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L'expansion économique

Le nouveau président estima le moment venu de rompre avec les radicaux qui auraient voulu tenir indéfiniment les Etats du Sud en tutelle.

Hayes rappela les troupes fédérales qui occupaient encore trois Etats du Sud. Il laissa s'y reconstituer des gouvernements réguliers dont les démocrates s'emparèrent. Il engagea même la lutte contre le leader des radicaux, Gonckling, en refusant à son candidat, Arthur, l'un des postes administratifs du port de New- York.

Les radicaux voulurent se venger en poussant Grant à accepter le mandat d'une nouvelle présidence. Mais la Convention républicaine lui préféra un modère, Garfield, qui succéda à Hayes en 1880. Il ne se montra pas plus favorable aux ambitions des radicaux. Pour lui forcer la main Conckling donna bruyamment sa démission du Sénat et fit appel à ses électeurs. Ceuxci pourtant le désavouèrent, et son échec marqua l'écroulement des radicaux. Quand Garfield fut assassiné quelques mois après, le vice-président Arthur qu'Os croyaient leur être dévoué, évita, comme ses

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prédécesseurs, de les faire entrer dans son Cabinet. Arthur prit, au contraire, l'initiative d'une réforme dans le choix des fonctionnaires. Pour éviter que le fameux « système des dépouilles » ne fit entrer dans les services publics un trop grand nombre d'incapables, il institua une commission spéciale qui dressa la liste des personnes susceptibles de les remplir. On ne put désormais, sans s'y être fait inscrire, être nommé à aucun emploi (1882).

La fin de l'ère de reconstruction fut, en outre, marquée par la reprise des paiements en espèces. Les billets émis pendant la guerre (greenbacks) étaient vite tombés aux deux tiers de leur valeur nominale, et le gouvernement en essayant de les absorber s'était heurté aux protestations de tous ceux qui craignaient d'avoir à payer leurs dettes en monnaie forte. Dans les Etats du Sud, endettés par la guerre, comme dans ceux de l'Ouest, endettés par leur trop brusque progrès, le « greenback party » avait groupé de nombreux adhérents. Mais le gouvernement tint bon; augmentant peu à peu ses réserves métalliques, il fit remonter la valeur des billets et put enfin s'engager sans risque à les rembourser au pair (1879).

'Cette mesure fut le signal d'une expansion économique très rapide. Le développement des voies ferrées l'avait d'ailleurs préparée. Le premier transcontinental, l'Union Pacific Railway, avait en 1869 atteint San Francisco, et quatre autres lignes s'avançaient à grandes étapes vers le Pacifique. Les progrès de l'industrie de l'acier (procédé Bessemer) en hâtaient la construction qui fut achevée en i883. Le Congrès avait encouragé ces efforts par des concessions de terrains. L'avance de la population vers l'ouest s'était opérée jusque là d'une manière spontanée et presque régulière, en repoussant peu à peu la ligne longitudinale qui formait la frontière. Elle s'effectua désormais

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par taches sporadiques grandissant avec les voies ferrées.

Le télégraphe de Morse étendait, en même temps, son réseau dont une grande partie se trouvait concentrée, en 1881, sous le contrôle de la Western Union. Le téléphone de Graham Bell faisait son apparition, en 1876, à l'exposition de Philadelphie, et l'usage de la dactylographie, après 1880, se répandait rapidement. L'arc électrique d'Edison, inventé en 1879, allait transformer l'éclairage, tandis que New-York commençait vers 1880 à employer l'électricité aux transports.

Ces progrès du machinisme ne pouvaient manquer de susciter une ère de spéculation qui vit apparaître les premiers milliardaires. Aux fortunes acquises par la banque et le commerce s'ajoutèrent brusquement celles qui s'édifiaient par la concentration industrielle. Jay Gould et Cornélius Vanderbilt bâtirent les leurs en soumettant de vastes étendues de voies ferrées à leur contrôle. C'est en obtenant des tarifs avantageux de transport que John Rockfeller réussit, entre 1878 et 1880, à concentrer à son profit l'exploitation du pétrole, tandis que le brusque développement des industries métallurgiques permit à Andrew Carnegie de se tailler une place de géant dans la production de l'acier. Le public ne comprit pas tout de suite lé danger que la menace des trusts faisait courir aux libertés politiques, mais la révolution économique était trop rapide et la spéculation y tenait trop de place pour ne pas être accompagnée de brusques arrêts occasionnant des kracks désastreux. Des crises graves se produisirent en 1873, 1884 et 1893, et le spectacle d'une classe possédante trop prospère vint aussi fortifier le oumvement en faveur d'une réforme, réaction inévitable contre les abus de la corruption.

L'union de la classe ouvrière, longtemps retardée

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par les hauts salaires, fit alors des progrès inquiétants. Après plusieurs essais de groupement les « Chevaliers du Travail », organisés en 1869, puis la « Fédération américaine du Travail » (1881), prirent une grande extension. Une grève des chemins de fer, en 1877, fut brisée par l'intervention brutale des milices, mais laissa un souvenir d'effroi. Une autre grève qui échoua devant la résistance de Gould suivit la crise financière de i884, et celle de 1893 suscita dans les ateliers de Carnegie des troubles violents.

Les idées socialistes de Henry George gagnèrent, en même temps, beaucoup d'adhérents, et, quand en 1886 George fut candidat à la mairie de New-York, le nombre de votes qu'il obtint encouragea les ouvriers à fonder l'année suivante un « Parti du Travail ».

Le développement rapide du pays imposait, d'autre part, à la bureaucratie un effort extraordinaire pour répondre aux demandes sans cesse plus étendues de la population. Comment eut-elle pu éviter de subir souvent l'influence des hommes d'argent? Le public, lent à s'émouvoir, finit cependant, par comprendre le danger. Le scandale des postes qui, pour subvenir aux besoins nouveaux de l'Ouest, avaient passé des contrats d'entreprise frauduleux, fit sur lui une pénible impression.

Il se demandait, en outre, si la prospérité des industriels n'était pas obtenue à ses dépens par l'effet des tarifs élevés qui protégeaient leurs produits. La guerre civile avait contraint l'Etat fédéral à chercher de tous côtés à la fois des ressources. Il avait haussé les droits d'entrée en même temps qu'établi des droits intérieurs. Mais, tandis que les seconds avaient ensuite rapidement disparu, les premiers subsistaient sans que leur maintien parut justifié, car le Trésor encaissait chaque année des excédents considérables. Aussi le président Arthur proposa-t-il au Congrès de révi-

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