CHIEN-LUONG ET LES ANGLAIS
protégée des influences dangereuses par le repli du Japon.
Un souverain comme Chien-Luong n'était pas porté à étendre les relations maritimes de la Chine, ni les contacts avec les puissances européennes, d'autant que la France et l'Espagne, au xvnr8 siècle, s'étaient fermées aux soieries chinoises. A un ambassadeur du roi d'Angleterre George III, lord Macartney (1795), il déclarait : « Maître du monde, je n'ai en vue qu'un but : maintenir un parfait gouvernement et remplir les devoirs de l'Etat; les tentatives étranges et coûteuses ne m'intéressent pas. Si j'ai ordonné que les offrandes envoyées par vous, ô roi, soient acceptées, c'est uniquement par égard pour l'intention qui vous a poussé à les envoyer de si loin... Comme votre ambassadeur peut le voir par lui-même, nous possédons toutes choses. Je n'attache aucune valeur aux objets étranges ou ingénieux, et je n'ai que faire des choses fabriquées dans votre pays. »
« La requête pour que vos marchands puissent établir un dépôt dans la capitale de notre empire, conformément au privilège conféré à la Russie, est inadmissible... Avant l'ouverture de Kiakhta, les Russes étaient autorisés à faire du commerce à Pékin, mais l'installation mise à leur disposition était purement temporaire. Dès que Kiakhta fut utilisable, ils furent contrints de se retirer de Pékin, qui s'est refermé à leur négoce depuis bien des années. Leur commerce à la ville frontière de Kiakhta est identique à votre commerce à Amoy. »
« En ce qui concerne l'envoi d'une expédition punitive au Népaul, notre commandant en chef envahit ce pays à la tête d'une grande armée, occupa les principaux points stratégiques, et terrifia leg
Ghoorkas qui se soumirent aveuglément à notre majestueux empire... A ce moment, notre commandant en chef nous fit savoir que vous aviez envoyé une mission au Thibet, avec une pétition à notre résident, disant que vous aviez conseillé la reddition aux Ghoorkas. Mais, lors de votre pétition, nos troupes avaient déjà gagné une complète victoire et le but tant désiré avait été atteint. Nous n'avons pas eu à faire appel à l'aide de vos troupes... Néanmoins, ô roi, vous eûtes une claire notion de vos devoirs envers nous, et votre reconnaissance respectueuse de la suprématie de notre dynastie est digne deg plus hauts éloges. »
On le voit, Chien-Luong n'était pas homme à s'incliner devant la supériorité de la science européenne. La littérature et l'art de la Chine suffisaient à son orgueil : il était lui-même poète.
Chien-Luong était octogénaire lorsqu'il abdiqua en faveur de son fils (1795). Le prestige de l'Empire devait lui survivre quelque temps : le premier craquement, la révolte du Turkestan chinois, est de trente ans postérieure à sa fin.
Au milieu du déclin général des puissances extraeuropéennes de l'Ancien Monde, quand la Turquie se délabrait, que la Perse et l'Inde sombraient dans l'anarchie, que le Japon somnolait, la vieille Chine restait debout.