Impérial Gazeeiter, II, p
de Delhi et de Jaunpur,et dont le caractère principal, déjà décrit par Fergusson, consistait en des pilliers de pierre, courts et massifs, supportant des arches ogivales et des voûtes de brique. Au Bengale, les constructions sont entièrement faites en briques et semblent porter des traces d'imitation de l'architecture des temples hindous. Les plus remarquables des bâtiments de Gaur sont le tombeau d'Husain Shah, les deux mosquées dorées et le Qadam Rasûl construit par le Sultan Nusrat Shah. La petite mosquée dorée, ou mosquée de l'Eunuque, est un édifice solidement construit, couvert à l'extérieur et à l'intérieur de dessins magnifiquement ciselés où triomphe le lotus hindou. Mais d'après tous les critiques d'art, l'édifice le plus admirable est la mosquée Adînâ, à Pandua, à 20 milles de Gaur, que le sultan Sikandar Shah fit construire en 13681.
Le Gujarat est la gloire de l'architecture provinciale. Avant la conquête musulmane, le Gujarat était sous l'influence du jainisme, mais l'architecture des Jains, toujours pure et élégante, était essentiellement hindoue. Ses artistes adoptèrent d'abord un style fondé sur les conceptions brahmaniques de la vie et de la religion, puis ils le modifièrent pour se conformer aux idées jainas. Lorsque les musulmans conquirent le pays, ils se heurtèrent, comme l'observe Fergusson, à la difficulté d'adapter un style architectural païen aux besoins d'une religion abominant l'idolâtrie. Les artisansque les musulmans employèrent pour la construction de leurs grands édifices, restèrent fidèles aux traditions des Hindous et des
1. Voir une description détaillée de ces édifices dans V Imper, Gaz., II, 188-93.
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Jains, y apportant seulement les modifications que nécessitaient les rites de l'Islam1. Le temple jain du mont Abu, terminé en 1032, l'un des plus beaux spécimens de l'art des jains, inspira les architectes employés par les Sultans de Gujarat. Ahmad Shah Jeste célèbre en tant que constructeur; il fonda la ville d'Ahmadabad, dans la première moitié du xve siècle, et bâtit des palais et des mosquées. Ses goûts étaient purement hindous, et il ne chercha pas à influencer les artisans qui travaillèrent à son Jami-masjid. La mosquée royale offre plusieurs analogies avec le temple de Rana Kumbha, à Rampur; ce qui démontre que les architectes au service des Hindous et des musulmans étaient généralement de la même race et capables d'exécuter avec art quelque œuvre constructive, ou purement artistique dont leurs souverains désirassent leur confier l'exécution2. Durant le xve siècle de nombreux édifices furent érigés à Ahmadabad, Cambay, Champanir, et autres villes importantes; l'un des plus remarquables est la mosquée de Muhafiz Khan, élevée vers la fin du siècle. Outre ses tombeaux et ses mosquées, le Gu-
1. Le Dr. Burgess écrit que l'architecture mahométane d'Ahmadabad dérive si essentiellement des formes de l'art jain locale, qu'elle a remplacé, que, sans quelque notion de celui-ci, il est impossible de saisir les mérites particuliers de cette variété si agréable de l'architecture sarrasine de l'Inde. Il serait aussi difficile de comprendre les formes de la Renaissance de l'art italien, inaugurées par Michel- Ange et Palladio, sans connaître l'art romain dont elles dérivent, ArchaeoL Survey of Western Indian, 2e partie, p. 11-2.
2. Burgess, Archaeological Sarvey of Western India, pt. II, pp. 11-12. Hawell, Aryan Rule, pp. 341-42, et Indian Architecture, p. 68. Fergusson qui représente généralement l'architecte sarrasin comme l'inspirateur de l'art hindou et contraint d'admirer l'élégance du style du Gujarat, et comparant le temple de Rampur avec la mosquée, il sent la poésie du premier, mais il se défend en disant qu'il y a, dans la mosquée, une sobriété qui pourrait être de meilleur goût. Hawell, Aryan Rule, p. 341-2.
jarat est tx loLre par se& travaux d'irrigation, ses vergers publics, et ses puits en gradins dont le plus merveilleux est celui d'Asarwa, près d'Ahmadabad. Le Dr. Burgess a traité d'une manière complète de l'architecture ancienne et médiévale du Gujarat, dans ses cinq magnifiques volumes de Y Archaelogical Survey of India. On trouve encore à Ahmadabad, des témoignages de l'art de ses constructeurs, et la ville actuelle s'enorgueillit des beaux bâtiments qui furent élevés grâce à la munificence de ses riches marchands.
Le xve siècle fut témoin d'une grande activité constructive dans l'État musulman de Malwa1. L'architecture de Mandu est particulièrement musulmane et ressemble à celle de Delhi; les constructions massives qui existent encore aujourd'hui, sont des preuves de la puissance et de l'opulence des sultans de Mandu. Ses^plus beaux édifices sont le Jam-i-Masjid, leHindolaMahal,le Jahaz Mahal, le tombeau d'Hushang Shah, et les palais de Baz Bahadur et de Rupmati.
Les rois Bahmani, nous l'avons déjà dit dans un précédent chapitre, encouragèrent l'architecture en fondant des villes, en bâtissant des mosquées et des forteresses. Les mosquées de Gulburga et de Bidar sont de nobles exemples de l'art du Deccan. Mais Bijapur en est le triomphe. Le magnifique tombeau de Mohammed Adil Shah, connu sous le nom de Gol Gumbaz, est d'un style particulier, dans lequel un critique compétent croit reconnaître les traces de l'influence ottomane. Par la grandeur de leur conception et la hardiesse de leur construction, les édifices des rois Adil Sharqi de Bijapur sont à peine inférieurs aux
1. Voir une description détaillée des édifices de Dhar et de Mandu, dans le Journ. of the Bombay Br., 1903, p. 339-390.
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autres édifices de l'Inde. Les rois de Bijapur ont beaucoup et bien construit. L'immense mur d'enceinte commencé par Yusuf et complété par Ali, et la mosquée que fit ériger ce dernier, en sont les preuves. Quelques-uns des mausolées et des tombeaux sont de merveilleuses œuvres d'art, qui allient avec le meilleur goût, la tradition indienne et les influences étrangères. Ces rois élevèrent encore des bibliothèques et des collèges que les ravages du du temps n'ont pas respectés.
Dans une bonne monographie intitulée Hampi Ruins, M. Longhurst a admirablement décrit les anciens édifices de Vijayanagar. Les rois de cette contrée ordonnèrent de grands travaux d'irrigation et firent élever force salles de conseil, bureaux publics, temples et palais richement décorés. Nuniz parle du « merveilleux » système d'irrigation qui alimentait la cité, et des vastes citernes où l'eau était conservée. De nombreux palais, salles et jardin d'agrément se trouvaient à l'intérieur de la citadelle royale. Dans l'enceinte réservée aux dames de la maison royale, il y avait de nombreux bâtiments, dont le plus remarquable était le « lotus mahal », joli petit pavillon surmonté d'un étage et finement décoré d'ornements en stuc : ravissant échantillon de l'architecture hindoue. Il serait fastidieux de décrire tous les temples deVijayanagar qui s'élevèrent sous l'influence des Brahmanes. Le plus remarquable fut le temple de Vithala1, dont parle Fergusson comme du spécimen le plus caractéristique du style dra-
1. Fergusson, History of Architecture, I, p. 401; Longhurst, Hampi Ruins, pp. 124-32; Annual Report Archaeological Department, Southern Circle, Madras, pp. 45-46.
vidien. Commencé par Krishna Deva Raya, il ne fut jamais terminé, non plus que consacré, la construction en fut interrompue en 1565, alors que les musulmans détruisirent la cité. Quoique les travaux décoratifs des piliers et des murs eussent été détruits par le vandalisme de l'envahisseur, c'est encore le plus beau bâtiment de son espèce dans toute l'Inde du Sud, et il dénote, selon Fergusson, à quel sublime niveau de splendeur florissante le style architectural s'éleva. La sculpture et la peinture n'étaient pas inconnues, et il paraît que certains artistes arrivèrent à des résultats remarquables dans ces branches, à en juger par les récits des chroniqueurs portugais et de l'envoyé persan Abdur-Razzâz.
Les lettres. — Pour ne pas dépasser la portée de cet ouvrage, nous ne pouvons que tracer un graphique des progrès de la littérature au moyen âge. Il serait erroné de supposer que les musulmans primitifs n'eussent été que de sauvages envahisseurs et que l'intellectualisme hindou fût demeuré en léthargie de 800 à 1500 ap. J.-C. Parmi les rois mahométans, quelques-uns s'intéressèrent fort aux belles-lettres, et sous leur patronage, des œuvres de maîtres virent le jour. Le prince des poètes fut l'émir Khusrau, dont les nombreux ouvrages prouvent la fertilité intarissable de sa muse; il eut la chance inouïe de jouir successivement de la faveur de plusieurs rois. Khusrau ne fut pas seulement un poète, mais aussi un homme d'action, et il relate plusieurs des campagnes auxquelles il prit part. Il est impossible d'entreprendre ici la critique détaillée de ses œuvres qui demanderait un volume à elle seule; qu'il nous suffise de dire qu'il fut poète et chanteur de talent, auquel les en-
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volées fantaisistes, la grande maîtrise de langage, la diversité des sujets, la facilité et la grâce merveilleuses a peindre les émotions et les passions humaines, les scènes amoureuses ou guerrières, donnent droit à une place prépondérante parmi les plus grands poètes de tous les temps. Il fut aussi prosateur, et quoiqu'on ne puisse pas se fier à la clarté de son style, car dans ses Khazain-ul-Faiûh la fantaisie prime le bon sens, on peut le déclarer un maître de la prose poétique. Outre ses talents littéraires, il fut encore un musicien de premier ordre, très instruit de la technique de cet art, comme le prouvent ses discussions avec Gopal Nayak, le fameux chanteur hindou du xive siècle1. Khusrau eut pour contemporain et confrère le grand poète Mir Hasan Delhewi, dont Abdul-Haqq Delhewi dit qu' « il était musical et des plus charmants ».
Il entra à Lahore et y resta cinq ans, au service du prince Mohammed, et lorsque ce dernier succomba en luttant ontre les Mongols, il écrivit, sur sa mort des lamentations en prose que Badâoni a reproduites2. Le poète brilla ensuite à la cour de Mohammed Tughlaq; il composa un Diwan et écrivit les mémoires de son saint patron, le cheikh Nizam-ud-din Auliâ, qu'il compléta en l'an 720 de l'hégire. Après avoir écrit des poèmes pendant 50 années, il mourut à
1. Shibli, Shair-ul-Ajam, II, p. 136. Shibli fonde son récit sur le Râgdârpana, dont il dit posséder un manuscrit ancien. L'œuvre sanscrite originale fut préparée à la requête du raja Man Singh de Gwalior en l'an 1073 de l'hégire, elle tomba sous les yeux de Faqir Ullah, qui la traduisit en persan. Elle fut probablement achevée en 1665-660 ap. J.-G. Le titre sanscrit original de l'ouvrage est Mânkutûhal. Ethé, Catalogue of Persian Mss in Ihe India Office Library, I, pp. 1120-21.