‹ Histoire du monde (volume 4)Chapitre 3 sur 82 · I. La question turque · texte numérisé non relu

I. La question turque

En 1453, les Turcs ont tué le dernier empereur romain et fait de Gonstantinople leur capitale. Les guerres de Mahomet II (1451-1481) ont considérablement élargi la base de leur pouvoir européen. Ni la Grèce, ni l'Albanie, ni les principautés roumaines n'ont pu échapper au joug. Belgrade s'est affirmée provisoirement comme le dernier rempart de l'Europe chrétienne sur la grande voie transversale du Danube.

Sous Bajazet II (1481-1512), il semble que les Turcs vont s'arrêter, prendre l'allure de beati possidentes. Mais la marche en avant reprend avec Sélim le Féroce (1512-1520). Cette fois, il s'agit des adversaires d'Asie, de la simplification du monde musulman. Jusquelà les Ottomans ne tenaient que l'Anatolie. Maintenant, après la bataille de Tchaldiran contre les Persans (1514), ils s'installent dans le bassin de l'Euphrate et du Tigre. Puis, vainqueurs des Mameluks (1517), ils conquièrent la Syrie et l'Egypte.

La vulgate historique, sur la transmission de pouvoirs qui aurait suivi la conquête de l'Egypte par Sélim (1517), dérive d'un passage de l'historien d'Ohsson, sans cesse répété depuis plus d'un siècle : « La maison ottomane n'a pas l'avantage d'être du même sang (du sang des Koréichites, tribu du Prophète), comme l'exige la loi canonique, pour avoir droit à l'imamat. Cependant, selon l'opinion unanime des juristes modernes, ce droit est acquis aux sultans ottomans par la renonciation formelle qu'en fit, l'an 923 de l'hégire (1517), en faveur de cette maison souveraine dans la personne de Sélim I, Mohammed XII Abu-Djaffar, dit Mutawwakil aF Allah. C'est le dernier des khalifes abbassides, dont le sacerdoce fut détruit du même coup qui renversa la puissance des Mamelouks circassiens d'Egypte. Sélim I reçut encore

dans la même année les hommages du schérif de la Mecque, Mohammed-ab'ul-Berekae, qui lui fit présenter dans un plat d'argent les clefs de la Kaaba par Abu-Numy son fils. Cette cession pleine et entière des droits de l'imamat, faite d'un côté par un khalife abbasside, et de l'autre par un schérif de La Mecque, tous deux descendants des Koreichs, l'un par la branche de Haschim, l'autre par celle d'Ali, supplée, dans les sultans ottomans, au défaut de la naissance ou de l'extraction qu'exige la Loi pour exercer d'une manière légitime les fonctions du sacerdoce. »

Au cours des discussions soulevées récemment par la disparition du sultanat ottoman, l'assertion de d'Ohsson a été convaincue d'erreur.

Dans les premiers temps de l'hégire, il n'y eut qu'un khalife, « successeur » du Prophète. Le khalifat était encore unique lorsqu'il passa aux Abbassides. Par la suite, le démembrement de l'empire arabe fit surgir d'autres khalifats, mais la prééminence de l'Abbasside fut reconnue en général par les musulmans sunnites, même quand il fut devenu un mannequin aux mains des Seldjoukides. Le sac de Bagdad par les Mongols (1258), et le meurtre du khalife abbasside, soulevèrent une émotion intense dans le monde de l'Islam.

Aussi les sultans mameluks jugèrent-ils politique d'hospitaliser le descendant des Abbassides, et de le tenir en chartre privée. Au xive, au xve siècles, de puissants princes musulmans, même des sultans ottomans, ne dédaignèrent pas de demander des diplômes d'investiture à ce personnage déchu, tout en n'hésitant pas, à l'occasion, à se parer eux-mêmes du titre de khalifes.

Lorsque Sélim devint maître de l'Egypte (1517), il y trouva le représentant de la dynastie abbasside.

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