L'ARGENTINE
La vaste plaine qui sur près de 3 millions de kilomètres carrés forme le territoire de la République Argentine, comprend, entre les steppes du Chaco et le plateau au climat déjà rude de Patagonie, les vastes pampas couvertes d'un limon fertile. Elle a pour artère vitale le Rio de la Plata, véritable bras de mer formé par la réunion de l'Uruguay et du Parana qui,
reçoit lui-même le Paraguay. C'est sur ses rives que s'était établi le port de Buenos-Aires qui prétendit dominer le nouvel état. Le trait caractéristique de l'histoire de l'Argentine est la lutte entre la capitale et les fédéralistes des provinces. Mais, auparavant, Buenos- Aires voulut soumettre sa rivale Montevideo, la capitale de la petite république de l'Uruguay sur la rive nord du Rio de la Plata.
Le président Rosas saisit le prétexte d'une guerre civile en Uruguay pour envahir son territoire et proclama, en i843, le blocus de Montevideo. Mais l'Angleterre, dès 1828, la France, en i84o, avaient garanti l'indépendance de l'Uruguay. Les deux puissances qui marchaient d'accord par l'entente de Guizot et d'Aberdeen, répondirent à l'initiative de Rosas par le blocus de Buenos-Aires. Ce fut l'origine d'un long conflit au cours duquel, à trois reprises, des missions franco-britanniques essayèrent de réconcilier les parties, tandis que les Etats-Unis ne parvenaient pas à décider s'ils devaient appliquer à cette occasion la doctrine de Monroe.
Le dénouement ne survint qu'en i85i par la chute de Rosas qui dut céder la place à Urquiza, gouverneur de la province d'Entre-Rios. En i853, l'Argentine après avoir évacué l'Uruguay conclut avec la France, l'Anglete-rre et les Etats-Unis des traités qui rendaient la navigation libre sur l'Uruguay et le Parana. Urquiza soutenu par les fédéralistes avait fait de la ville de Parana sa capitale. Mais, en 1861, il fut à son tour renversé par une révolte de Buenos-Aires dont le général Mitre profita pour s'emparer du pouvoir. La lutte entre les centristes et les fédéralistes se prolongea jusqu'en 1880 où le général Roca décida de séparer la province de Buenos Aires de la ville qui devint un district fédéral et le siège du gouvernement.
Cette solution assura la tranquillité du pays et lui
l'argentine 211
permit de faire dans les vingt dernières années du siècle des progrès rapides. Il attira, dès lors, un nombre grandissant d'immigrants pour la plupart italiens. Le chiffre annuel des arrivées qui était de 4o.ooo en 1880, atteignit 100.000 en i885 et s'éleva jusqu'à 000.000 au début du xx° siècle. La plaine sèche et nue des pampas se remplit de troupeaux de moutons» de bœufs, et de champs de céréales. Un réseau de voies ferrées rayonnant autour de Buenos-Aires et du port de Rosario permit d'y transporter rapidement les récoltes et l'Argentine commença à concurrencer îes Etats-Unis par ses exportations de grains, l'Australie par celles de ses laines et de ses viandes congelées.