POLITIQUE MONDIALE
Le monde vers 1520
Vers 1520, l'Europe porte encore fortement la marque de l'unité chrétienne médiévale. Un seul pouvoir spirituel est encore reconnu partout. Les méthodes d'éducation et d'enseignement sont les mêmes du Portugal à la Pologne, et de Naples à la Suède. Le latin est la langue commune de tous les intellectuels. Des hommes comme l'humaniste flamand Erasme, ou le savant polonais Copernic, sont lus et suivis par tout Européen cultivé. Bien que le latin soit destiné à disparaître lentement comme langue vivante, sous les efforts bien intentionnés mais fâcheux des puristes cicéroniens de la Renaissance, des vestiges de l'unité seront toujours maintenus par divers expédients.
Mais déjà « la cognée est à la racine de l'arbre ». Partout existent des Etats qui aspirent à la souveraineté complète, au dehors comme au dedans. Au dehors, ce sont les guerres d'équilibre qui commencent. Au dedans, la monarchie absolue tend à devenir la forme de gouvernement normale. Le Florentin Machiavel vient d'exposer la théorie du Prince que la raison d'Etat affranchit des règles de la morale ordinaire. Dans l'Occident européen, les Etats sont
déjà des nations : Espagne, France, Angleterre. En Italie et en Allemagne, des pouvoirs locaux, sans avoir la môme base nationale, sont des puissances comparables à celles-ci.
D'autre part, la voix de Martin Luther vient de retentir, et la contagion de la révolte religieuse va se propager avec une rapidité foudroyante. Dans la moitié des Etats européens, la Réforme va supprimer toute reconnaissance d'un pouvoir spirituel unique, ressusciter le césaropapisme. Même dans les Etats qui resteront catholiques, la fidélité au Saint-Siège devra être payée, et payée cher.
Aussi, tandis que, pour l'histoire du moyen-âge, les questions paneuropéennes, et avant tout la croisade sont au premier plan, l'historien de l'époque moderne s'attache d'abord aux questions intraeuropéennes : conflits d'équilibre, Réforme, Révolution.
Pourtant les rapports de l'Europe avec la non-Europe, en changeant complètement d'aspect, ne perdent rien de leur importance. Leur action, ouverte ou occulte, directe ou indirecte, positive ou négative, continue à se faire sentir sur tous les événements internes de l'histoire européenne. Il importe de les préciser, et nous les avons classés sous diverses rubriques. Ce sont :
La question turque ;
La question américaine;
La question des Indes orientales;
La question russe.
C'est sur ces questions que nous concentrerons ici l'attention. Encore une fois, les volumes suivants remettront à leur vraie place les questions intraeuropéennes.