LA CHINE MANDCHOUE
a collaboré à l'érection du plus populaire de ces monuments, le Taj-Mahal, mausolée élevé par Schahjahan à une favorite morte prématurément. Un autre Français, Bernier, a décrit les splendeurs de la cour d'Aurengzeyb.
La Chine avait été le théâtre d'une importante révolution. Les bons empereurs Mings s'y étaient acheminés vers la ruine. En 1644, le dernier d'entre eux se suicida pour échapper à l'étreinte de deux généraux rebelles. Les derniers Mings finirent dans les bras de missionnaires chrétiens.
Ce ne furent pas les rebelles qui profitèrent de la catastrophe. Les populations comprises entre l'Amour et le golfe du Petchili, les Mandchoux, étaient sortis d'une longue torpeur vers 1600, sous l'impulsion du khan Nourachou. Longtemps, les Mings les retinrent derrière la Grande Muraille. Mais \ à la faveur des rébellions, ils s'introduisirent à Pékin (1644). Puis, en quelques années, balayant les Mings et les rebelles, ils portèrent leurs armes jusqu'au Tonkin. Les 18 provinces étaient rassemblées lorsque monta sur le trône Kang-hi (1662). Les Mandchoux conservèrent la prééminence, symbolisée par le port de la queue. Mais les traditions du pays furent respectées, et la Chine commença à panser ses blessures.
On a vu qu'au xvie siècle le Tibet était devenu une théocratie, souvent soutenue par les Mongols du nord. Les Mandchoux ne négligèrent pas de chercher l'appui moral du Grand Lama, et dès 1653 conclurent "alliance avec lui. Ils marchaient ainsi sur les brisées des puissants Mongols Eleuthes, qui à ce moment arrivaient à leur apogée. Ils allaient même en 1678 se subordonner la Kachgarie, d'où ils éliminèrent les derniers Djagataïdes, mais en laissant le pouvoir à des khans musulmans. Un choc était inévitable entre Mandchoux et Eleuthes.
Pour le moment, les empereurs mandchoux ne
pouvaient songer à faire valoir les prétentions archaïques de la Chine sur l'Annam, et ils furent heureux que la Corée ne songeât pas à s'émanciper. C'est sur mer qu'ils rencontrèrent les derniers partisans des empereurs Mings. L'île de Formose, occupée au xve siècles par des Japonais, était tombée en 1625 au pouvoir des Hollandais. Un aventurier formé à l'école des Portugais et des Espagnols, Koxinga, groupa autour de lui les mécontents chinois, et, en 1661-2, chassa de l'île les garnisons hollandaises. Il se constitua là un Etat corsaire qui inquiéta longtemps les côtes chinoises. C'était la première fois que l'émigration transmarine des Chinois, jusqu'alors essentiellement pacifique, prenait un caractère belliqueux.
Nous avons laissé le Japon dans un état d'anarchie politique qui n'avait pas empêché, au temps d'Hidéyoshi, les entreprises extérieures. Peut-être les Japonais eussent-ils été tentés de profiter de la débâcle des Mings, si dans l'intervalle ne s'était pas produit chez eux une révolution politique. Une famille ambitieuse, les Tokougawa, entreprit de rétablir le pouvoir du shogunat, en exploitant le prestige millénaire du mikado. Au début du xvne siècle, Iéyasou, puis Itmésou, parvinrent à mettre à la raison les Daïmios récalcitrants. Un régime absolutiste fut instauré au Japon.
Les communautés chrétiennes avaient prospéré au beau temps des daïmios. Elles furent compromises par leur chute. Les Tokougawa résolurent d'éliminer les 200.000 chrétiens de l'archipel, et y réussirent. Le dernier foyer de résistance, Arima, fut brisé en 1638, avec le concours des Hollandais que la haine des Ibériques entraîna à bombarder cette ville. A ce prix, les marchands hollandais obtinrent au Japon un jour de souffrance.
Car les Tokongawa avaient adopté, vis-à-vis des étrangers, le régime d'exclusion farouche qui désor-