PORTUGAL ET HOLLANDE
les routes de la traite. Les Hollandais surtout profitèrent de l'aubaine, et ils avaient mis la main sur l'Angola et le Brésil lorsque survinrent les événements de 1640.
Les désastres coloniaux, joints à la fiscalité grandissante, avaient exaspéré les Portugais. La guerre de l'Espagne contre la France (1635), puis la révolte de Catalogne, les amenèrent à se serrer autour du duc de Bragance, principal seigneur du pays. En 1640, la révolte de Lisbonne le porta sur le trône restauré de Portugal, sous le nom de Jean IV. L'Espagne n'avait alors que peu de forces militaires disponibles pour la répression. La France devenait ipso facto l'alliée du Portugal; elle et son alliée la Suède reconnurent les premières l'indépendance. Avec les Anglais, les Portugais signèrent aussi un accord.
Mais les Hollandais n'entendaient pas se dessaisir de leurs conquêtes. Ils exigèrent, pour signer un armistice, des concessions léonines : obligation pour le Portugal de se fournir en Hollande de bateaux de 160 tonnes au moins, de s'interdire l'importation de nègres dans l'Amérique espagnole, etc.. Et bientôt, alors que le traité de Westpnalie les réconciliait avec l'Espagne (1648), ils reprirent la lutte contre le Portugal. Mais la lutte revêtit, de la part des colons portugais de l'Afrique et surtout du Brésil, un caractère national. Des faits d'armes glorieux forcèrent le respect de l'adversaire. La guerre soutenue par la Hollande contre l'Angleterre en 1652 facilita la tâche des Portugais. Et finalement les Hollandais renoncèrent à un conflit qui n'intéressait plus que deux des Provinces-Unies, la Zélande et la Gueldre. Le traité de 1662-3 reconnut à la couronne de Portugal les colonies de l'Afrique occidentale et le Brésil. L'héritier de la couronne des Bragance s'appela dès lors « le prince du Brésil. »
La lutte contre l'Espagne avait conduit les nations rivales à fonder leurs premiers établissements aux lieux mêmes que Colomb avait touchés d'abord, aux Antilles. Les Hollandais jetèrent leur dévolu sur la Guyane, les Français sur la Guadeloupe, la Martinique, Saint-Domingue, les Anglais sur la Jamaïque. Comme il était admis maintenant, d'après une tradition séculaire, que les colonies tropicales comportaient la main-d'œuvre noire, les nations intéressées fondèrent leurs premiers comptoirs sur les côtes du Sénégal et de la Guinée.
Subsidiairement, ces colonies devinrent le point de départ d'une active piraterie menée aux dépens du commerce ibérique. Commencée en temps de guerre, elle se continua sans pudeur en pleine paix. Elle donnait lieu, de la part du gouvernement espagnol, à des réclamations. Les gouvernements étrangers répondaient en fulminant des interdictions qui restaient aussi vaines que celles du Grand Turc contre les corsaires barbaresques : en 1671, l'Anglais Morgan, sans provocation, fit contre Panama un coup de main qui fut prôné comme le chef-dœuvre du genre. Quand un Etat faisait mine de réprimer sérieusement ces atteintes au droit des gens, les flibustiers s'en allaient dans la mer du Sud, où, au siècle précédent, Drake avait montré la route, poussant jusqu'aux côtes de la Colombie britannique. Mais les mers australes étaient plus intéressantes pour les corsaires.
Les Espagnols avaient, au xvr8 siècle, vigoureusement découragé les entreprises sur la Floride. Ils surveillaient les pays limitrophes du Mexique du Nord. Mais, depuis longtemps, ils avaient abandonné l'Amérique du Nord aux entreprises des autres nations.
Ces entreprises étaient encore bien humbles dans la première moitié du xvne siècle. Aux lieux que