‹ Histoire du monde (volume 4)Chapitre 17 sur 82 · ÉTATS TARTARES · texte numérisé non relu

ÉTATS TARTARES

pendance de la Moscovie, et encourageaient à présent ses espérances.

Au sud, les khans de Grimée tenaient les côtes de la mer Noire, du Dniester jusqu'aux petits Etats du Caucase (Géorgie, etc.). Ils avaient reconnu la suzeraineté du sultan de Stamboul, et cette protection puissante devait assurer la persistance de leur Etat jusqu'au xvine siècle.

Dans le bassin de la Volga, deux autres khanats, ceux d'Astrakhan et de Kazan, réunissaient sous la direction tartare nombre d'éléments finnois, et continuaient parfois à pousser leurs courses de pillards jusqu'aux portes de Moscou.

Derrière eux, un autre Gengiskhanide régnait à Sibir, près de Tobolsk, et sa domination s'étendait vaguement jusqu'au lac Baïkal, jusqu'aux lieux d'où le grand ancêtre s'était lancé à la conquête de l'Ancien Continent.

Au temps de Tamerlan, les connexions étaient étroites entre ce monde tartare du Nord et les parents de Samarcande. Elles ne s'étaient pas rompues après sa mort. Nous avons vu qu'un Cheibanide, à la tête de ses Ouzbeks, était parti des bords de l'Oural pour s'installer sur les bords du Syr-Daria et de l'Amou : de lui était issu Cheibani le Grand, l'adversaire d'Ismaïl et de Baber. Au début du xvie siècle s'organisèrent, sous la direction de cette famille, les khanats de Khiva et de Boukhara. Un siècle plus tard, on se rappelait encore, dans ces régions, les parentés septentrionales.

Tamerlan avait été aussi en relations tantôt amicales, tantôt guerrières, avec les Gengiskhanides du bassin du Tarim. De ce côté aussi, les liens subsistaient. Un cousin de Baber, Saïd, fonda (1514) un khanat nouveau en Dzoungarie et en Kachgarie. Et cette enclave musulmane devait se maintenir entre les Mongols et les Tibétains devenus bouddhistes.

Cavaignac. 3

Toutefois, sans parler de l'aventure prodigieuse de Baber, ces Gengiskhanides et ces Timourides des deux Turkestans allaient se tourner de plus en plus vers les civilisations de l'Ouest et de l'Est, vers la Perse et vers la Chine. Ils se désintéresseront des cousins du Nord en lutte contre la réaction slave.

C'est un spectacle curieux que la dissolution de ce monde tartare, et qui donne tout leur relief aux personnalités extraordinaires de Gengiskhan et de Ta merlan. Au début du xvie siècle, toutes les hordes qu'ils avaient soulevés en si formidables ouragans étaient retournées à la poussière ancestrale. Leurs ressources en hommes étaient restreintes. On a fait depuis longtemps justice des armées innombrables de Gengiskhan et de Batou. Il est douteux qu'ils aient jamais rassemblé 100.000 hommes. Il est très certain que l'armée qui, au xnie siècle, avait terrifié la chrétienté comptait 25.000 combattants. La densité de population de la Sibérie, au xvie siècle, ne pouvait être supérieure, ni peut-être égale, à ce qu'elle est aujourd'hui. Dès ce moment, les Tartares étaient en état d'infériorité numérique par rapport aux quelques millions d'hommes que comptait la principauté de Moscou. Celle-ci, depuis la suppression des apanages, avait en outre l'avantage de la concentration monarchique et de l'hérédité régulière. Des perspectives favorables s'ouvraient aux entreprises des tsars.

Mais elles achevèrent de les isoler de l'Europe, pour deux cents ans. La délivrance de la Moscovie n'avait pas retenti en Occident comme la perte de Constantinople ou la reconquête de Grenade. Les conquêtes des Moscovites, qui émurent les Turcs, allaient laisser l'Europe indifférente. Au xvie siècle, l'Ordre livonien aimera mieux se démembrer et se soumettre à tous les Etats voisins que de transiger avec ces demi-Tartares.

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