LA RECONSTRUCTION
radicaux et sa colère l'entraîna à de fâcheux excès de langage.
Le Congrès, craignant qu'il n'abusât de son patronage, décida qu'aucun fonctionnaire ne pourrait être révoqué par le président sans l'assentiment du Sénat. Johnson, néanmoins, renvoya le secrétaire d'état de la guerre. La Chambre le mit alors en accusation devant le Sénat et il n'écîiappa à une condamnation que par une majorité d'une voix.
A l'expiration de son mandat les républicains firent entrer à la Maison blanche le général Grant. Sa popularité assura le triomphe du parti. Le vote d'un quinzième amendement constitutionnel qui défendait de supprimer ou de restreindre le suffrage « pour raison de couleur ou d'esclavage antérieur » permit aux radicaux de constituer, grâce au vote des noirs, des gouvernements républicains dans les Etats du Sud. En 1871, l'œuvre de reconstruction paraissait achevée à leur profit.
Elle ne pouvait pas être durable. Le Sud était la proie de politiciens étrangers au pays — on les appelait « carpet-baggers » parce qu'ils y apportaient pour tout bagage un sac de nuit — qui l'envahissaient à l'époque des élections et, par la corrpution des noirs, se faisaient attribuer les places. Une réaction était inévitable. Les blancs se groupèrent en sociétés secrètes pour empêcher les noirs de voter en les intimidant. La plus célèbre fut le Ku-Klux-Klan, qui, par des attentats, par des apparitions fantastiques, inspirait aux nègres une terreur superstitieuse. Les gaspillages commis par les « carpet-baggers », l'activité des sociésecrètes mirent les noirs en défiance et, malgré tous les efforts du Congrès, les blancs réussirent peu à peu à reprendre pied dans presque tous les Etats.
Le gouvernement des radicaux fut, d'autre part, discrédité par une série de scandales. La reprise des
affaires après la guerre avait été accompagnée d'une fièvre d'enrichissement et de corruption. Le krach du <( Crédit Mobilier » qui s'était fait concéder la construction du chemin de fer de l'Union Pacifique révéla qu'il avait acheté les voix de plusieurs membres du Congrès. Le président de la Chambre, Blaine, fut, à son tour, compromis dans une affaire semblable, et il en fut de même pour le secrétaire d'état de la guerre. Le prestige de Grant, qui, en 1872, avait commencé sa seconde présidence, fut atteint par la corruption qui l'environnait.
En 1874, les démocrates conquirent la majorité de la Chambre des représentants. En 1876 ils faillirent s'emparer de la Présidence. Comme l'élection n'avait pas été régulière dans trois Etats du Sud, le Congrès décida de s'en remettre à la décision d'un comité composé de membres des deux Chambres et de cinq juges. Les républicains, qui s'y trouvèrent plus nombreux* déclarèrent leur candidat Hayes élu à une voîx de majorité.