INDE ET INSULINDE
fermé le Nord, Ismaïl-Chah lui fermait l'Ouest. Il se fixa à Kaboul, et jeta les yeux du côté du Sud-Est. Le souvenir de la chevauchée du grand ancêtre vers le Gange hantait son imagination. La tyrannie d'Ibrahim Lodi à Delhi multipliait les mécontents, qui l'appelaient. Il se mit en marche, franchit l'Indus, descendit la vallée de la Djamna, la porte classique des invasions. Le 21 avril 1526, Ibrahim Lodi était vaincu et tué à Panipat. Baber s'installa à Delhi. Il n'avait eu que le temps de tâter le Bengale et les principautés du Nord du Dekkan quand il mourut prématurément en 1530. Mais l'ombre du « Grand Mogol » commença à s'étendre sur la péninsule indienne.
Là aussi s'organisait une vaste domination, beaucoup moins favorable aux entreprises européennes que la poussière d'Etats en présence de laquelle on s'était trouvé d'abord.
Les terres situées au delà du golfe du Bengale, Birmanie, Cambodge, îles de la Sonde, etc., avaient été durant presque tout le moyen-âge un appendice de la civilisation indienne. La religion, l'art, venaient de l'Inde : les monuments d'Angkor et de Borobodour en portent encore témoignage. C'est seulement au xve siècle que l'Islam s'était infiltré en ces parages. En 1478 avait été fondé à Java un sultanat mulsulman,et l'exemple avait été suivi sur d'autres points de l'archipel malais. D'un autre côté, depuis trois cents ans au moins, la descente des peuples jaunes, Siamois ou Annamites, s'était accentuée en Indochine. Les deux évolutions se poursuivaient lorsque parurent les Portugais.
Ils rencontraient donc là des Etats organisés, plus grands généralement que le Portugal, capables de résistance. Ils biaisèrent vers l'Est, occupèrent les Moluques, en pleine région de sauvages. Un avenir intéressant pouvait s'ouvrir à eux vers le Sud. A des hommes pour qui la géographie de Ptolémée faisait
encore autorité, le grand continent austral imaginé par le savant ancien pouvait sembler alléchant. Ils le dédaignèrent, ne cherchant pas encore des colonies de peuplement.
Ils préférèrent la route du Nord, où les attirait la réputation de la Chine. Deux siècles plus tôt, le Vénitien Marco Polo avait apporté en Europe les premières précisions sur l'empire chinois. Les récits de « Messer Milione » avaient laissé les Européens quelque peu sceptiques. A présent qu'on touchait du doigt la réalité, il n'y avait plus à douter : il y avait là un imposant bloc humain hautement civilisé.
La Chine avait changé depuis Marco Polo. En 1368 elle avait renvoyé dans les déserts et les steppes les dominateurs mongols. Tamerlan étant mort au moment de l'attaquer (1405), le cauchemar occidental s'était dissipé pour elle. Deux grands empereurs, Hong-Wou (1356-1398) et Yong-Lo (1404-1424), avaient même songé à reconstituer la domination des Han et des T'angs. Mais, parla suite, les empereurs Mings s'étaient renfermés dans le rôle pacifique et débonnaire qui a laissé un souvenir si reconnaissant aux Chinois.
Au sud, l'Annam, un instant soumis, s'était affranchi en 1427, et la Chine avait laissé faire.
A l'ouest, il était plus tentant de profiter de la décadence où étaient tombés les Mongols du Gobi, les Mongols orientaux. Un instant, les armées chinoises occupèrent Hami, se rapprochant du bassin du Tarim où régnaient encore des Gengiskhanides, tendant la main aux Timourides de Transoxiane. Mais, à partir du milieu du xve siècle, le? Mongols occidentaux, les Eleuthes, découragèrent les velléités des Mings de ce côté. Ils devaient même passer à l'offensive, et au xvie siècle, se montrèrent plus d'une fois jusque sous les murs de Pékin.
Le Tibet aussi avait connu jadis la suzeraineté