FRANCE, ESPAGNE, AUTRICHE
s'écoulera de 1714 à 1740, l'effort de la nation va se porter sur le commerce extérieur. C'est le bon côté de l'impulsion donnée par Law : Voltaire constatera, en 1738, que l'élan commercial a dépassé, dans les vingt dernières années, « tout ce qui s'était fait depuis Pharamond jusqu'à Louis XIV ». Il y a des ombres : la répugnance à l'expatriation complète, l'indifférence pour la marine de guerre. Mais, dans l'ensemble, la première moitié du xvuie siècle marque l'apogée de la situation mondiale de la France.
C'est donc par rapport à elle qu'il est naturel de passer en revue la situation des autres Etats.
L'Espagne vient de reconnaître un roi bourbon (1700). Elle va sortir de la léthargie incroyable où elle était tombée sous les derniers Habsbourg : la population y reprend une marche ascendante. Elle a gardé l'Amérique du Sud et les Philippines, restant, par l'étendue brute des possessions, la grande puissance coloniale. La perte des possessions bourguignonnes la débarrasse d'une cause de conflit permanente avec la France.
En revanche, celle-ci a perdu l'alliance traditionnelle du Portugal. Ce petit Etat, avec ses possessions encore importantes d'Afrique et d'Amérique, est tombé dans la dépendance économique de l'Angleterre.
L'Autriche a porté le poids principal des luttes contre les Turcs et les Français. Elle en sort matériellement agrandie. Elle a gagné la Hongrie d'une part, d'autre part Milan et Naples en Italie, et les Pays-Bas. Cette dernière acquisition lui ouvre la possibilité de devenir une puissance mondiale. Par contre, la Belgique est un point de friction entre elle et la France, et un mariage qui va se conclure entre les Habsbourg et la Maison de Lorraine, rétablie dans
ses Etats, va en créer un second. Sous l'impulsion du prince Eugène, cet Etat hétérogène a pris, tant bien que mal, le caractère d'un Etat moderne. Le point faible est la situation financière.
Le Habsbourg est mal résigné à l'abandon de la couronne d'Espagne, de même que le Bourbon d'Espagne est mal résigné à l'abandon des possessions italiennes. L'Italie va devenir l'enjeu d'une lutte d'intrigues entre les deux puissances. Il en sortira une redistribution des couronnes italiennes : Bourbons à Naples et à Parme, Habsbourg en Toscane, et le duc de Savoie-Piémont mué en a roi de Sardaigne », Tout cela importe peu, même pour les Italiens. Le seul Etat italien qui fît encore, au xvne siècle, figure de puissance mondiale, Venise, est définitivement déchu.
En Allemagne, la seule solution qui eût pu régler rationnellement les rapports avec la France, l'union de la couronne héréditaire de France avec la couronne élective de l'Empire, a été manquée en 1657 comme elle l'avait été en 1519, comme elle le sera en 1740. Dès lors, la France a été amenée à envisager des mesures de défense : a fermer la Gaule aux Germains » (occupation de Strasbourg), mettre un désert entre elle et l'Allemagne (incendie du Palatinat). Il en est résulté que les Allemands se sont serrés d'autant plus autour des Habsbourg. La France garde des sympathies en Rhénanie et en Bavière. Elle en pourrait garder chez l'électeur de Brandebourg, roi de Prusse depuis 1701, et qui n'a avec elle aucun point de friction. Mais entre elle et lui se dresse la question religieuse : les Etats prussiens ont été le principal refuge des huguenots persécutés.
L'hostilité persistant du côté de l'Empire, la France reste obligée de se pourvoir d'alliés sur les derrières