ABBAS LE GRAND
été martyrisés les descendants d'Ali, les lieux saints par excellence pour les Chiites. Vers 1582, ils enlevaient encore à l'obédiance persane l'Arménie et la Géorgie, le pays des beautés réputées. Tout changea quand Abbas fut devenu Chah (1587-1629). Ce souverain, le plus grand des Séfévides, mena vigoureusement la guerre sur le Tigre : il reprit Bagdad (1623) et les lieux saints.
La lutte contre la Turquie devait amener Abbas à rechercher des amitiés européennes. Mais il était en conflit avec les Portugais à propos d'Ormuz, qu'il finit par leur reprendre, et le Portugal appartenait maintenant à l'Espagne. Abbas favorisa donc les Hollandais et les Anglais, qui commençaient à paraître dans l'océan Indien.
Il eut affaire également à ses voisins de l'ouest. Aux souverains mogols de l'Inde il reprit Kandahar. Quant aux Ouzbeksdu Turkestan,ils harcelaient depuis un siècle les marches persanes du Khoraçan. Abbas leur porta des coups qui amenèrent la chute d'une des dynasties cheibanides. Il n'était pas disposé à pousser à fond la lutte de ce côté. Le commerce de l'Inde était d'importance vitale pour la Perse : on prétend que 14.000 chameaux passaient annuellement par Kandahar. D'autre part, derrière la Transoxiane, Abbas entrevoyait la lointaine Chine, dont les produits arrivaient dans l'Iran : on a relevé dans l'art de la Perse, si florissant à cette époque, nombre de traces de l'influence chinoise.
Ce n'est pas seulement par ses victoires qu'Abbas a été le grand C hah. Il a déployé une activité constante pour assurer l'ordre et la prospérité dans ses domaines. Sa capitale Ispahan est devenue un des foyers du commerce et de la civilisation en Asie. Des Arméniens transplantés de Turquie y créaient un faubourg nouveau, Djoulfa. A Pietro délia Valle
et aux voyageurs européens, la ville apparaissait plus peuplée et mieux administrée que les villes contemporaines d'Occident. Partout, sous les roses d'Ispahan, Pierre Loti relève aves admiration les traces de Chah Abbas.
Il y a quelques ombres. Comme tous les souverains musulmans du temps, Abbas avait la défiance maladive des princes qui n'étaient pas appelés à succéder. Plusieurs princes du sang furent exécutés ou aveuglés. Ces tragédies de sérail émondaient les dynasties orientales de rejetons vigoureux. De fait, après la mort d'Abbas, on vit une série de règnes débonnaires sous lesquels la Perse séfévide, non sans grâce, s'achemina vers la décadence.