DÉCLIN DE LA FRANCE
moitié du siècle, sur le continent européen et au dehors. Son intervention dans l'affaire de la succession de Pologne lui avait apporté au moins l'assurance d'annexer la Lorraine, acquisition indispensable depuis que l'Alsace et la Franche-Comté étaient françaises. L'intervention dans le règlement de la succession d'Autriche, qui n'aurait pu se justifier que par la revendication de la couronne impériale, seul enjeu digne des sacrifices consentis dans une guerre de huit ans, n'a rien produit. Quant à l'intervention dans la querelle ouverte entre l'Autriche et la Prusse pour la possession de la Silésie, elle a abouti à des défaites militaires sans gravité en elles-mêmes, puisque les armées battues opéraient au cœur de l'Allemagne au profit d'une puissance étrangère, mais humiliantes jusqu'au ridicule inclus. Le prestige de la France est atteint aux yeux de ses amis comme de ses ennemis. Chose plus grave, ces interventions, en distrayant une notable partie de ses forces et de ses ressources, lui ont coûté, on l'a vu, toute sa situation mondiale. La leçon sera au moins comprise, de ses dirigeants : dans la guerre d'Amérique, ils ne se laisseront pas entraîner dans le guêpier germanique. Mais il sera trop tard.
A l'intérieur, les désastres de la guerre de Sept ans ont créé une indignation et une mauvaise humeur générales. Le roi Louis XV lui-même, qui, pour être un érotomane incoercible, n'en était pas moins un homme clairvoyant, s'est rendu compte que la nation ne tenait plus la place que devaient lui assurer normalement ses ressources de tous genres, supérieures alors à celles de n'importe quel Etat européen. L'admiration de ses sujets se porte vers le dehors, se partageant entre le despotisme « éclairé », dont Frédéric II est l'incarnation par excellence, et les « libertés »
anglo-saxonnes. Ces engouements sont quelque peu contradictoires, mais le despotisme débonnaire de Louis XVI les réunira en un amalgame curieux, d'où sortira la catastrophe.
Dans l'Empire, la situation s'est simplifiée en ce sens que deux Etats ont grandi, dépassant et dominant de beaucoup les autres. L'Etat autrichien, organisé par le prince Eugène, a pris consistance sous Marie-Thérèse. La réaction contre la tentative de spoliation d'où est sortie la guerre de la Succession d'Autriche y a créé un loyalisme auquel les Hongrois, pour la première fois, se sont associés. L'administration s'y est faite plus homogène : dans les finances surtout de grands progrès ont été réalisés. Quant à l'Etat prussien, il a été réellement créé par les exploits de Frédéric IL La résistance de cette monarchie de 4 millions d'habitants contre une coalition groupant 80 millions de sujets (France, Autriche, Russie et Suède) lui a donné un orgueil national qui va durer. Il se communique même à l'ensemble des Allemands, et bien que la France, dans ces guerres, ait toujours eu avec elle une grande partie des Allemands, c'est contre elle qu'il est le plus disposé à se tourner : même dans une ville cosmopolite comme Francfort, les souvenirs du jeune Gcethe sont une indication à cet égard. Ajoutons que l'Allemagne reste morcelée, que ses princes et ses seigneurs y conservent le caractère d'un corps de fonctionnaires publics, caractère que la noblesse a perdu en France et n'a gardé en Angleterre qu'en se faisant parlementaire : de sorte que la révolution de la France n'y trouvera pas d'écho, et fortifiera l'antipathie.
Contre ses adversaires allemands, la France a conservé l'habitude traditionnelle de s'aider de la Suède, de la Pologne, de la Turquie. Or, la première