CAVALIER DE LA SALLE
des bois et les missionnaires, sans pouvoir dire s'il se dirigeait vers le golfe du Mexique ou vers la mer Vermeille (Pacifique Nord).
Gavelier de la Salle se lança dans la forêt en 1669, et vécut deux ans entre les lacs et l'Ohio. C'est la période mystérieuse de sa vie. On se demande en particulier pourquoi, ayant reconnu (après d'autres) l'Ohio, il n'eut pas l'idée de descendre cette belle rivière, qui l'eût conduit au Mississipi. Il se familiarisa en tout cas avec les nombreux dialectes des « Indiens ».
En 1672 il était de retour à Québec, où il gagna l'amitié du nouveau gouverneur, le comte de Frontenac. Avec cette recommandation, il alla en 1674 à Paris voir Golbert. Celui-ci le reçut bien, approuva ses projets, mais ne lui donna pas d'argent (on était au fort de la guerre de Hollande). Cavelier dut revenir encore à Paris en 1678. Il rassembla des fonds et se munit d'auxiliaires. Le plus sûr fut l'Italien Tonti, fils de l'inventeur des « tontines ».
C'est en juillet 1678 que la caravane de Cavelier de la Salle partit pour le grand voyage. Le Niagara dépassé, elle construisit un bateau, — le premier bateau européen qui ait navigué sur le lac Erié, puis sur les lacs Huron, Supérieur et Michigan. A la jonction des trois lacs était le fort Michillimachinac, point de ralliement des coureurs des bois. A l'extrémité du lac Michigan, là où s'élève aujourd'hui Chicago, le terrain avait déjà été reconnu par quelques rares Français. Plus au sud, c'était l'inconru.
Cavelier de la Salle fut retenu par une mutinerie qui causa la perte de son vaisseau. Puis, les Indiens riverains de l' Illinois, terrorisés par les incursions des Iroquois, durent être rassurés : Tonti fut laissé
à la garde des postes de la région. Au moment de la comète de 1680, Cavelier de la Salle était encore dans ces parages. Mais il était déjà muni des canots qui devaient descendre l'Illinois. Et l'Illinois le conduisit au Mississipi.
Alors commença la lente descente du grand fleuve. Cavelier de la Salle reconnut l'embouchure du Missouri, celle de l'Ohio, celle de PArkansas. On se nourissait en chassant le bison. On évitait autant que possible les tribus des prairies, d'ailleurs rares et clairsemées. Enfin, en avril 1682, on atteignait le delta du fleuve, qui décidément se jetait dans l'Atlantique, et non dans le Pacifique. Cavelier de la Salle en prit possession au nom de Louis XIV.
Il revint par la même route annoncer sa découverte, et en 1684 il était à Paris. Il vit Louis XIV lui-même, et l'intéressa à la prise de possession du pays exploré. Depuis que Fernand de Soto avait péri aux bouches du Mississipi, pendant un siècle et demi, les Espagnols n'avaient pas songé à utiliser sa découverte, et pourtant ils prétendaient interdire à tous les côtes du golfe. Louis XIV n'avait aucune raison de les ménager. Il accorda à Cavelier de la Salle les vaisseaux nécessaires pour retourner au delta du fleuve, mais ne lui donna pas d'argent : ce n'était plus la guerre de Hollande, mais Versailles f qui pesait sur les finances royales.
Cavelier de la Salle s'embarqua à La Rochelle sur trois vaisseaux commandés par le capitaine Beaujeu. La petite escadre toucha à Saint-Domingue, et piqua vers le nord. Mais la Salle n'avait pas bien repéré la longitude et la latitude du delta, et le manqua largement. On débarqua loin vers l'ouest, entre le Colorado et le Rio Grande, où furent jetées les fondations du fort Saint-Louis du Texas. Et Beaujeu abandonna les terriens à leur sort.