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III. La question des Indes Orientales

La découverte de l'Amérique, nous l'avons dit, n'avait pas distrait les Portugais de leur effort pour atteindre par le Sud les pays d'Extrême-Orient, le Cathay et Cipangu. Quelques années après que Christophe Colomb eut touché aux Antilles, Vasco de Gama abordait dans l'Inde (1498) et fondait sur la côte du Malabar le premier établissement portugais. Le second vice-roirAlphonse d'Albuquerque (1509-1515), avait envisagé la création d'un empire politique : il avait déployé l'étendard portugais dans la mer Rouge, à Ormuz, à Malacca. Lorsqu'à la suite de Magellan les Espagnols arrivèrent par l'Ouest aux Moluques, ils y trouvèrent déjà leurs rivaux installés, et il fallut l'intervention du pape pour régler tant bien que mal le conflit (1526).

Pendant un siècle, les Portugais allaient conserver le monopole que leur assurait leur priorité; ils allaient être les seuls intermédiaires entre l'Europe occidentale et les pays des épices, et tirer de là des bénéfices matériels appréciables.

Le monde où ils s'étaient introduits ne les avait pas attendus pour connaître une navigation relativement développée. Entre l'Afrique et l'Inde, le phénomène de la mousson était connu et exploité dès l'antiquité. Il suffit de lire le poème de Camoëns pour constater que le marchand musulman, — celui que les Portugais, habitués à connaître l'Islam sous son aspect marocain, appelaient le « Maure », — était un personnage familier dans les ports de l'océan Indien occidental. Plus loin, dans les îles de la Sonde, les Malais étaient une autre race de navigateurs, qui au moyen-âge avait essaimé jusqu'à Madagascar d'une part, jusqu'aux plus lointaines îles polynésiennes de l'autre : les Européens rendirent tout

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de suite hommage à leurs qualités de commerçants et de pirates. Hindous et Chinois n'étaient pas restés étrangers à ce mouvement maritime. Des rois du Dekkan, au Xe siècle, avaient disposé de flottes puissantes. Au xve siècle, un empereur chinois avait envoyé une escadre jusqu'à Sumatra. Néanmoins, chez les Hindous comme les jaunes, le caractère terrien dominait. Même les populations de l'archipel japonais avaient dédaigné le Pacifique, ignoré l'Amérique.

En tout cas, la présence de quelques navigateurs de plus ne pouvait amener un bouleversement dans les habitudes des peuples riverains de la mer : L'arrivée des Portugais ne fait pas époque dans les récits des historiens orientaux. Les indigènes s'amusèrent parfois des nouveaux venus, de leurs longs nez, de 1 eurs moustaches effilées, de leurs hauts-de-chausses bouffants. Ils ne songèrent pas à dresser une barrière devant leurs entreprises économiques.

Il en va autrement des rêves d'hégémonie politique caressés par le nouvel Alexandre que rêvait d'être Albuquerque. Pour comprendre combien ils étaient prématurés, il faut passer en revue les diverses sociétés que rencontraient les Portugais sur la longue route qui les menait du cap de Bonne-Espérance à la ligne de démarcation.

Sur la côte orientale de l'Afrique, les conditions, il est vrai, étaient les mêmes que sur la côte occidentale. Ce n'était qu'anarchie, domaine de « Gafres », d'infidèles, que les marchands arabes, avant les Européens, considéraient comme marchandise humaine. Mais, plus au Nord, on trouvait un royaume chrétien, l'Abyssinie. Convertie au temps où les empereurs romains étaient maîtres de l'Egypte, puis coupée de la chrétienté par la conquête arabe, l'Abyssinie avait gardé, dans ses montagnes, son chritianisme de rit copte. Au temps des Croisades, des tentatives

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