‹ Histoire du monde (volume 5)Chapitre 118 sur 135 · Ibid., p · texte numérisé non relu

Ibid., p

2, Elliot, III, 347.

566 l'histoire de l'inde au moyen-age

décemment leur vie1. Le chroniqueur contemporain exagère certainement en disant que chacun avait des provisions d'or et d'argent, qu'aucune femme ne manquait de parures et que toutes les maisons possédaient des lits excellents.

D'après la liste des prix fournie par Afif, on peut raisonnablement conclure que, vers le milieu du xive siècle et dans le Nord de l'inde tout au moins, les conditions économiques étaient éminémmect fa/orables.

La fin du xivn siècle marque le commencement des misères économiques. L'empire se divisa en plusieurs Etats indépendants, et l'invasion de Timour, en 1399, troubla le pays et en épuisa les richesses. Le commerce et l'agriculture chômèrent, et les villes qui se trouvaient sur le passage de l'envahisseur furent irrémédiablement ruinées. L'empire de Delhi perdit son importance, et l'on sait comment les royaumes provinciaux devinrent célèbres pour leur opulence, leurs ressources militaires et leurs activités architecturales.

Mahuan, interprète attaché à l'envoyé chinois Gheng-Ho, qui visita le Bengale en 1406, nous fournit une notice explicative sur les conditions économiques de ce royaume à cette époque.

« Les riches, écrit-il, bâtissent des navires à l'aide desquels ils entretiennent des relations commerciales avec les nations étrangères; plusieurs sont engagés dans l'industrie, et un bon nombre s'occupe d'agriculture cependant que d'autres exercent le métier d'ouvrier... La monnaie du pays est une

1. Afif, Elliot, III, p. 303. Pour l'infériorité des prix, voir The Chronicles of Palhan Kings, p. 283.

pièce d'argent nommée tang-ka, et pèse deux masses chinoises. Elle mesure 1 pouce 2/10 de diamètre, et est frappée sur ses deux faces; mais pour les petites acquisitions ils se servent d'un coquillage que les étrangers appellent kao-li1. »

Il parle aussi de deux récoltes de riz par an et dit que le pays produisait en abondance le froment, le sésame, le millet, toute espèce de haricots, le gingembre, la moutarde, les oignons, le chanvre, les courges, le brinj al et toutes sortes de légumes. Ils avaient plusieurs espèces de fruits, y compris les bananes. Comme il n'y avait pas de thé dans le pays, on offrait du bétel aux hôtes. On vendait sur la place du marché une liqueur fermentée préparée avec de la noix de coco, du riz, du goudron et du kadjang. Parmi les industries locales, il cite cinq ou six sortes de beaux tissus de coton; il dit encore que les indigènes fabriquent des ciseaux, des couteaux, des fusils, des épées, des vases, des coupes, des objets peints, et des mouchoirs et des bonnets de soie brodés d'or. De l'écorce d'un arbre, ils font une espèce de papier blanc, doux et brillant comme de la peau de daim2.

La seconde moitié du xve siècle fut une époque de prospérité économique, et tous nos auteurs sont d'accord pour faire remarquer que les prix étaient remarquablement bas et que personne n'était dans le besoin.

Les arts. — Avant la conquête musulmane, l'Inde avait développé son art propre, et ses architectes avaient élevé de nombreux sanctuaires et des monas-

1. Les observations de Mahuan ont autant de valeur que celles de Marco Polo, d'Ibn Batoûta et du moine Odoric.

568 ^HISTOIRE DE i/lNDE AU MOYEN-AGE

tères, créations raffinées de leur génie aussi bien durant les périodes hindouistes qu'à l'époque bouddhique, l'art s'épanouit de remarquable façon sous la protection de la cour et la munificence privée; et les restes des monuments anciens sont une preuve éloquente du goût et de l'adresse des artisans hindous avant la venue des musulmans. Lorsque les mahométans envahirent l'Inde et employèrent à leur service des artistes indigènes, ceux-ci modifièrent la technique de leur art pour se conformer aux tendances monothéistes de leurs vainqueurs, et par conséquent la simplicité et la sévérité de la religion puritaine se retrouve dans ces premiers édifices. Les savants européens veulent trop souvent reconnaître des influences étrangères dans l'art si purement original des Hindous. Fergusson a beaucoup insisté sur ce qu'il appelle le style indo-sarrasin, mais Havell, qui est une autorité tout aussi compétente, ne partage pas son opinion. L'ouragan des invasions musulmanes ne troubla point les architectes hindous, qui trouvèrent les moyens de s'adapter au goût des conquérants et continuèrent à bâtir pour leurs maîtres musulmans comme ils avaient fait pour les Hindous, les Jains et les bouddhistes, ans avoir recours, comme le dit Havell, à des moèles étrangers. Le même critique d'art observe que toute l'architecture musulmane aux Indes porte le sceau du sol auquel elle appartient, et ses thèmes structuraux et symboliques sont presque toujours essentiellement indiens, sans aucune importation étrangère. Cette opinion peut ne pas être universellement acceptée, mais on peut affirmer qu'avec la culture mahométane, l'art indigène commença à se modifier pour s'adapter au goût de ses nouveaux

maîtres, et quoique les artisans hindous pussent ne rien avoir emprunté à l'Asie occidentale, il n'en est pas moins vrai qu'ils permirent aux calligraphies arabes de suivre leurs propres principes décoratifs.

La conquête musulmane ne fut qu'un simple épisode dans l'histoire de l'Inde; une occupation temporaire, sans aucun résultat définitif. Les Arabes, peuple peu constructeur, apprécièrent la culture hindoue et son architecture qui demeura parfaitement originale jusqu'au xie siècle, alors que les incursions répétées de Mahmoud; de Ghazna imposèrent aux populations la puissance militaire et la civilisation des musulmans. Le Ghaznévide fut un grand admirateur de l'œuvre des artistes indigènes, et Firishta nous a conservé une lettre qu'il écrivit au gouverneur de Ghazna et où il célébrait la magnificence des édifices de Mathura en ces termes : « Il y a ici un millier d'édifices, aussi solides que la foi des croyants; de marbre pour la plupart; en outre d'innombrables temples; il est impossible que cette ville ait atteint sa condition actuelle sinon au prix d'un grand nombre de millions de dinars, ni qu'une œuvre semblable ait été accomplie en moins de deux siècles1. » Il fut si frappé de l'adresse des artisans hindous, qu'il emmena à Ghazna des milliers de maçons et d'ouvriers qu'il employa à la construction de la fameuse mosquée connue sous le nom de Fiancée céleste. Des généraux expérimentés suivirent Mahmoud et l'assistèrent dans la conquête du Nord de l'Inde, entre les années 1193 et 1236 ap. J.-C. Mohammed le Ghouride, par sa victoire sur le prince Chohan de Delhi, posa les fondements de l'Empire musulman en Hindous-

Page 1