‹ Histoire du monde (volume 4)Chapitre 27 sur 82 · LE MONDE JAUNE · texte numérisé non relu

LE MONDE JAUNE

paternel des Mings. Sa quiétude fut plus d'une fois troublée, au sud, elle avait laissé à leurs rivalités les royaumes indochinois, annamites et siamois. Au nord, elle vit en 1590 le grand condottiere japonais Hidéyoshi lui disputer la Corée. L'empereur Wan-li dut mobiliser 130.000 hommes pour reprendre cette principauté vassale, que la monarchie japonaise n'était pas alors en état de conquérir. A l'ouest, l'Empire du Milieu était sur la défensive. Les Eleuthes étaient trop éloignés pour être vraiment redoutables, mais, au nord, un nouveau ban de Tartares, les Mandchous, commençait à s'agiter vers 1600.

Dans ces conditions, on conçoit que les Chinois ne fussent pas empressés d'ajouter à leurs difficultés en accueillant à bras ouverts les navigateurs portugais. Cependant, trente ans après Saint François Xavier, un Jésuite, le P. de Ricci, parvint à s'introduire à Pékin (1582). Depuis un siècle, la science européenne avait pris une avance notable, et c'est sous l'aspect d'initiateur scientifique que se présenta le Jésuite. Quand il mourut (1610), la foi chrétienne avait profité largement de sa faveur. Le confucianisme restauré ne lui opposait qu'une morale avec laquelle on pouvait pactiser, à condition de respecter scrupuleusement le culte des ancêtres, le livre de Confucius sur la Piéle filiale étant l'Evangile et le catéchisme des Chinois. La concession était-elle assez grave pour rendre illusoires les conversions au christianisme v C'est ce qu'allaient soutenir les adversaires catholiques des Jésuites. En tout cas, la conquête mandchoue devait changer les données du problème.

Dans l'ensemble, le bloc asiatique, au début du xviic siècle, restait impénétrable à l'enropéanisme.

Cavaitfnac.

L'Indochine avait vu succomber, dans les luttes du xve siècle, les deux Etats qui avaient été, au moyenâge, les plus brillants de la péninsule : le Cambodge et le Tchampa. La capitale du premier, Angkor, avait été si bien ruinée par les Siamois (1460) qu'au bout d'un siècle les Cambodgiens eux-mêmes en avaient perdu le souvenir et attribuaient ses monuments ruinés à des puissances surnaturelles. Les Etats puissants, au xvie siècle, étaient le Pégou sur la côte occidentale, le Siam au centre, et l'Annam- Tonkin sur la côte orientale. Des rivalités acharnées les mettaient aux prises. Au milieu du xvie siècle, le Siam reçut de rudes coups des Pégouans, auxquels s'était joint, par un sentiment naturel de rancune, le faible reste du royaume de Cambodge. Puis le roi siamois Phra-Naret refoula les Pégouans, et, cherchant à en finir avec le Cambodge, pilla sa nouvelle capitale Lovek (1593). Ces guerres se compliquaient de révolutions de palais : un neveu du roi de Cambodge expulsa son oncle et usurpa la couronne.

Dans ces guerres et dans ces révolutions, des aventuriers portugais, puis, à partir de l'occupation des Philippines (vers 1570), des aventuriers espagnols arrivèrent plus d'une fois à se créer des situations individuelles bien curieuses : un moment, un Portugais avait été roi au Pégou. Lorsque la réunion du Portugal à l'Espagne (1580) permit de coordonner les efforts partant de Malacca et de Manille, l'idée devait venir de chercher dans l'Indochine un nouveau domaine pour la couronne ibérique, particulièrement dans le plus faible des Etats indigènes, le Cambodge. Le Portugais Belloso et un Espagnol venu de Lima, Blas Ruiz, se firent aider, dans cette vue,

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