LES ÉTATS MARITIMES
blique des Provinces-Unies. Elle lutte encore péniblement contre les armées espagnoles, mais la résistance de la France et de l'Angleterre assure déjà son indépendance.
Durant tout le xvie siècle, ces pays n'ont pu songer à soutenir la concurrence mondiale avec l'Espagne La France, qui a des côtes méditerranéennes, a cherché, par ses accointances avec le Turc, des compensations dans le Levant. Avant tout, c'est dans les mers du Nord que s'est porté ce qui était permis d'activité commerciale et coloniale aux Occidentaux. Les Français ont pris pied au Canada. Les Anglais ont fondé leurs premiers établissements dans l'Amérique du Nord, débarqué à Archangelsk. Les Hollandais ont supplanté la Hanse dans les mers Scandinaves. C'est seulement vers 1600 que les flibustiers de trois nations commencent à forcer le blocus ibérique dans les mers tropicales et australes. Ajoutons qu'en Hollande et en Angleterre l'esprit calviniste prépare des méthodes d'exploitation plus souples que celles de l'empire hispano-portugais, plus favorables à l'accumulation de richesses privées sur laquelle va reposer la force des Etats européens, leur civilisation et leur supériorité.
Les grands événements des environs de l'an 1500 avaient tendu à rejeter à l'arrière-plan les pays du nord-est de l'Europe. Un signe caractéristique est l'effondrement de la Hanse, qui tenait encore une place si importante dans l'économie européenne du xvf siècle. Une intervention malencontreuse dans les guerres qui amenèrent la dissolution de l'Union de Calmar (1534-1540), acheva la ruine de la Ligue. A la fin du siècle, les Hollandais, qui jadis vivaient dans son ombre, l'avaient supplantée jusque dans la Baltique.
Par contre, les guerres d'équilibre de la première
moitié du siècle avaient commencé à mêler les royau mes Scandinaves et la Pologne à la politique européenne. Le Danemark-Norvège avait pris part aux côtés de la France à la guerre de 1542-1544, et la Suède inclinait à en faire autant. La Pologne, au contraire, touchant en Ukraine aux Turcs et aux Tartares de Grimée, avait été rapprochée des Habsbourg par ce péril commun. Mais les effets de la Réforme et de la Contre-Réforme sont devenus, là aussi, le facteur essentiel dans la seconde moitié du siècle : les Scandinaves étaient devenus protestants, la Pologne était lestée catholique.
En Danemark et en Suède, la reforme luthérienne s'était presque bornée à la révolte contre l'autorité du pays, et à la mainmise sur les biens ecclésiastiques. Une grande partie de la liturgie et de la hiérarchie subsistaient, et nombre de gens, nous assure-t-on, s'étaient à peine aperçus qu'ils n'étaient plus catholiques. Aussi les jésuites firent-ils un vigoureux effort pour ressaisir ces pays. En Danemark-Norvège, il ne produisit qu'un résultat insignifiant. En Suède, au contraire, sous le règne de Jean III (1569-1587), mari de la princesse polonaise Catherine Jagellon, les perspectives furent un moment favorables. Finalement, le pays se cabra. Mais ces manœuvres eurent au moins pour effet que, du temps de Philippe II, toute allure hostile aux Habsbourg fut absente de la politique extérieure des royaumes Scandinaves.
La Pologne était restée catholique, mais sans fanatisme. Depuis son union avec la Lithuanie, qui contenait nombre d'éléments orthodoxes, elle était habituée à la tolérance. Elle élimina sans violence les tentatives de réforme religieuse, dont une, le socinianisme, lui fut spéciale. Très rurale, dominée par une sorte de démocratie nobiliaire, elle laissait les juifs accaparer ce que le pays compor-