient, après l'abolition de la traite (1808), spécialisés dans la vente et l'élevage des noirs, et les esclaves nègres et métis formaient dans le Sud la moitié de la population. Comme chaque maître était libre de les traiter à sa fantaisie leurs conditions variaient à l'infini. Le plus grand nombre vivait sous le fouet du surveillant dans les plantations de canne et de coton, tandis que les autres servaient de domestiques. Souvent on les laissait se grouper en familles, mais le maître pouvait toujours les disperser à sa guise. Habitué dès l'enfance à vivre entouré d'une armée de serviteurs, celui-ci prenait vite des habitudes de seigneur, parfois de tyran, et ceux des blancs que leur pauvreté empêchait d'avoir des esclaves, formaient la clientèle docile et misérable des grands planteurs. L'esclavage avait ainsi donné naissance à une société aristocratique, et le Sud, en même temps qu'il

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se laissait de plus en plus distancer économiquement par le Nord, s'écartait aussi moralement de lui davantage.

Dès la formation des Etats-Unis quelques voix s'étaient élevées dans le Nord pour condamner l'esclavage. C'est en y pensant que Jefferson avouait : (( Je tremble pour mon pays quand je pense que Dieu est juste. » Un quaker, Benjamin Lundy, avait fait de i8i5 à i83o un premier effort de propagande, et une société américaine de colonisation avait en i83o fondé sur la côte de Guinée l'état de Libéria pour y établir les esclaves affranchis. Mais le mouvement qu'on désigna par le nom d' « abolitionniste » ne prit une sérieuse extension qu'avec la fondation en i832 de la « Société pour l'abolition de l'esclavage ». En i84o elle comptait 4o.ooo adhérents. Pour faciliter l'évasion des nègres on établit une série de relais entre le Sud et la frontière du Canada. On entreprit par la poste une active propagande auprès des noirs. Les sudistes s'en indignèrent et obtinrent que la poste ne fut pas obligée de distribuer les tracts abolitionnistes. On assiégea le Congrès de pétitions. En vain décida-t-ii de n'en plus recevoir. John Àdams Quincy, redevenu député, acheva sa carrière en s 'obstinant chaque jour à en présenter de nouvelles; et sa persistance finit au bout de huit ans par contraindre le Congrès à revenir sur son vote.

Mais presque tous les hommes politiques s'accordaient dans le désir d'écarter de leur route un problème qui aurait brisé le cadre des partis et mis l'Union en péril. La plupart des whigs sur ce point ne différaient pas de leurs adversaires. Ils avaient, en i848, fait élire le général Taylor, un homme du Sud et un propriétaire d'esclaves, parce que sa campagne mexicaine, ses allures à la fois bourrues et pourtant obligeantes lui gagnaient les sympathies de tous. Mais

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