‹ Histoire du monde (volume 4)Chapitre 25 sur 82 · SAINT FRANÇOIS XAVIER · texte numérisé non relu

SAINT FRANÇOIS XAVIER

et quelquefois la foi. Le jeu, la contrebande et l'espionnage démoralisaient militaires et civils. Saint François Xavier vit de tristes spectacles à Goa et à Malacca, et ne rencontra pas toujours dans le clergé, ni chez les Jésuites eux-mêmes, l'appui fraternel sur lequel il croyait pouvoir compter.

Son effort principal porta néanmoins sur les païens. Il débuta à Geylan et chez les vassaux du roi de Vijayanagar. Là du moins, il n'était pas en présence du fanatisme musulman. Mais la prééminence du clergé brahmanique, maintenu par le régime des castes, suffisait à rendre les conversions difficiles.

L'apôtre poussa plus loin, à Malacca et aux îles de la Sonde. L'islam ne s'était implanté dans ces régions que depuis un siècle à peine, et y conservait encore l'ardeur du prosélytisme. Saint François Xavier trouva des satisfactions chez les primitifs Alfourous, mais, dans les « îles du More », il frôla plus d'une fois le martyre. Il rentra à Goa pour recevoir le dernier soupir du grand vice-roi Jean de Castro, qui avait arrêté devant Diu les flottes des princes indiens soutenus par Soliman le Magnifique (1548).

Cependant un émigré japonais converti lui avait donné l'espoir de gagner à la foi le lointain archipel. Il y débarqua, et y tomba en pleine carence du pouvoir central. Le Mikado était une idole inaccessible, et le shogun même était alors impuissant devant les daïmios. Saint François Xavier essaya sa puissance de séduction sur certains de ces principicules. Il rencontra devant lui les bonzes, représentants d'un bouddhisme que n'avait pas atteint la réforme lamaïque, et qui donnait prise à plus d'une critique. Mais le principal obstacle était la vénération exclusive des Japonais pour tout ce qui venait de Chine.

Il fallait donc aborder le grand empire. Après être

retourné une foi? encore dans l'Inde portugaise, Saint François Xavier vint rôder sur la côte de Canton. La Chine s'était déjà fermée au commerce européen. Le saint espéra se glisser jusqu'au trône du Fils du Ciel, en profitant de l'ambassade annuelle que le ^oi de Siam envoyait à Pékin. Mais son espoir fut déçu, et il expira entre les bras du domestique chinois qui a laissé le récit simple et émouvant de sa fin (1552).

Bu premier coup, la propagande chrétienne s'était montrée dans ces régions sous son aspect le plus élevé. Elle ne devait pas toujours se maintenir à cette hauteur.

Donc, en 1580, tout ce monde européen en gestation passa sous la domination espagnole. Le jeune roi de Portugal, Sébastien, ayant grandi sous l'impression de la victoire de Lépante et de la Jérusalem délivrée, rêvait de croisade : il entreprit d'opposer un prétendant marocain au Chérif Abd-el-Malek. Il envahit le Maroc avec la fleur de la chevalerie portugaise, et succomba à Alcazarquivir (1578). Le roi Philippe II, fils d'une infante portugaise, était l'héritier légitime. Pourtant une grand partie de la nation portugaise était préparée par un passé long et glorieux à résister à l'unité ibérique. Philippe II dut aller chercher dans la retraite où il vieillissait le plus fameux capitaine de l'Espagne : le duc d'Albe écrasa les Portugais et entra à Lisbonne en 1580.

Le roi d'Espagne fit de louables efforts pour ménager ses nouveaux sujets. Aux colonies, les postes importants furent laissés à des Portugais, sauf aux Moluques où le voisinage des Philippines indiquait la concentration de l'autorité aux mains d'un vice-roi espagnol. Encore en 1619, le roi Philippe III fut reçu à Lisbonne avec tous les témoignages d'un loyalisme sincère.

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