‹ Histoire du monde (volume 4)Chapitre 8 sur 82 · LA TRAITE · texte numérisé non relu

LA TRAITE

d'Indiens dépassèrent les hécatombes d'Européens, et révoltèrent les sensibilités. Déjà les scrupules de la reine Isabelle, morte en 1504, s'étaient éveillés. Quelques années plus tard, les protestations éloquentes du missionnaire Las Casas contre la « destruction des Indiens » retentissaient aux oreilles du cardinal Ximenès, régent d'Espagne.

Il fallait trouver autre chose.

Or, pendant que Colomb découvrait l'Amérique, les sujets du roi de Portugal, Jean II, continuaient le long des côtes d'Afrique, les explorations lancées par le prince Henri. Dès 1486, le cap des Tempêtes était doublé, et devenait le cap de « Bonne-Espérance ». En 1498, Vasco de Gama abordait dans l'Inde. Dès lors, de Lisbonne à Goa, commencèrent à se multiplier, sur toutes les côtes d'Afrique, les escales portugaises, embryons de futures colonies.

En Afrique, les Portugais rencontraient partout des nègres, gens que leurs prédécesseurs, les marchands maures et musulmans, les avaient habitués à considérer comme du bétail humain. Le contact direct n'était pas fait pour atténuer cette impression. Dans le Soudan, l'introduction de l'Islam avait amené, dès le moyen-âge, la création d'empires relativement organisés. Mais, plus au sud, dans l'Afrique équatoriale et australe, c'était partout l'anarchie primitive, les guerres féroces de tribus à tribus, le cannibalisme, la traite. Les commerçants portugais n'avaient qu'à attendre, dans leurs ports, la marchandise humaine que les conquérants de l'intérieur leur déversaient libéralement en échange de la pacotille européenne.

L'idée devait venir d'utiliser cette main-d'œuvre à bon marché dans les colonies naissantes d'outre- Atlantique. Par un jeu ironique de la destinée, les déclamations bien intentionnées de Las Casas contribuèrent à lui faire prendre corps. Les Portugais

commencèrent à transporter des esclaves noirs au Brésil, puis aux Antilles. Ils ne devaient pas garder longtemps le monopole de ce trafic. Les Espagnols suivirent, puis les autres nations européennes.

Les nègres se montrèrent plus résistants que les Européens et même que les Indiens au travail tel qu'il se présentait dans l'Amérique tropicale. Ils étaient prolifiques. Puisés dans les races les plus diverses, complètement déracinés, ils se montraient plus incapables encore que dans leurs pays d'origine de cohésion et d'initiative. Ils devinrent l'instrument indispensable de l'exploitation du sol américain. Pour tranquilliser les consciences, le bienfait de la conversion parut une compensation suffisante de la perte de la liberté.

Par suite de l'importance primordiale que prit la traite dans le commerce africain, toute la partie occidentale de l'Afrique, avec les populations mélangées du Sénégal et du golfe de Guinée, les peuples bantous de la région congolaise, les Cafres de l'Afrique australe, allait devenir pour trois cents ans un appendice de l'Amérique en voie d'européanisation.

Restait à savoir comment les sociétés indigènes de l'intérieur réagiraient en présence de la conquête incipiente. Les côtes seules étaient déjà reconnues, mais déjà l'on parlait d'empires organisés, pourvus de ressources militaires, qui existaient sur les hauts plateaux, loin des miasmes de la côte et des chaleurs accablantes des plaines. Si ces empires se montraient capables de forcer l'envahisseur à transiger avec eux, la portée de la nouvelle découverte, par rapport à celles qui se poursuivaient dans l'ancien continent, devait rester limitée. Au cas contraire, l'Amérique devait être une «Nouvelle-Europe », une « Grande-Europe », et la position de l'humble péninsule asiatique qu'était la Petite-Europe devait se trouver, par la possession de cette annexe colossale, radicalement changée dans le monde.

l'empire portugais 17

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