‹ Histoire du monde (volume 4)Chapitre 36 sur 82 · LA TRÊVE TURQUE · texte numérisé non relu

LA TRÊVE TURQUE

pire, les religieux catholiques, sont sous la protection de la France.

Cette trêve dans la guerre sainte s'explique par deux raisons : l'état intérieur de la Turquie, la guerre de Perse.

Au dedans, les germes de faiblesse relevés dès le xvie siècle commencent à apparaître au grand jour. La milice des janissaires, qui en principe devait être recrutée parmi de jeunes chrétiens enlevés dès l'en fance et ne connaissant plus que leur corps et le Padishah, s'est transformée peu à peu. Elle comprend maintenant des fils de Turcs, beaucoup moins soustraits à l'ambiance civile, en attendant qu'elle se recrute par enrôlements volontaires. La discipline n'y gagne rien. Les révolutions de caserne et de palais se multiplient à Constantinople après 1618. Le sultan Mourad IV, qui a grandi au milieu de ces horreurs, en reste assauvagi : despote fantasque et furieux, il arrête un instant les révoltes par un régime de brutale terreur, mais, après sa mort (1640), elles reprennent.

La guerre d'Asie a été malheureuse pour les Ottomans tant qu'a vécu le grand Chah Abbas, jusqu'en 1629. Il faut mettre en jeu toutes les forces turques pour reprendre aux Persans Bagdad : Mourad y parvient en 1639. A partir de ce moment, les Turcs sont en paix avec la monarchie chiite.

En disant que cette période n'a pas vu de grandes guerres avec les chrétiens, il convient d'accentuer le mot « grandes ». En réalité, d'un bout à l'autre de l'empire, les incidents de frontière, les hostilités de détail, n'ont guère chômé.

Tout d'abord, à l'extrême Ouest, les Etats corsaires de Tripoli, de Tunis, d'Alger, sont toujours vassaux de la Porte. L'autorité des pachas n'est plus respectée, et finira par être complètement suppri-

mée par la milice qui en réalité dispose de ces Etats. Mais les formes extérieures de la vassalité subsistent, des cadeaux sont envoyés à Stamboul, de sorte que les Etats chrétiens lésés assaillent le sultan de réclamations et obtiennent de lui des garanties complètement fictives. Au xvir8 siècle, les Français commencent à souffrir de cet état de choses autant que les Espagnols ou les Italiens. C'est la cause principale du refroidissement qui se marque entre eux et la Turquie. Lorsque Louis XIV prend le pouvoir (1661), des auxiliaires français se rencontrent régulièrement parmi les ennemis des Turcs. Et ce n'est pas sans difficultés que le marquis de Nointel obtiendra (1669- 1673) le renouvellement dès capitulations.

Le Maroc reste un Etat indépendant, et les Européens qui veulent y trafiquer doivent demander à ses sultans des garanties qui se montrent aussi inefficaces contre la pira .série que celles du Grand Seigneur. La France, qui prend là-aussi l'initiative et signe des traités en 1630 et 1631, en fait l'expérience. Du reste un événement survient vers 1660, qui diminue la portée de ce commerce. La dynastie des Ghénfs saadiens fait place aux Chérifs alaouites, et, à cette occasion, les liens se rompent entre le Maroc et Tombouctou. Le Soudan retourne à l'isolement d'où les explorateurs européens ne le feront sortir qu'au xixe siècle.

Avec Venise, qui est prête aux plus grands sacrifices pour conserver son commerce levantin, le point de friction est en Dalmatie. Au xvne siècle, l'islamisation de la Bosnie et de l'Albanie se précipite : sur 400.000 habitants, cette dernière province compte encore 350.000 chrétiens vers 1600, et seulement 50.000 un siècle plus tard. Les rapports de bon voisinage avec les possessions dalmates de la République ne gagnent rien à cette évolution. En outre, Ve-

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