Réforme et protectionnisme
Cleveland fit l'effort vigoureux qu'on attendait de ïui pour assainir l'administration et les mœurs politiques; mais il se heurta à la résistance du Sénat où les républicains avaient conservé la majorité, à la coalition des intérêts menacés et des ambitions déçues.
Il refusa d'abord d'employer à son profit le célèbre « système des dépouilles »; mais la colère et les menaces de ses propres partisans finirent par l'y obliger, et il se mit à le pratiquer sur une grande échelle sans parvenir à calmer les rancunes que sa résistance avait éveillées.
Gleveland s'attaqua avec plus de succès aux abus qui se produisaient dans l'administration du domaine public. L' a Office général des terres », qui dirigeait les concessions et les ventes, s'était trouvé aussi débordé de travail que le service postal depuis le développement des voies ferrées; il n'avait pas mieux résisté à la corruption. A mesure que l'influence politique de l'Ouest grandissait le Congrès avait adopté des règlements plus favorables aux colons. Le défricheur de terres vierges était traité en bienfaiteur public, et une loi de 1862 lui accordait gratuitement la propriété du domaine sur lequel il construisait sa demeure. Mais que d'abus dans l'application de ces mesures! Que de maisons truquées où nul ne résidait! Que de barrières établies sans contrôle sur le domaine public par des aventuriers peu scrupuleux! Gleveland fit procéder à de sérieuses enquêtes, fit abattre les barrières ainsi dressées et reprit les terres illégalement occupées. Les compagnies de chemin de fer s'étaient fait attribuer d'énormes concessions; il les obligea à restituer les lots qui n'avaient pas trouvé d'acquéreurs dans le délai prévu par la loi.
Il combattit avec énergie la scandaleuse distribution des pensions militaires. Le nombre des vétérans de la guerre civile que le Trésor pensionnait, loin de diminuer, allait toujours grossissant. Ils étaient 126.000 en 1864 et 23o.ooo vingt ans après. Les excédents budgétaires que le tarif protecteur produisait étaient employés par le Congrès à gagner les faveurs d'un grand nombre d'électeurs. On se montrait de plus en plus généreux dans l'attribution des pensions qui se faisait par le vote de bills privés auxquels deux journées par semaine étaient consacrées. Cleveland, armé de son veto, en fit un véritable massacre, et par là il souleva contre lui la colère de l'association des vétérans qui, sous le nom de « Grande Armée de la