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LA CHINE DES MINGS

chinoise, et l'on s'en souvenait dans le monde des lettrés chinois. Or, au début du xve siècle, un homme remarquable, Tsong Kapa, après avoir mené à bien une réforme dogmatique du bouddhisme, instaura à Lhassa une véritable théocratie. Les Tibétains avaient été guerriers, et les autorités temporelles regimbèrent plus d'une fois contre le joug sacerdotal. Mais les grands Lamas appelèrent à l'aide les Mongols, et triomphèrent au xvie siècle grâce à leur appui. Le bouddhisme, presque complètement extirpé dans l'Inde, et qui en ce moment même devenait suspect en Chine, concentrait son effort sur le Tibet et la Mongolie, et barrait la route aux Mings de ce côté. Les prétentions chinoises ne devaient se réveiller que sous les empereurs mandchous.

Au nord, le royaume de Corée continuera de graviter dans l'orbite de la Chine. Les steppes de la Mandchourie, qui avaient déversé vers le Midi tant de hordes, étaient momentanément quiescentes. En revanche, la Chine allait rencontrer en Corée la concurrence du Japon. Heureusement pour elle, celui-ci venait d'atteindre le paroxysme du morcellement féodal. Les expéditions qui sortaient de ce milieu, comme celles des Scandinaves au ixe siècle, étaient le fait d'aventuriers isolés. En 1523, certains d'entre eux firent une tentative sur la Corée. D'autres cherchèrent fortune aux Philippines, où les Espagnols allaient les rencontrer. Mais, tant qu'aucune autorité unique et forte ne coordonnait ces velléités d'expansion, la Chine pouvait dormir.

Les Mings ne régnaient donc que sur la Chine propre, la Chine du Hoangko et du Yangtsékiang, les dix-huit provinces. Les Chinois, heureux d'avoir recouvré leur individualité nationale, se livraient en paix, dans tous les domaines, à l'œuvre de la restauration confucénne. C'est alors que la civilisation

chinoise prit l'aspect vieillot que nous sommes habitués à considérer comme essentiel en elle. Mais, dans sa somnolence, le pays était uni, prospère, imposant. Les Portugais furent heureux d'y obtenir (et seulement en 1547) la factorerie de Macao.

Par une curieuse coïncidence, le siècle qui avait suivi la mort du grand Timour (1405-1526) avait vu se passer en Asie un phénomène de simplification politique parallèle à celui qui caractérisait à la même époque l'histoire des pays européens. De grandes monarchies centralisées s'y étaient constituées : empire ottoman, Perse séfévide, Grands Mogols dans l'Inde, Mings en Chine — on pourrait ajouter la Moscovie des Ivans, si celle-ci n'occupait une place à part. Ces monarchies étaient plus grandes que celles de l'Europe, incomparablement plus peuplées, généralement plus riches en ressources naturelles. Même au point de vue militaire, les Orientaux avaient connu et pratiqué avant l'Europe les armes à feu : les artilleurs des sultans ottomans, comme les canonniers de maître Ali Kouli, qui avaient décidé la victoire de Panipat, ne craignaient aucune comparaison avec leurs confrères d'Europe. Ces peuples pouvaient accueillir les trafiquants qui leur apportaient les produits manufacturés et les capitaux de l'Occident : ils étaient de taille à arrêter toute conquête.

Les rêves du grand Albuquerque anticipaient de deux cent cinquante ans les révolutions du massif continent. Le roi Emmanuel le Fortuné (1495-1521) faisait sagement de se borner à encaisser le produit des épices

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