Marco Polo le trouva régnant à Madura
LeslArabes. — Les premiers envahisseurs musulmans ne furent pas les Turcs, mais les Arabes, qui quittèrent leur désert natal, après la mort du Prophète, pour propager la foi à la pointe de l'épée, qui était pour eux « la clef du ciel et de l'enfer ». Partout où ils allèrent, ils semèrent les horreurs du pillage, de la destruction et de la cruauté la plus atroce. Leur force et leur virilité, jointes à la furie fanatique et iconoclaste de ces néophytes, permirent aux Arabes de se rendre maîtres de la Syrie, de la Palestine, de l'Egypte et de la Perse, dans le court espace de 20 années. La conquête de la Perse leur suggéra l'idée de poursuivre leurs invasions vers l'Est, et quand ils apprirent les richesses fabuleuses et l'idolâtrie de l'Inde par les marchands qui s'embarquaient à Ghiraz et Hormuz et abordaient sur la côte hindoue, ils méprisèrent les difficultés et les obstacles que la nature plaçait sur leur chemin et résolurent d'entreprendre une expédition aux Indes, projet qui reçut de suite la sanction de l'enthousiasme religieux et de l'ambition politique. La première expédition partit d'Oman pour piller les côtes de l'Inde en 636-37 ap. J.-C, sous le khalifat
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d'Omar. Le butin et non pas la conquête, fut l'objet de ces premières incursions, mais la tâche parut si difficile et si dangereuse que le khalife désapprouva les expéditions éloignées et prohiba toute nouvelle tentative de ce côté-là . Il eut une grande répugnance pour les campagnes navales, provenant, dit-on, d'une description de la mer que lui fit l'un de ses officiers : « Une grande mare avec un sillage de gens insensés, ayant l'air de vers sur une bûche de bois1. » Les fils du désert n'étaient pas destinés à gagner 1 eurs lauriers sur les hautes mers, et grâce aux prohibitions et aux amendes du khalife, toute entreprise maritime fut abandonnée. Mais les successeurs d'Omar relâchèrent les interdictions, et des expéditions furent organisées, de sorte que chaque année les musulmans quittèrent leur pays en quête de nouveaux champs d'action et de fraîches pâtures. En 634-44 ap). J.-C, Abdalla ibn-Omar-ibn-Rabi envahit le Kirman et marcha sur le Sistan ou Siwistan, assiégea le gouverneur dans sa capitale, et le contraignit à solliciter une trêve. La paix ayant été conclue, le général victorieux se dirigea sur le Mekran où il se heurta aux forces conjuguées des gouverneurs du Sind et du Mekran, mais ce dernier fut défait dans une attaque nocturne. Abdallah voulait donner suite à ses victoires et remporter de nouveaux succès de l'autre côté de l'Indus; mais la politique prudente du khalife s'y opposa et empêcha de nouveaux progrès.
Les armées de l'Islam remportèrent partout de
1. Ceci fut écrit au Khalife durant l'expédition d'Egypte par Amr ibn As, sur quoi Omar interdit toute navigation aux musulmans et punit sévèrement toute infraction à cet ordre (Elliot. History of India, I, p. 416).
brillants succès. L'Egypte, la Syrie, Garthage et l'Afrique, toutes ces contrées furent envahies en quelques années, et en 710 ap. J.-C, à la bataille de Guadalete, le royaume goth fut anéanti par les Maures, qui établirent leur propre domination dans le pays et introduisirent les éléments de la culture arabe parmi les races européennes demicivilisées. La Perse avait déjà été occupée jusqu'à l'Oxus, et de nombreuses tentatives avaient été faites pour annexer au Khalifat les contrées situées au delà de cette rivière. Le pouvoir et le prestige du Khalifat atteignirent leur apogée sous les Omayyads, non sans avoir été grandement augmentés par les conquêtes orientales. L'esprit d'impérialisme se trouve incarné en Hadjadj, gouverneur de l'Irak; il régna en fait sur toute la contrée qui avait fait autrefois partie du royaume de Perse; ce fut une période de grand succès pour les armées musulmanes qui conquirent Boukhara, Khokand et Samarkande. Qotaiba fut envoyé à Kachgar pour y conclure un traité avec les indigènes chinois. Une armée fut aussi envoyée contre le roi de Kaboul et une autre pour châtier les pirates de Debal1, dans le Sind, qui avaient pillé les huit vaisseaux chargés des présent précieux adressés au khalife et à Hadjadj par le gouverneur de Geylan. Mais cette expédition de représailles contre Debal échoua et le général arabe qui la commandait fut mis à mort par les indigènes. Hadjadj, qui en fut l'instigateur, couvert de honte et d'humiliation par cet insuccès, jura de se venger des habitants du Sind et organisa une nouvelle expédition, mieux équipée et mieux combinée que la précédente. Elle fut conduite par Mohammed-ibn-Qasim que les astrologues avaient
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désigné comme étant l'homme marqué par le sort pour en être chargé.
Invasion du Sind par Mohammed-ibn-Qasim, 712 ap. J.-C. • — L'invasion du Sind par Mohammedbin-Qasim est l'un des plus jolis contes de l'histoire. Mohammed-ibn-Qasim ! Son nom est presque entouré d'une auréole de martyre que lui ont value la fin tragique de sa jeunesse florissante, son entrain, sa bravoure et sa noble attitude pendant toute l'expédition. Ce prince valeureux, stimulé par tous les espoirs qu'on fondait sur sa jeunesse et son esprit martial, se mit en route pour son expédition dans l'Inde. Hadjadj lui envoya 6.000 guerriers de l'Irak et de Syrie avec un nombre égal de gens armés, montés sur des chameaux, et une suite de 3.000 méharis porteurs des bagages.. Le khalife ne connaissant pas les mérites de Mohammed-ibn-Qasim, l'avait désigné plutôt à cause de sa parenté avec lui que pour son mérite personnel, et il avaitpourvu au nécessaire aussi bien qu'au superflu de son expédition. A son arrivée au Mekran, Mohammed fut rejoint par le gouverneur Mohammed Hâroûn qui apporta des renforts et cinq catapultes qui furent envoyées à Debal avec l'équipement nécessaire. A part ces troupes arabes régulières, Mohammed réunit encore sous sa bannière une multitude de mécontents : Mèdes et Jats qui nourrissaient d'anciens griefs contre l'intolérance du gouvernement hindou1 : défenses de monter à cheval avec des sel-
1. Thattâ est synonyme de Debal. M. Abbott discute la question tout au long dans son intéressante monographie du Sind (pp. 43- 55). Voir aussi la traduction du Tabagât-i Nâsiri, par Raverty, I, p. 295 note 2.
les, de porter de riches vêtements, de se découvrir la tête, etc. Tant de prohibitions les avaient relégués au rang de simples coupeurs de bois ou de porteurs d'eau, et avaient engendré une telle animosité que Mohammed les trouva prêts à se joindre à l'armée étrangère. Quoique Mohammed-ibn-Qasim les traitât avec un respect médiocre dès qu'il eut pris pied dans le pays, cette division des sympathies nationales lui fut d'un inappréciable secours pour étudier la contrée dont ses hommes n'avaient qu'une connaissance imparfaite.
Mohammed atteignit Debal au printemps de l'année 712 ap. J.-C. Il y trouva de grands renforts d'hommes, d'armes et de machines de guerre. Alors ses hommes se mirent à creuser des tranchées, défendues par des soldats armés de lances, chaque corps de guerriers ayant son propre étendard, et le mandjanîq surnommé «the bride» (la fiancée) était manœuvré par 500 hommes. Debal s'enorgueillissait d'un temple immense au sommet duquel flottait un drapeau rouge les musulmans l'abattirent sous les yeux des idolâtres horrifiés. Un terrible combat s'ensuivit où les Hindous furent battus par les musulmans. La cité fut abandonnée au pillage et le sac de la ville dura trois jours entiers. Le gouverneur prit la fuite, sans tentatives de résistance, et le général vainqueur, délivré de tout ennemi, bâtit une mosquée, érigea un quartier musulman et confia la défense de la ville à une garnison de 4 000 hommes.
Ayant pris Debal par surprise, Mohammed-ibn- Qasim se dirigea sur Nirun1, dont les habitants
1. Nirun était située sur la route entre Thàtta et HaïderAbâd, un peu au-dessous de Jarak (Elliot, I, pp. 396-401).
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s'assurèrent la vie sauve en fournissant des renforts et en se soumettant sans conditions. Il ordonna alors la construction d'un pont de bateaux au travers de l'Indus- Cette tactique imprévue lui permit de s'emparer de Dâhir par surprise* 11 se replia ensuite sur Râwar et rangea son armée en bataille pour faire face à l'ennemi. Mais là les Arabes se heurtèrent à une forte charge des éléphants de guerre et à une armée puissante désireuse de livrer bataille aux musulmans, sous les ordres de Dâhir et de ses chefs ou thâkurs. Al-Baladori1 écrit qu'une lutte terrible s'ensuivit, telle qu'on en n'avait jamais vu jusqu'alors, et l'auteur du Shâhanâma2 donne un graphique du combat soutenu vaillamment par Dâhir et ses alliés rajpoutes. Une flèche empoisonnée atteignit Dâhir; à ce moment inopportun, son éléphant se précipita dans l'eau pour étancher sa soif, et quand il voulut se retirer, il se trouva cerné de tous côtés par les Arabes qui l'assaillirent d'une pluie de flèches. Dâhir tomba par terre, mais il se releva aussitôt et se battit héroïquement contre un Arabe qui « lui enfonça son épée au beau milieu de la tête et la lui chevilla au cou ». Livrés au désespoir par la mort de leur intrépide commandant et roi, les Hindous attaquèrent les musulmans avec furie, mais ils furent vaincus et les croyants « se gorgèrent de massacre ». La veuve de Dâhir, Rânî Bâi, et son fils se retirèrent dans la forteresse de Râwar. Acculés par le péril, n'ayant en face d'eux que la