LA MAISON D'AUTRICHE
Les ducs de Savoie-Piémont, momentanément dépouillés par les Français au cours des guerres d'Italie, rétablis par l'Espagne, sont restés ses alliés, presque ses vassaux. Par leur intermédiaire, et en contournant la Suisse devenue à moitié hérétique1, le contact est établi entre les domaines italiens du roi d'Espagne et ses domaines bourguignons, Franche- Comté et Pays-Bas. La Lorraine hésite entre l'Espagne et la France. Par l'Alsace, où la branche autrichienne conserve de nombreux domaines patrimoniaux, les Habsbourg d'Espagne donnent la main aux Habsbourg d'Autriche.
Ceux-ci ont le centre de leur puissance dans les Etats autrichiens et tyroliens, définitivement réunis maintenant à la Bohême et à la Hongrie. La Hongrie on l'a vu, est disputée par le Turc, partagée avec lui au traité de Sitvatorok (1606). C'est le Habsbourg d'Autriche qui a supporté la lutte contre l'infidèle sur le terrain où celui-ci est le plus solide. Tant que dure cette lutte, il est forcé de lui réserver l'essentiel de son attention et de ses forces.
Le souverain autrichien est Empereur, à titre électif en principe, à titre héréditaire en fait, puisque, sur sept princes-électeurs, quatre sont restés catholiques et se serrent délibérément autour de lui. Mais, depuis la paix d'Augsbourg (1555), il a reconnu l'autonomie religieuse aux princes luthériens de l'Allemagne. Une concentration de forces se prépare, à l'avantage des protestants, dans l'extrême-Nord.
1. Genève avait pu se constituer en république théocratique sous la direction de Calvin (1541), au temps où les Français occupaient la Savoie et le Piémont. Quand les ducs de Savoie furent rentrés chez eux, ils tentèrent de reprendre cette Rome du protestantisme (l'Escalade 1602). L'indépendance de Genève fut alors placée sous la garantie de Berne, de Zurich et de la France.
Depuis le xve siècle, les Hohenzollern sont électeurs en Brandebourg. Au xvie siècle, la sécularisation de la Prusse ducale a assuré à une branche cadette de la même maison la possession héréditaire de cette province. Par le jeu de l'hérédité, le Brandebourg et la Prusse vont se réunir en 1618. En outre, la diffusion du calvinisme, non prévue au traité d'Augsbourg, vient compliquer encore la situation en Allemagne. Mais, tant que dure la lutte contre le Turc, les Habsbourg d'Autriche ne peuvent songer, même avec le concours de l'Espagne, à exploiter les progrès de la contre-réforme dans l'Empire.
En face de la puissance toujours formidable de la Maison d'Autriche se dressent les Etats occidentaux, d'abord la France. C'est elle qui a porté tout le poids de la lutte durant la première moitié du xvie siècle. A partir de 1559, l'expansion du mouvement calviniste l'a divisée en deux camps : elle devient le principal champ de bataille des confessions, la « salle de danse ». Par la conversion au catholicisme du roi Henri IV (1593), elle échappe de justesse à la mainmise de l'Espagne. Mais elle va porter longtemps encore les stigmates des guerres religieuses.
L'Angleterre, durant les guerres d'Italie, avait plutôt incliné vers les Habsbourg. Définitivement acquise au protestantisme avec Elisabeth, elle prend peu à peu la direction de la résistance à l'Espagne. En dispersant la Grande Armada qui devait porter en Angleterre l'infanterie espagnole (1588), ses marins ont assuré son indépendance.
Un troisième Etat est né de la révolte des Pays- Bas contre l'Espagne : la Hollande. A partir de 1585 environ, le brassage de populations consécutif à la Réforme est à peu près stabilisé dans ces régions. Les éléments catholiques restent en Belgique ou y rentrent. Les éléments protestants forment la Repu-