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II. La question américaine

Au début de la période que nous envisageons, la partie intéressante de l'Amérique, aux yeux des Européens, est toujours le domaine hispano-portugais. Les établissements hollandais, français, anglais des Antilles attirent moins les colons par leurs ressources naturelles que par les occasions qu'ils offrent de faire des coups de main fructueux sur les vaisseaux qui apportent les nègres d'Afrique ou qui partent d'Acapulco vers Manille et la Chine.

Pendant les guerres de Hollande et de la Ligue d'Augsbourg, ce sont surtout les corsaires français qui se sont distingués dans ce sport : que n'auraient pas risqué nos flibustiers et nos négriers pour venger les Indiens opprimés par les Espagnols ! Durant la guerre de la Succession d'Espagne, le Français devient au contraire le défenseur de Sa Majesté Catholique. Ce sont les Hollandais et les Anglais maintenant qui courent sus aux galions et aux traitants : mais, en bons commerçants, ils proposent aux Espagnols, en pleine guerre, de faire trêve à la guerre de course, moyennant le monopole du commerce des nègres ! ""Le Portugal a récupéré ses colonies d'Afrique et le Brésil, fait sa paix avec l'Espagne en 1669. Il signe, dans la guerre de la Succession d'Espagne, un traité d'alliance avec l'Angleterre (traité de Méthuen, 1707), qui l'expose à son tour aux exploits des corsaires français : en 1711, Duguay-Trouin bombarde et rançonne Rio-de- Janeiro.

Aux Antilles, étant donné l'enchevêtrement des possessions, les guerres de Louis XIV ont amené nombre de coups de main et pillages réciproques. Et, malgré tout, la colonisation avançait :vers 1700, la Jamaïque comptait au moins 14.000 nègres.

Les routes du Pacifique, dont l'Espagne, non sans raison, s'était efforcée de garder le secret, devenaient plus familières aux autres nations. Sous Louis XIV, plusieurs corsaires français revirent les parages où s'était risqué Drake, la Californie, le nord du Pacifique. Au temps de la guerre de la Succession d'Espagne, un commerce régulier se fit avec le Chili et le Pérou : aux abords du détroit de Magellan, il y eut des îles « Malouines ». L'idée de reconnaître le « continent austral » hanta plus d'un cerveau. Au traité d'Utrecht (1713), l'Angleterre s'assura

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les bénéfices de ce commerce. Elle eut le monopole de l'Asiento, se chargea de fournir aux colonies espagnoles 4.800 nègres par an. Elle eut le monopole du commerce avec la côte Pacifique : une « Compagnie de la mer du Sud » se fonda en Angleterre, qui, quelques années plus tard, s'effondrait au milieu de scandales retentissants. Mais l'avènement d'un Bourbon à Madrid, les relations amicales qui en résultèrent entre la France et l'Espagne, ne pouvaient manquer de porter leurs fruits. Plus d'une entorse fut donnée aux privilèges arrachés par l'Angleterre au profit des commerçants français. Des savants français, au xvme siècle,visitèrent l'Amérique du Sud.

Dans l'Amérique du Nord, l'Espagne du xvne siècle, tout en maintenant sa surveillance sur les côtes de l'Atlantique (Floride) et du Pacifique (Californie, Colombie Britannique), pouvait dédaigner les établissements septentrionaux, les « arpents de neige » des autres nations. Mais, dans la seconde moitié du siècle, ces établissements prirent un développement qui allait peu à peu changer complètement l'équilibre des forces dans le Nouveau-Monde.

Depuis le traité de Bréda (1667), la Hollande était éliminée de ce domaine. L'Angleterre et la France restaient en présence, amies jusqu'à la révolution de 1688-9, ensuite ennemies.

Les établissements anglais de la côte Atlantique continuaient à se développer sous l'action des querelles religieuses qui divisaient la métropole. En Pensylvanie, Penn avait trouvé un asile pour des protestants dissidents, les Quakers. Au Maiyland, à Baltimore, c'étaient les catholiques qui cherchaient le repos. La Caroline naissait. Les Anglais restaient toujours collés à la côte, mais leurs colonies regagnaient en densité de population ce qu'elles perdaient en extension — et bien au delà.

Les Français de Terre-Neuve, de l'Acadie, de Québec et de Montréal bénéficiaient de l'énergique impulsion à Golbert et de ses successeurs. Le grand obstacle à la colonisation, la guerre iroquoise, disparaissait peu à peu. Les Français se vengeaient des mauvais procédés des Anglais, sournoisement alliés à ces sauvages, en soutenant, entre l'Acadie et Boston, les non moins féroces Abénaquis.

Cette guerre les avait mis en rapports avec les Hurons et autres tribus de la région des Grands Lacs. Ils avaient maintenant des postes militaires dans cette région. Et les chasseurs de fourrures poussaient même plus à l'ouest.

Là. deux voies s'ouvraient. L'une conduisait vers la baie d'Hudson. Les Anglais avaient d'incontestables droits de priorité sur ces mers polaires. Les « coureurs des bois » français ne se laissèrent pas arrêter, et provoquèrent, en pleine paix et même en temps d'alliance officielle, des frictions entre les deux nations. La concurrence profita en tous cas à l'exploration géographique de la région du Saskatchevan.

La voie du Sud était bien plus intéressante. Des explorateurs français avaient reconnu les sources du Mississipi, reconnu aussi l'Ohio, entendu parler d'un grand fleuve qui courait vers le midi. Aboutissait-il au golfe du Mexique ou au Pacifique? C'est Cavelier de la Salle qui a résolu le problème.

Robert Cavelier de la Salle était né à Rouen en 1643. Sa famille le destinait à l'Ordre des Jésuites, mais Robert se sépara de l'Ordre avant d'avoir prononcé ses vœux, en 1658. Et en 1666 il débarquait au Canada. Il acheta une propriété à La Chine, entre Montréal et le lac Ontario, et c'est là qu'il commença à rêver du grand fleuve dont parlaient les coureurs

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