FRANCE ET SUÈDE
que, désormais complètement rassurés sur leur indépendance religieuse, les princes protestants renonçaient à leur opposition systématique aux Habsbourg. Cette évolution apparaît clairement dans le Brandebourg sous le règne du Grand Electeur (1640- 1688). Au moins contre le Turc, le souverain autrichien peut compter sur l'appui lent, mais efficace pourtant, de toute l'Allemagne.
La Maison de Habsbourg ne cessait donc pas, dans son abaissement, de porter une bonne partie des fardeaux communs de l'Europe.
Les puissances qui avaient contribué plus que toutes autres à la vaincre étaient la France et la Suède.
La France, après les traités de Wesphalie (1648) et des Pyrénées (1659), apparaît à tous comme le principal Etat du continent. Nul n'est plus peuplé, plus uni, mieux pourvu de ressources variées. Elle est débarrassée de l'étreinte bicéphale contre laquelle elle vient de lutter pendant 150 ans. Mais ses hommes d'Etat conservent l'habitude d'avoir les yeux fixés sur sa frontière nord-est, son point faible. Pour le moment, elle a conquis l'Alsace, sauf Strasbourgj mis en tutelle la Lorraine. Elle est alliée aux petits princes allemands de la région rhénane, aux cantons suisses. Elle convoite naturellement les anciens domaines bourguignons, Franche-Comté et Flandre. En tout cas, elle est libre, pour la première fois, de porter son attention sur ses intérêts extraeuropéens, qui sont encore embryonnaires.
La Suède est apparue au temps de Gustave-Adolphe comme l'ange sauveur des protestants allemands. Unie à la France, elle a dicté, en 1648, le statut de l'Allemagne. Elle en a retiré un avantage matériel : la Poméranie. Mais la vision de la Baltique, « lac sué-
dois », a alarmé contre elle nombre d'intérêts, qui se réunissent un instant sous Charles-Gustave (1654- 1661). Le petit Danemark, qui, par la possession de la Norvège et de l'Islande, est malgré tout une puissance maritime, maintient libre la navigation du Sund avec l'appui des Hollandais. Le Brandebourg, uni depuis 1618 à la Prusse, se méfie des Suédois : c'est lui qui portera la première atteinte à leur prestige militaire (Fehrbellin 1675). Contre la Pologne qui veut reprendre la Livonie, Charles-Gustave pousse à fond la lutte, pénétre jusqu'à Varsovie : sans obtenir de grands résultats, il augmente les embarras de cette monarchie élective, si fortement handicapée alors du côté de l'Ukraine. Dans la lutte contre la Moscovie, les Suédois, s'ils ne peuvent s'emparer de Novgorod et de Pskof, ferment au moins solidement à l'adversaire l'accès de la Baltique. La puissance de la Suède, on le voit, garde un caractère strictement local : ce n'est que par son aliance avec la France qu'elle intervient dans les affaires générales de l'Europe.
La guerre de Trente ans a profité indirectement aux deux Etats qu'on commence à appeler « les puissances maritimes » : Hollande et Angleterre. La première y gagne la reconnaissance de son indépendance par la Maison d'Autriche (1649), sans parler des avantages coloniaux. La seconde a profité aussi du déclin de l'Espagne, et en aurait tiré parti plus largement si elle n'avait été alors absorbée par les troubles intérieurs qui aboutissent à la catastrophe de 1648-
Or, l'antagonisme des deux puissances se manifeste aussitôt. Les Hollandais prétendent accaparer dans toute la mesure du possible le commerce de transit entre les différents pays. L'Angleterre porte