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V. La question russo-tartare

Au début du xve siècle, l'Etat polono-lithuanien était encore aux frontières du monde chrétien. La grande-principauté de Moscou, malgré la victoire passagère de Koulikovo, malgré le coup porté à la Horde d'or par Tamerlan, restait encore vassale des Tartares de la Volga, tnéoriquement obligée à un tribut. Le règne d'Ivan le Grand (1462-1505) changea la situation. Le tribut fut refusé, le khan tartare

repoussé. La Moscovie devenait une puissance indépendante, et tout de suite envahissante.

Dès le moyen-âge, les principautés russes avaient été séparées de l'Europe par le schisme. Les deux ou trois siècles de domination tartare et musulmane n'avaient pas atténué l'antagonisme religieux. Au xve siècle, les tentatives de rapprochement faites, sous la pression du Turc, entre Constantinople et Rome, furent, repoussées brutalement à Moscou. Quand le tsar Vassili, successeur d'Ivan le Grand, entreprit la lutte contre la Pologne pour la possession de Smolensk (1514), la protection des nobles lithuathuaniens orthodoxes fut un des prétextes allégués. L'empereur Maximilien, après quelques velléités d'alliance avec les schismatiques, recula et se retourna vers la Pologne. Et, quand le tsar fut devenu maître de la république hanséatique de Novgorod, l'antipathie religieuse contribua à dresser contre lui l'Ordre livonien, qui tenait les côtes de la Baltique, de la Prusse ducale à la Finlande suédoise.

N'ayant jamais connu l'organisation catholique médiévale, la Moscovie resta étrangère au mouvement de la Renaissance. Elle allait rester étrangère également à la crise religieuse du xvie siècle.

Surtout, trois siècles de domination tartare l'avaient habituée à regarder du côté de l'Asie.

L'empire de la Horde d'or, un des quatre grands empires sortis de la conquête de Gengiskhan, avait commencé à s'effriter dès le xive siècle. Après l'incursion de Tamerlan (1392), il avait encore connu un souverain redoutable aux chrétiens, Yédighéi. Puis était venu le délabrement définitif. Chaque branche de la famille gengiskhanide avait aspiré, au mépris de tous les droits d'aînesse, à se tailler un domaine indépendant des khans de Saraï, et y était parvenu. Ces divisions avaient assuré l'indé-

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