‹ Histoire du monde (volume 4)Chapitre 33 sur 82 · V. La question russo-tartare · texte numérisé non relu

V. La question russo-tartare

L'histoire de la Moscovie au xvie siècle est dominée par la figure du tsar Ivan IV le Terrible (1533-1584). A une société qui commençait à s'asseoir et à prendre certaines habitudes et aussi certains vices de la civilisation, il a rappelé brutalement les méthodes du

gouvernement tartare. Il a décimé les boïars par le knout, la hache et le pal. Il a confisqué leurs domaines en masse pour les distribuer à ses créatures. Le bruit de ses exploits avait été porté en Europe par certains émigrés lorsque Possevin, à l'occasion du traité de Kiverova-Gora (1581-2), fut reçu au Kremlin de Moscou. Il arriva à point nommé pour recueillir les échos d'une ultime tragédie. Le tsar, irrité du mariage de son fils, avait, d'un premier coup d'épieu, provoqué l'avortement de la femme, et, d'un second coup, atteint mortellement le prince lui-même, compromettant ainsi l'avenir de la dynastie.

Le tsar était le chef de la religion en Russie : le patriarche de Constantinople ne comptait plus à ses yeux. Sollicité par ses moines de leur donner ses instructions, il débutait par un préambule d'une humilité plus que chrétienne, pour édicter ensuite, « tout insensé » qu'il se déclarât, des règles dignes de Saint- Benoît. Possevin, malgré l'atmosphère de terreur qu'il remarquait autour de lui, provoqua le tsar à un tournoi théologique. L'érudition d'Ivan sur les origines du schisme (est-il besoin de le dire?) était extrêmement incertaine. Mais il avait des arguments péremptoires : la face rasée des prêtres catholiques, la chaise gestatoire du pape. Le jésuite répondit victorieusement que Grégoire XIII avait une barbe magnifique, et que la chaise gestatoire n'avait d'autre but que de faciliter la bénédiction. Il passa ensuite à l'offensive, critiqua les usages du clergé orthodoxe : les fidèles n'avaient-ils pas l'habitude de boire l'eau où les prêtres se lavaient les mains ? Le schisme oriental résista à ces doctes entretiens.

Ce n'est pas uniquement sur ces scènes de sauvagerie amusante qu'il faut juger le règne du tsar ter-

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