‹ Histoire du monde (volume 4)Chapitre 37 sur 82 · CONFLITS LOCAUX · texte numérisé non relu

CONFLITS LOCAUX

nise a encore dans les eaux grecques une possession importante : la Crête; comme c'est la dernière e vache à lait », elle est exploitée avec une rigueur qui amène les indigènes à saluer les Turcs eux-mêmes en libérateurs. En 1645, la Porte fait un effort sérieux pour conquérir l'île, et une guerre d'un quart de siècle commence.

En Hongrie, la frontière a été tracée entre Ohm et Vienne en 1606, et, bien que le traité de Sitvatorok soit périodiquement renouvelé, elle n'est pas toujours respectée, ni d'un côté ni de l'autre. Mais le gros danger vient de la Transylvanie. Les princes électifs de ce pays sont restés vassaux et tributaires de la Porte. D'autre part, les progrès de la Réforme dans leur pays les mettent, au temps de la guerre de Trente Ans, en opposition avec les souverains catholiques. Leurs collisions avec l'Autriche ou la Pologne risquent toujours d'engager leur suzerain. De fait, c'est un incident de ce genre qui, succédant à beaucoup d'autres, provoque en 1661 la rupture des bonnes relations qui avaient existé pendant un demisiècle entre la Turquie et l'Empire.

Sur la mer Noire, les sultans restent en relations intimes avec les khans de Crimée, bien que ceux-ci, au cours d'une des révolutions de sérail qui ont marqué le xviie siècle, aient songé un instant à se substituer à la maison d'Osman sur le trône de Constantinople. Leurs Tartares harcèlent les voisins chrétiens, mais maintenant ils trouvent à qui parler. En Ukraine et dans la Moscovie méridionale se sont constituées de véritables républiques de Cosaques, qui répondent aux incursions par des incursions, et font bonne mesure. Leurs barques descendent même h Dnieper et le Don et courent la Mer Noire, poussant parfois jusqu'au Bosphore. Sous Mourad IV, une victoire remportée par la flotte ottomane sur ces forbans est célébrée comme un grand triomphe.

Cavaignac. 5

Or ces Cosaques sont, théoriquement, sujets des rois de Pologne ou des tzars de Moscou, et peuvent d'un jour à l'autre engager ces puissances par leurs entreprises. Heureusement pour la Porte, la mésintelligence entre les deux Etats, conséquence des événements de 1610 (voir page 59), empêche toute action commune. Du côté de la Pologne, la question des Cosaques, après avoir provoqué plusieurs fois de petites hostilités, finit par déclancher la grande guerre de 1671. Le tzar pourrait être un ennemi plus dangereux, en raison des liens religieux qui l'unissent à des populations limitrophes de la Turquie, comme les chrétiens du Caucase. Mais il est, pour le moment, perdu dans les brumes du Nord, et l'expansion moscovite est orientée dans une tout autre direction.

Ainsi la guerre avec Venise reprend en 1645, la guerre avec l'Autriche en 1661, la guerre avec la Pologne en 1671. C'est le signe que l'esprit de la guerre sainte se réveille. L'impulsion vient moins du sultan Mahomet IV (1648-1687), qui ne songe qu'à la chasse, que d'une dynastie de grands-vizirs. En 1656, le sultan appelle au grand-vizirat un vieillard énergique, Méhémet Koprigli. [Celui-ci impose ses conditions, exige un pouvoir discrétionnaire, et, en mourant, lègue le pouvoir à son filsAchmet Koprigli (1661- 1676). Plus tard, d'autres Koprigli seront encore vizirs. Probes, et sincèrement dévoués à l'Etat, ces hommes ont remis de l'ordre dans l'Empire. Mais un de leurs principes est d'occuper au dehors la turbulence des janissaires.

Et c'est ainsi qu'en 1683 les Turcs, comme aux beaux jours de Soliman, camperont une dernière fois sous les murs de Vienne.

L'empire ottoman dispose encore de ressources considérables. L'Egypte n'est pas ruinée par les exactions de la soldatesque des Mamelouks; sa riches-

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se naturelle résiste à tout. La Syrie, l'Anatolie, malgré des soulèvements locaux, sont encore de riches provinces. A la Mecque, de tous les points du monde musulman, affluent chaque année des pèlerins dont le mouvement ne va pas sans profits matériels. Les sujets turcs prennent une part active au commerce de l'Océan Indien, où d'ailleurs les corsaires européens ne se privent pas de venger sur eux les avanies que les Barbaresques infligent au commerce méditerranéen. Lorsqu'en 1670 le jeune Leibnitz propose aux ministres de Louis XIV de conquérir l'Egypte et de rendre son importance au commerce qui, de là, se dirige vers l'Extrême-Orient, lorsqu'à cette occasion il parle de la décadence turque comme d'un fait accompli, il anticipe notablement les événements. Pourtant son idée, après avoir hanté des cerveaux vénitiens, hantera désormais plus d'une fois les cerveaux français.

La Perse, après Abbas le Grand, a vu se succéder plusieurs générations de souverains séfévides. Après le traité qui suit la perte de Bagdad (1639), et qui d'ailleurs lui donne des compensations en Arménie,' la période des guerres turques est close. Les Ouzbeks de la Transoxiane, absorbés par les querelles que nous décrit Aboulghazi, sont devenus des voisins moins gênants. Après quelques tentatives pour reprendre Kandahar (vers 1650), les Grands-Mogols tournent ailleurs leur activité. La Perse a donc alors vécu tranquille. Elle donne aux voyageurs européens l'impression d'un empire paisible et florissant. Plus que l'empire turc, elle conserve les traditions de la civilisation musulmane. Elle a encore une littérature, un art remarquable : les miniatures de cette époque parent aujourd'hui nos musées. C'est la Perse séfévide dont l'image flotte devant l'imagination des lit-

térateurs européens épris d'exotisme. Encore au début du xvme siècle, cette littétrature produira des œuvres fameuses : la traduction des Mille et une nuits par Galland, qui évoque le souvenir lointain des khalifes abbassides, et les Lettres Persanes.

II La question américaine.

Les événements d'Europe n'avaient pas ébranlé la domination de l'Espagne dans le Nouveau-Monde, ni dans les Philippines. La colonisation s'était développée, et la vie se régularisait. Elle était large. Les galions qui partaient chaque année pour Cadix n'emportaient pas toutes les richesses, il s'en faut. Déchargés de tout souci politique, n'ayant que des besoins intellectuels limités, et que du reste il leur était malaisé de satisfaire, les créoles étaient voués au sport, au jeu, à l'amour. Après la guerre araucanienne, il n'y eut plus de tumultes indiens sérieux. La vie des Américains du Sud au xvne siècle fait un piquant contraste avec celle que devaient connaître leurs descendants du xixe.

Le commerce entre l'Amérique espagnole et les Philippines restait jalousement fermé aux étrangers. Un Français qui s'était glissé à Mexico, et de là à Manille, en fit l'épreuve en 1635.

Depuis 1580, les colonies portugaises de l'Afrique équatoriale et le Brésil avaient été rattachés à l'empire espagnol. Depuis que Philippe II avait fermé le port de Lisbonne aux nations hostiles à l'Espagne (1584), celles-ci, nous l'avons dit, s'étaient lancées à la recherche des produits qu'on prétendait leur interdire : leurs marins avaient commencé à inquiéter

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