‹ Histoire du monde (volume 4)Chapitre 68 sur 82 · AMÉRIQUE DU SUD · texte numérisé non relu

AMÉRIQUE DU SUD

cette guerre ne fut pas heureuse pour elle. Au traité de Paris (1763), elle perdit la Floride.

Ce commerce frauduleux, qui jetait tant de trouble dans les rapports de deux grandes nations, était cependant, statistiquement, peu de chose pour l'Amérique espagnole. En gros, le système de prohibition était à peine entamé. C'est tout au plus si maintenant le gouvernement de Madrid permettait un certain commerce entre ses colonies elles-mêmes. Vis-à-vis des Indiens, aussi, rien n'avait changé, L'expulsion-* des jésuites (1767) dissocia l'Etat du Paraguay, où, depuis plusieurs générations, des centaines de mille Indiens vivaient sous le despotisme paternel des Pères. Il eût été plus intéressant d'alléger le système de la corvée de mines, la mita : il paraît que les Indiens qui partaient pour la Potosi recommandaient leur âme à Dieu et mettaient ordre à leurs affaires de famille. Et, encore en 1780, le Pérou vit un soulèvement conduit par un cacique qui se prétendait descandant des Incas : Tupac-Amaru.

Le Portugal, en entrant dans la guerre de Succession d'Espagne (1703), s'était lié à l'Angleterre par le traité de Methuen. Il avait ouvert ses colonies au commerce anglais, qui ne tarda pas à y être prépondérant. A partir de 1750, Pombal essaya de revigorer le commerce de son pays, mais sans grand succès Et la suzeraineté anglaise finit par amener une guerre avec l'Espagne (1761-3), d'autant plus qu'entre les deux pays ibériques il existait des points de friction en Amérique : les points de l'immense Brésil qui étaient les plus intéressants pour l'Européen étaient pTécisément au contact des établissements espagnols du Rio-de-la-Plata.

La traite des nègres continuait, inépuisablement alimentée par l'anarchie africaine. Chaque année,

elle prélevait un fort tribut sur les populations du Sénégal, de la Guinée et du Congo. Au xvme siècle, pourtant, le gaspillage du bétail humain diminua : les Danois avaient inventé un système de ventilation qui diminuait pour le noir les dangers du séjour à fond de cale. C'est sur ce commerce que reposait uniquement la prospérité des divers établissements européens des Antilles, et en partie celle des colonies de climat subtropical dans l'Amérique du Nord : Louisiane et colonies anglaises méridionales.

Les Espagnols surveillaient toujours jalousement les côtes américaines du Pacifique en raison de leurs relations avec les Philippines. Lorsque, dans la guerre de 1761-1763, les Anglais rançonnèrent Manille, ils furent frappés de la splendeur de cette colonie. Il vivait là un million de blancs. Ils avaient le monopole du commerce des produits chinois avec les colonies espagnoles d'Amérique. Les galions remontaient d'ailleurs très haut, presque jusque dans la Colombie britannique, en tout cas jusqu'en Californie, pour aller de Manille au Mexique; ils redoutaient les aptitudes nautiques des sauvages de la Polynésie. C'est pourquoi ces îles, deux ou trois siècles après Magellan, restaient mal connues : après la guerre de Sept ans, les voyages du Français Bougainville et de l'Anglais Cook dans ces parages auront la valeur d'une découverte.

Au reste, durant la période qui nous occupe, l'intérêt des questions relatives à l'Amérique espagnole a pâli devant le grand drame qui se jouait dans l'Amérique du Nord.

Colbert, Louis XIV et Law avaient laissé à la France une position dominante sur ce continent. Il paraissait évident aux théoriciens français qu'il appartenait au roi de France, comme l'autre moitié

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