‹ Histoire du monde (volume 4)Chapitre 5 sur 82 · LA PERSE CHIITE · texte numérisé non relu

LA PERSE CHIITE

un homme remarquable, Ismaïl-Chah, lui a rendu l'unité et la force. C'est lui qui a tenu tête à Sélim le Féroce, et, bien que vaincu, il lègue à Shah-Tamasp (1522) un empire solide qui va du Tigre à l'Hindoukoush, et de la Caspienne au Golfe Persique. Or, avec cette nouvelle dynastie des Séfévides, la Perse affirme son caractère chiite traditionnel : la dévotion à la mémoire d'Ali dresse une barrière entre elle et les musulmans sunnites qui l'environnent. Entre elle et les Ottomans, en particulier, les haines religieuses sont farouches : un proverbe turc dit que « la mort d'un chiite esl plus agréable à Allah que celle de soixante-dix chrétiens ».

Le fond commun des croyances chiites est la théorie de Vimam, seul successeur qualifié du Prophète, et qualifié par l'hérédité directe. Le premier imam, après Mahomet, est son gendre Ali, mari de sa fille préférée Fatime. Puis viennent les fils d'Ali, Hassan et surtout Hussein, le martyr de Kerbelah (680). La commémoration de la passion d'Hussein est la grande solennité chiite, Kerbelah le grand lieu de pèlerinage. Par la suite, il arriva naturellement que les chiites choisirent diversement l'imam dans la descendance d'Ali, ce qui donna naissance à des sectes. Mais la secte dominante, et de beaucoup, est celle des duodécimans : ils reconnaissent 12 imams depuis Mahomet, le 12e étant né en 873 et ayant disparu mystérieusement. Depuis lors, on attend sa réapparition, qui fera cesser le règne de l'iniquité et inaugurera l'âge de la justice. A partir d'Ismail-Chah, le souverain séfévide de Perse se considéra comme le locum tenens de cet imam. Mais la carence d'un représentant actuel n'est pas un obstacle à la foi dans la réapparition de l'imam pour les millions de chiites répandus en Perse, dans l'Inde et dans l'Iraq.

Ainsi, au moment où s'achève le morcellement de l'Europe occidentale en Etats souverains et rivaux, le front musulman se reconstitue de la Crimée au Maroc, du Danube à l'océan Indien. Il s'en faut de peu que la « Mer blanche », la Méditerranée, n'apparaisse comme un lac ottoman. C'est une menace grave, universellement sentie et redoutée. Dans cette situation, l'hostilité persane apportera à la résistance européenne un appoint non négligeable. Dès l'époque de Tamerlan, on en avait aperçu la valeur : un ambassadeur espagnol avait paru à Samarcande. La tradition se maintiendra, et nous en verrons l'efficacité.

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