FRANÇAIS, HOLLANDAIS, ANGLAIS EN AMÉRIQUE
J. Cartier avait ouverts à 1-a colonisation française dès le temps de François Ier, c'est seulement en 1608 que fut fondée Québec. Un demi-siècle plus tard, cette colonie ne se composait encore que de 3.000 à 4.000 personnes, dont deux tiers de mâles. Au sud du Saint- Laurent et des grands lacs, les Français se heurtaient à la population féroce des Iroquois, qui pouvaient armer 3.000 guerriers, et qui offrirent aux Jésuites de nombreuses occasions de cueillir la palme du martyre. Ces sauvages étaient approvisionnés de mousquets par les établissements anglais ou hollandais de la côte atlantique.
Nous avons vu les Anglais s'installer en Virginie dès le temps d'Elisabeth. Plus au nord, les tracasseries des Stuarts jetèrent un flot de dissidents religieux qui, en 1630, fondèrent Boston. La colonisation anglaise, dans ces climats moins rudes à l'Européen, marcha dès le début à une cadence très supérieure à celle de la colonisation française. Au temps de la première Révolution (1648), il y avait déjà 60.000 personnes dans ces établissements d'outre- Atlantique.
Entre les deux établissements anglais, les Hollandais avaient essayé leur chance : en 1606, ils avaient fondé une Nouvelle-Amsterdam. Ce n'est qu'au début de la seconde guerre contre la Hollande (1664) que les Anglais firent de la Nouvelle-Amsterdam New- York. Si la France, alors leur adversaire, n'avait n'avait pas trouvé la route barrée par les Iroquois, peut-être les eût-elle devancés, avec l'assentiment des colons hollandais.
Mais tous ces établissements intéressaient alors les marins de l'Europe occidentale, Ibères, Français, Anglais, Hollandais, Danois et Islandais, bien moins que les bancs de Terre-Neuve et la pêche de la baleine. De plus, on n'avait pas encore renoncé à cher-
cher, par le nord-ouest, l'accès de Cipangu et de Cathay, du Japon et de la Chine, des pays féeriques dont les Ibères interdisaient depuis un siècle les routes naturelles: en 1611, un Anglais devenu Hollandais, Hudson, périssait dans les mers polaires.
Tout cela avait détourné jusqu'alors l'attention de l'immense pays qui s'ouvrait devant les colons de la lisière atlantique, et qui devait un jour se révéler plus avantageux aux fils de l'Europe que les royaumes conquis par Gortez et Pizarre.