‹ Histoire du monde (volume 4)Chapitre 53 sur 82 · LA LOUISIANE · texte numérisé non relu

LA LOUISIANE

Les éléments qu'avait emmenés la Salle étaient des plus équivoques. La présence d'Indiens montés Sur des chevaux indiquait le voisinage des Espagnols. La terreur de voir apparaître ceux-ci commença à démoraliser la petite troupe. La Salle, ayant reconnu son erreur, se mit fiévreusement à la recherche du Mississipi. Mais il ne devait plus revoir le grand fleuve qu'il avait ouvert à l'humanité européenne. Au début de 1687, il fut assassiné par des mutins.

Ceux de ses amis qui furent épargnés par les assassins, après avoir erré dans la prairie, finirent par atteindre l'embouchure de l'Arkansas. Là ils retrouvèrent les postes de Tonti. Celui-ci s'était mis à la recherche de son ami le long du Mississipi. Ces allées et venues achevèrent d'établir la liaison entre le Canada et ce qui devait être la Louisiane.

Entre temps, les Espagnols alertés s'étaient mis en chasse. Une expédition partie du Mexique finit par retrouver le fort Saint-Louis du Texas. 11 n'en restait que des débris, entre autres 200 volumes laissés par la Salle. Les survivants de l'expédition avaient succombé à^des querelles fratricides ou aux raids des Peaux-rouges.

Tonti tint à honneur de rester aux bouches du fleuve sur lequel la Salle avait planté l'étendard fleurdelisé. La position était scabreuse au temps de la guerre de la Ligue d'Augsbourg, dans laquelle l'Espagne lutta contre la France. Ce n'est que quand un Bourbon régna à Madrid (1700) que Louis XIV put revendiquer hautement la paisible possession de la Louisiane. Tonti vécut assez longtemps pour constater que le dévouement de son ami et sa propre endurance n'avaient pas été vains :il mourut en 1704 de la fièvre jaune.

Entre temps avait commencé (1689) la lutte entre

la France et l'Angleterre. Nombre d'épisodes militaires signalèrent dans ces parages les guerres de la Ligue d'Augsbourg et de la Succession : attaques des Anglais contre Québec, des Français contre Boston, expédition de 'Nesmond dans la baie d'Hudson, etc. Au traité d'Utrecht (1713), les Anglais s'assurèrent, là aussi, d'importants avantages.

L'Acadie devint anglaise, et les Français durent créer, sur le petit domaine qu'on leur y laissa, la ville de Louisbourg. A Terre-Neuve, les droits de leurs pêcheurs furent restreints. La baie d'Hudson leur fut reconnue. Leurs marins s'efforcèrent aussitôt de devancer les sujets de Pierre le Grand dans la découverte du passage du nord-ouest vers la mer de Chine : mais un naufrage les arrêta. Là aussi, les traces de la catastrophe ne furent relevées que bien plus tard.

Les Français gardaient le Canada, et n'étaient pas disposés à laisser péricliter leurs droits sur l'intérieur du continent. Au temps du régent Philippe d'Orléans (1715-1722), Law donna une vigoureuse impulsion a la colonisation de la Louisiane, où s'éleva la Nouvelle-Orléans. Un immense empire français s'ébauchait donc dans l'Amérique du Nord, cernant étroitement les colonies anglaises. Mais ses ressources en population étaient inférieures. Louis XIV et Colbert avaient voulu forcer la nature. Les froids du Canada, les fièvres de la Louisiane, rebutaient les Français. Bref, au début du xviir8 siècle, ils comptaient par dizaines de milliers, tandis que les Anglo- Saxons comptaient par centaines.

Plus hardis comme pionniers que comme colons> ils n'en songeaient pas moins à accroître encore ce domaine. On rêvait toujours d'un autre Mississipi, conduisant au Pacifique et de là à la mer du Japon

l'océan indien 111

par une voie plus courte que l'immense détour du détroit de Magellan. En cherchant ce fleuve, La Vérendrye, dans le second quart du xvme siècle r allait révéler les Montagnes Rocheuses.

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