‹ Histoire du monde (volume 5)Chapitre 103 sur 135 · Fuluhal-i-Firuz Shahi, Elliot, III, pp · texte numérisé non relu

Fuluhal-i-Firuz Shahi, Elliot, III, pp

aux caprices des rois. Les festivités de la cour et les énormes richesses acquises facilement engendrèrent le vice et la corruption, et vers la fin du xive siècle les musulmans s'étaient affaiblis et aveulis. Ceux qui servirent Iltutmisb, Balban et Alauddin, étaient des soldats-martyrs qui sacrifiaient volontiers leur vie pour la gloire de l' Islam ; mais leurs descendants, manquant d'encouragements, dégénérèrent, ils n'avaient ni les capacités ni l'enthousiasme de leurs ancêtres. La partialité de l'Etat à leur égard anéantit leur esprit d'indépendance, et les vastes Khanqahs, ou établissements charitables, dont parlent abondamment Ibn Batoûta et Shams-i-Siraj Afif, les dispensèrent de gagner leur vie et favorisèrent leur existence de parasites, dénués d'amour-propre, d'énergie et d'initiative. Les musulmans, étant peu nombreux, échappèrent au dur labeur qui fut l'inévitable destin de la moyenne des agriculteurs hindous. Ils possédaient des terres et, ne payant à l'Etal que le dixième de leurs revenus, jouissaient d'une prospérité à laquelle les Hindous ne pouvaient jamais aspirer. Les effets de la conquête musulmane sur le peuple conquis furent d'une autre sorte. Les Hindous se révoltaient contre la partialité dont ils étaient victimes, et l'Etat adoptait des mesures de plus en plus sévères pour écraser l'opposition. Ils étaient pressurés plus que de raison, et Zia Barani écrit qu'Alauddin prit aux indigènes du Doab 50 % de leurs revenus. L'historien, dont l'attitude est celle d'un bigot médiéval type, décrit avec une grande satisfaction la pauvreté, la misère et la dégradation des Hindous. 11 leur était complètement impossible d'amasser des richesses; la masse du peuple menait une vie misérable, peinant, luttant et ne gagnant que le

550 l'histoire de l'inde AU MOYEN-AGE

strict nécessaire à l'entretien journalier, et cependant les taxes s'adressaient surtout à la classe sujette. Les Hindous étaient exclus des charges élevées; éteint par le souffle de ces humiliations, leur génie politique ne put se développer. Le professeur Jadunath Sarkar commente la décadence morale et économique du peuple sujet, conséquence du système politique musulman, et dit que :

« Lorsque des hommes d'une certaine classe sont publiquement humiliés et harcelés par la loi et son application capricieuse, ils se contentent simplement de mener une existence animale. Tous généreux instincts abolis dans leur âme, leur culture intellectuelle ne faisant qu'aiguiser leur sens de l'humiliation, les Hindous ne pouvaient évidemment pas produire ce dont ils étaient capables; leur destin était de couper le bois ou de tirer l'eau pour leurs maîtres, d'apporter des provisions au moulin fiscal, et d'essayer de sauver ce qu'ils pouvaient de leur propre travail par des flatteries ou des bas artifices... etc.. Dans de telles conditions sociales, la main humaine et l'esprit humain ne peuvent donner leur maximum; l'âme humaine ne peut s'élever au plus haut sommet. La stérilité de l'intelligence hindoue et la bassesse d'âme des Hindous des hautes classes sont la plus décisive condamnation du gouvernement mahométan dans l'Inde. A en juger par ses fruits, l'arbre politique de l'Islam fut un échec complet1. »

Il est difficile d'agréer à l'opinion émise par le distingué historien d'Aurangzeb. Il est vrai qu'au moyen âge les races sujettes furent en proie aux pires humiliations, h l'oppression et à l'injustice de l'adminis-

Page 1