LES MONARCHIES ASIATIQUES
de rapprochement avaient été esquissées* La légende du « Prêtre Jean », du grand souverain chrétien isolé sur les derrières du monde musulman, s'était fixée» tantôt sur les princes nestoriens de l'Asie centrale, tantôt sur le négus abyssin. Albuquerque chercha le contact avec ce coreligionnaire lointain, lui proposa, pour ruiner les Mameluks, de détourner le Nil vers la mer Rouge ! Mais l'Abyssinie traversait alors une des crises de faiblesse qui sont plus fréquentes dans son histoire que les périodes de force : le mercenaire abyssin était répandu jusque dans l'Inde.
L'Arabie renfermait les villes saintes de l'Islam, proie tentante pour des hommes encore pleins de l'esprit de la Croisade. Le principal résultat de la victoire de Sélim sur les Mameluks (1517) fut de les mettre sous la protection du sultan ottoman. Celui-ci n'oublia pas les velléités qu'avait eues Albuquerque de profaner le tombeau du Prophète. Des escadres turques allèrent soutenir les petits princes indiens qui combattaient les Portugais.
Quand Albuquerque s'installait à Ormuz, sur la côte perse, il songeait à utiliser l'antagonisme religieux qui s'annonçait entre la Turquie sunnite et la Perse chiite. Mais, là aussi, Ismaïl-Chah venait decrée r une monarchie solide, la première monarchie nationale que l'Iran eût connue depuis les Sassanides. Il ne pouvait être question de la violenter.
Les circonstances se présentaient, au premier abord, plus favorables dans la péninsule indienne.
Des conquérants turcs ou afghans avaient importé l'Islam dans la vallée de l'Indus dès l'an 1000, dans la vallée du Gange vers 1200, puis jusqu'au fond du Dckkan vers 1310. Un empire musulman comprenant toute l'immense péninsule s'annonçait ainsi, au xive siècle, sous la direction des Tughluqs de Delhi. Les campagnes de Tamerlan, de même qu'elles avaient affaibli la résistance musulmane en Russie, portèrent
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un coup sensible à l'hégémonie musulmane dans l'Inde (1398). Au xve siècle, Bahlol reconstitua à Delhi un embryon d'empire qui végéta sous les souverains Lodi, mais ne put rallier ni le Bengale, ni les Rajpoutes du nord-ouest, ni les princes bahmanides du nord du Dekkan. Encore s'agissait-il, dans tous ces pays, d'Etats plus ou moins islamisés. Mais tout le sud du Dekkan passa aux princes purement hindous de Vijayanagar, sur la splendeur desquels les récits des voyageurs musulmans ou chrétiens ne tarissaient pas. Geylan était coupée en deux.
C'était sur les terres d'un vassal de Vijayanagar qu'avait débarqué Vasco de Gama. Puis, Albuquerque avait fixé la capitale des établissements portugais à Goa, aux confins du domaine de Vijayanagar et des principautés bahmanides. Tout naturellement, les Portugais tendaient à s'appuyer sur l'élément hindou dans leurs conflits avec les princes « maures ». Ils trouvaient à Vijayanagar des choses étranges : une idolâtrie exubérante, la métaphysique des Brahmanes, le régime des castes. Mais enfin ce n'était pas l'adversaire traditionnel : l'Islam.
Or, en ce moment même, une nouvelle révolution, grosse de conséquences, se préparait au nord-ouest de l'Inde.
Après la mort de Tamerlan (1405), des princes timourides, avaient, pendant deux générations, régné avec éclat à Samarkande. Puis leur pouvoir avait sombré. D'une part, les Ouzbeks avaient reflué de la steppe russo-sibérienne sur la Mésopotamie turcomane, et Gheibani avait fait d'eux une puissance. D'autre part, Ismaïl-Chah rassemblait les forces de la Perse. Sa victoire sur Gheibani, près de Merv, en 1510, fixa pour .longtemps la nouvelle frontière de l'Iran et du Touran.
Dans ces luttes s'était trempée l'énergie d'un jeune prince timouride : Baber, né en 1483. Gheibani lui avait