‹ Histoire du monde (volume 4)Chapitre 7 sur 82 · MAGELLAN · texte numérisé non relu

MAGELLAN

tion s'est maintenue dans le langage courant. Il mourut en 1506 sans être encore complètement désabusé.

C'est en 1513 que Balboa, ayant franchi l'isthme de Panama, salua sur la côte opposée à l'Europe une mer nouvelle, la mer du Sud, pour laquelle devait prévaloir plus tard le nom encourageant d'Océan Pacifique.

Quelques années après (1519-1521), un Portugais au service de l'Espagne, Magellan, après avoir longé la côte atlantique de l'Amérique du Sud, et franchi le détroit qui garda son nom, traversait la mer du Sud et venait tomber aux Philippines. Son lieutenant Del Cano acheva le premier tour du monde, et révéla ainsi à l'Europe quelles immenses solitudes marines isolaient l'Amérique de l'Asie.

Dès lors s'imposa à tous les esprits l'idée d'un grand continent, d'un « nouveau monde », où l'Européen ne rencontrait aucun des concurrents qu'il était habitué à connaître et à redouter jusqu'alors.

Déjà s'étaient posés de toutes parts les problèmes relatifs à l'exploitation de la nouvelle découverte. Elle était l'œuvre d'un Italien, mais d'un Italien agissant pour la couronne d'Espagne. Cependant les Portugais n'étaient pas disposés à laisser oublier leurs droits de priorité : ils avaient été sans contredit les initiateurs. Le Pape Alexandre VI Borgia, invoqué comme arbitre dès 1493, t^aça la « ligne de marcation » à 1.000 lieues à l'ouest de l'Europe, laissant les terres plus orientales au Portugal, attribuant les autres à l'Espagne. C'est ainsi que le Brésil, où l'alizé conduisit le Portugais Cabrai dès 1500, devint portugais. Plus taid, après le voyage de Magellan, le pape Adrien VI dut tracer une « ligne de démarcation » correspondante à la première dans l'autre hémisphère. En tout cas, les titres des deux Etats ibériques se

trouvèrent apostilles par une autorité qui était encore à peu près reconnue dans toute l'Europe.

Portugais et Espagnols étaient des Européens du sud, de race méditerranéenne et de religion catholique. L'hérédité ethnique les faisait moins désarmés que d'autres Européens en présence d'un climat non tempéré. L'éducation religieuse les disposait à regarder le signe du baptême comme levant l'obstacle qui s'opposait au mélange des races.

Malgré tout, ils se trouvaient déjà dans les Antilles en présence d'un climat tropical, de maladies inconnues, le tout aggravé par les difficultés de communications et de ravitaillement. Dès les premières années de la colonisation, les pertes atteignirent, toutes proportions gardées, les dimensions de véritables hécatombes. Il était visible que, si les Européens pouvaient fournir des cadres, ils ne se prêteraient que dans une mesure restreinte à l'accomplissement de la besogne matérielle. Quand, dans l'Amérique continentale, ils abordèrent la nature équatoriale,ce fut pis encore.

Les Indiens qu'on rencontra n'étaient pas tous, à beaucoup près, des gens pacifiques : dans la mer des Antilles, les Caraïbes, par exemple, avaient la réputation de féroces pirates. Mais toutes ces populations étaient privées d'organisation politique cohérente. Elles ne connaissaient par le cheval, les armes à feu. Elles étaient, en somme, sans défense. L'exploitation à outrance de la main-d'œuvre indigène commença aussitôt.

Or, les Indiens étaient, d'après les idées européennes, paresseux, aussi peu entraînés que possible à une exploitation quelque peu intensive des ressources de leur sol. A fortiori étaient-ils inadaptés au travail des mines, que les envahisseurs, surexcités par les récits qui couraient sur l'or d'Amérique, voulurent leur imposer. Très vite, les hécatombes

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