LE KHALIFAT
Il le traita avec égards, mais rien n'indique qu'il ait daigné lui demander une investiture quelconque. Tous les documents indiquent même le contraire.
Toutefois, il se passa alors deux faits qui ont pu donner naissance à la légende :
1° L'Abbasside détenait des reliques particulièrement vénérées (manteau du Prophète, etc.), qui furent alors transférées à Gonstantinople.
2° Le sultan ottoman fut reconnu par les autorités traditionnelles de La Mecque et de Médine comme protecteur des villes saintes, d'abord parce qu'il devenait maître de l'Egypte d'où dépendait leur approvisionnement, ensuite parce que l'apparition de Portugais dans l'Océan Indien rendait nécessaire une défense efficace du berceau de l'Islam.
Il résulta de ces faits un grand prestige religieux pour le sultan. Néanmoins, l'essentiel était le fait qu'il avait pris Stamboul, la ville impériale, et recueilli l'héritage de « Roum », de l'empire romain. C'est sous cet aspect que l'aperçoivent d'abord les souverains musulmans qui le flattent, le Grand Mogol, même les sultans lointains des îles de la Sonde.
Quand à lui reconnaître une autorité quelconque sur eux, ils n'y songeaient pas. L'idée qu'il y eût un khalife unique, chef spirituel de tout l'Islam, eût paru hétérodoxe à un musulman correct. Le khalife n'avait jamais été qu'un prince temporel, régnant conformément à la foi et à la loi. Et, pour jouir parmi les successeurs du Prophète de la prééminence qui avait été reconnue à l'Abbasside, il manquait aux sultans, aux yeux des fidèles, la qualité essentielle de membre de la tribu koreischite, de la tribu de Mahomet.
La théorie indiquée par d'Ohsson ne commença à poindre que quand le sultan eut traité avec des
princes chrétiens revendiquant un droit précis de protection sur les chrétiens qui vivaient sous ses lois. Il parut naturel alors qu'il demandât une certaine réciprocité vis-à-vis des musulmans soumis à des autorités chrétiennes. Le développement ultérieur de ces prétentions appartient à l'histoire politique du xixe siècle.
Revenons en 1517. La victoire de Sélim est un fait de grande portée. Les aventuriers hardis qui, en ce moment, fondent à Tripoli, à Tunis, à Alger, de redoutables États corsaires, reconnaissent le sultan ottoman comme leur maître légitime A l'autre aile de l'armée turque, les khans tartares de Grimée, que la dislocation de l'empire de la Horde d'or et l'affranchissement de la Moscovie menacent d'isolement, font de même. Et même les souverains musulmans qui gardent leur indépendance politique ne peuvent se dérober au prestige religieux du maître de Constantinople.
Dans cette catégorie se range d'abord le sultan du Maroc, de la dynastie des Chérifs saadiens. Son autorité n'est pas confinée au Maroc. Au moyen-âge, des liens étroits ont existé entre Fez et Marrakech, d'une part, et d'autre part le Soudan occidental, Tombouktou et Gao : les sultans du Maroc sont loin d'avoir renoncé à affirmer ces liens. Gomme eux, les khans gengiskhanides de Russie et de Sibérie, les khans timourides de l'Asie centrale, les souverains musulmans de l'Inde, envoient des ambassades flatteuses à Stamboul.
Une exception importante : la Perse.
La Perse a souffert abominablement des ravages des Mongols. Encore au xve siècle, elle a été déchirée par les rivalités de hordes turcomanes. Mais, vers 1490,