Gutbi, Tarikh-i-Yamlnl, Elliot, II, p
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mille cavaliers. L'Inde n'était pas conquise mais les musulmans avaient découvert le chemin de ses plaines fertiles. Epuisé par une vie trop mouvementée, Subuktéguine mourut durant le mois de Ghaban de l'année 387 ap. l'Hégire (août, 997 ap. J.-G.) laissant à son fils Mahmoud un royaume vaste et bien établi. Il fut un roi intrépide, et gouverna ses sujets avec équité et modération pendant vingt années.
Mahmoud le Ghaznévide. Ses ambitions. — Mahmoud avait été jugé par son père comme un homme plein de promesses. Après la mort de Subuktéguine, c'est à lui qu'échut le sceptre de Ghazna. On raconte que quelque temps avant sa naissance, Subuktéguine avait eu ce rêve étrange : un arbre prenait racine dans la cheminée, au cœur de la maison, et s'élevait si haut que le monde entier était couvert de son ombre. Au moment même il apprenait la naissance d'un fils. Il se trouva que le songe devint une réalité. Mahmoud fut l'un des plus puissants souverains asiatiques, célèbre pour ses richesses, sa bravoure et sa justice. Il hérita de l'audace et de l'ambition de son père, il y apporta encore un fanatisme religieux illimité qui le rangea parmi les gloires de l'Eglise mahométane. Quoique pillard et exalté, Mahmoud fut un véritable chevalier de sa foi — un croisé, avant l'ère de nos croisades chrétiennes. Les Arabes et les Persans, peuples cultivés, n'avaient rien de la férocité de tempérament et du zèle iconoclaste des Turcs. La tolérance des Arabes — quoique bien relative — était étrangère à ces tribus nomades, dont les passions pouvaient atteindre leur paroxysme par les suggestions de pillage ou de prosélytisme de quelque meneur fanatique. Insatiable de richesse et d'autorité,
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AJahmoud résolut de bonne heure de convertir par l'épée les peuples païens. Investi de nombreux titres par le khalife Al-Qadir-billah, il se déclara ouvertement champion de l'Islam et l'ennemi de l'idolâtrie et de l'incroyance. L'Inde ne pouvait qu'être la proie de cet ambitieux, avec la tentation de l'incohérence de ses cultes innombrables et de ses fabuleuses richesses. Quel terrain d'action pour le zèle religieux et les ambitions politiques de Mahmoud. Il envahit à plusieurs reprises ses plaines, ravageant les campagnes, pillant les temples et en rapportant des butins fantastiques. Chaque expédition contre les Hindous signifiait un djihâd. Le Ghaznévide ne prenait jamais seul la route de l'Hindoustan; des hordes de Turcs barbares venaient lui offrir l'appui de leur irrésistible vigueur et deleur ardeur inaltérable.
Une révolution dans la royauté. — Peu après son avènement, Mahmoud obtint de Nouh, l'empereur Samanid, la confirmation de ses titres et dignités, et le gouvernement de Balkh, Herat, Bost et Sarmad. La grande puissance samanide était à son déclin; les différents partis s'arrachaient la couronne. Quand un membre de l'un de ces partis creva les yeux du beau Mansoûr, le jeune et magnifique empereur samanide, Mahmoud, indigné, résolut de venger ce crime atroce. Il se déclara gouverneur indépendant de Ghazna et du Khorassan et refusa de rendre hommage au fantoche qu'ils avaient mis sur le trône. Le khalife reconnut son indépendance et lui conféra les titres de Yamin-oud-Daulah (le bras droit de l'Empire) et Amin-oul-Milla (défenseur de la foi); il abandonna l'appellation d'émir pour celle de Sultan, — qui signifie littéralement « pouvoir » ou « autorité », —
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il fut le premier souverain musulman à porter ce titre. Gomme les Sultans ottomans il se qualifiait à" « Ombre de Dieu sur Sa Terre » et le professeur Browne relève ce trait dans l'histoire d'Outbi. Quoiqu'il s'inclinât devant l'autorité spirituelle du khalife, Mahmoud fut trop essentiellement indépendant pour reconnaître la supériorité politique d'aucun autre souverain.
Ses expéditions. — Mahmoud, ayant mis ordre aux affaires de son royaume, porta ses regard sur l'Hindoustan. Aiguillonné par son ambition, les grandes richesses et l'idolâtrie de cette contrée, il organisa contre elle un record de dix-sept expéditions entre les années 1000 et 1026 ap. J.-C.1. La première expédition, en l'an 1000, fut dirigée contre les villesfrontières et eut pour résultat la prise de plusieurs forteresses et districts. Mahmoud confia les places conquises à un gouverneur et réintégra Ghazna chargé d'un immense butin.
Expédition contre Jayapala, raja de Bhaiinda. — Sa nature ardente et ambitieuse ne lui permit pas de se reposer sur ces premiers lauriers. Pendant le mois de Chawwal, en l'an 391 de l'Hégire (1000 ap. J.-C), il quitta de nouveau Ghazna, à la tête d'une armée de dix mille cavaliers choisis, afin de répandre dans le monde la religion, la vérité et la justice. Pour se battre contre le fils de son plus terrible ennemi, Jayapala rassembla toutes les forces disponibles dans son royaume : douze mille cavaliers, trente
1. Le chiffre de 17 expéditions que donne sir Henry Elliot peut être accepté. De nombreux historiens en énumèrent 12 seulement, mais ceci ne semble pas exact. (Vol. II, Appendix, note D, pp. 434-
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mille fantassins et trois cents éléphants. Le huitième jour de Mouharam, l'an 392 de l'Hégire (28 novembre 1001), un combat terrible s'engagea à Peshawar, les musulmans vainquirent les Hindous : « ils en tuèrent quinze mille, dont ils couvrirent la terre comme d'un tapis, les laissant en pâture aux bêtes et aux oiseaux de proie ». Jayapala fut fait prisonnier avec quinze de ses hommes et une armée de princes défendants. Un butin fantastique de perles et depierres précieuses tomba entre les mains du conquérant1. Jayapala fut amené à signer un traité par lequel il donnait au vainqueur cinquante éléphants, et son fils et son petit- fils en otages. Il ne put cependant supporter sa disgrâce, et en brave qu'il était préféra la mort au déshonneur. Suivant les usages de sa race, il se fit élever un bûcher et périt au milieu des flammes pour se sauver de l'humiliation2.
Expédition contre Bhîrâ et autres villes. — La troisième expédition eut pour but Bhîrâ3 (1104-1005) sur la rive gauche de la Jhelum, au-dessous des monts
1. Outbi raconte que le butin recueilli par Mahmoud équivalait à 800.000 dinars. Le vainqueur obtint en plus 500.000 esclaves, hommes et femmes (Elliot, II, p. 26). Ceci est certainement exagéré. Firishta écrit qu'un seul des colliers appartenant à Jayapala valait 180.000 dinars (Briggs, I, p. 38).
2. Firishta dit qu'il existait parmi les Hindous une coutume suivant laquelle un roi deux fois vaincu devenait indigne de régner (Briggs, I, p. 38). Quoique un peu différemment, Outbi parle aussi de cette coutume (Elliot, II, p. 27).
3 Firishta écrit Bhatea. Elphinstone la décrit par erreur comme une dépendance de Lahore, au sud de Moultan. Le Khulasat-ut tawarikh a Bhîrai. Voir : Elliot, II, Appendix, pp. 439-40. C'est-en tout cas sur la rive gauche de la Jhelum, au-dessous de Pindadâdankhân; Baber en fait souvent mention. Le général A. Cunningham observe que jusqu'à ce que Pindadânkhân la supplantât, Bhlrâ était la ville principale de cette partie du pays (Elliot, II, p. 392, Cunningham, Ane. Geogr. india, p. 155.)
du Sait (carrières de sel), qui fut bientôt annexée au royaume de Ghazna. Ce furent les prémices de l'invasion du Multan. Abdul Fattah Daud, gouverneur du Multan, appartenait à la secte des hérétiques karmathes1. Mahmoud quitta Ghazna, mais comme il trouvait le chemin trop peu sûr, il demanda à Anandapalâ {roi du Pendjab) la permission de passer sur ses terres. Anandapalâ refusa, naturellement, en bon allié du chef de Multan. Mahmoud, furieux, l'attaqua, il résista de son mieux mais ses forces étant inférieures, il fut écrasé, et Outbi écrit que le Sultan poursuivit le roi par-dessus monts et collines, sur le sol tantôt dur, tantôt mou, de son territoire, et sa suite devint la proie des bêtes fauves ou s'enfuit éparpillée dans les voisinages du Cachemire. Mahmoud prit alors d'assaut la ville de Moultan et « préleva sur le peuple vingt mille dirhams, de quoi suspendre la juste punition de leurs péchés2 ».
A ce moment-là Mahmoud reçut la déconcertante
1. Les Karmathes tirent leur nom de Hamdân Qarmat. Ils ne se conformèrent pas à l'orthodoxie islamique. Le rayon de leur influence s'étendit peu à peu et en janvier 930 ap. J.-C, ils accomplirent leur plus grand exploit en envahissant la Mecque et enlevant la fameuse Pierre Noire et plusieurs autres reliques sacrées. Ils méprisaient les rites islamiques, dédaignaient l'adoration des reliques et mangeaient sans scrupule de la viande défendue (Browne, Liierary Hisiory of Persia, pp. 401-403-404).
Karmathe signifie par extension, le grand mouvement de réforme sociale et judiciaire basée sur l'égalité, qui remua tant le monde musulman du ixe au xne siècle de l'ère chiétienne. Le mouvement fut contrôlé par la dynastie ismaelienne qui fonda l'anti-khalifat Fatmide en 297-910. L'évolution était basée sur la raison, la tolérance et l'égalité avec un système d'initiation graduelle et le rituel d'une association, laquelle ■ — encourageant la fondation de sociétés de commerce et d'universités — semble avoir atteint l'Occident et influencé la formation des guildes européennes et de la franc-maçonnerie (Encyclopedia of India, n° 29, p. 767; Elliot, II, pp. 571-75.
2. Ceci est le récit d'Outbi. Firishta dit : un tribut annuel de 20.000 dinars d'or fut levé sur le peuple (Briggs, I, p. 41).
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nouvelle de l'invasion de ses domaines par le roi de Kachghar. Il confia ses nouvelles possessions à un converti hindou, Sewakapala2, et reprit le chemin de Ghazni, il était à peine parti que Sewakapala avait déjà abjuré la foi mahométane et retiré son allégeance à Ghazna. Mahmoud tourna alors sa colère contre lui; il l'attaqua, le vainquit, le fit prisonnier et le condamna à payer une amende de quatre cent mille dirhams en punition de sa déloyauté.
Expédition contre Anandapaia. — Pour avoir assisté, dans sa trahison, Daud de Moultan, le raja de Lahore fut le point de mire de la sixième expédition (1008-09 ap. J.-C). Gomme le vaillant Rana Sanga, qui, en 1527, disputera à Bâber la suzeraineté de l'Hindoustan, Anandapaia organisa une ligue avec les rajas de Gwalior, Ujjain, Kalingar, Kanauj, Delhi et Ajmer, et à la tête d'une armée formidable s'avança à la rencontre de l'ennemi. Tel est le récit de Firishta et il est probablement inexact. Des documents épigraphiques prouvent bien qu' Anandapaia invita ses princes suzerains à se joindre en une confédération, mais il semble improbable que tous les Etats dont parle Firishta prissent réellement part à la campagne. Quant à Delhi et Ajmer, ils n'étaient cer-
2. Les Tabaqat-i- Akbari le nomment Sukhapala, petit-fils du raja de Hind. Firishta donne divers noms. Cutbi l'appelle Nawâsâ Shah, et c'est une opinion que nous ne pouvons pas sommairement rejeter. Shah peut avoir été un titre que Mahmoud lui conféra en signe de faveur. Il fut probablement par sa mère, un petit-fils de Jayapala, et telle est la signification de Nawâsâ, parce qu't utbi dans son récit de l'expédition contre Kanauj, parle de Bhimapala, arrière petitfils de Jayapala, se plaignant que son oncle eût été converti de force à l'Islamisme. L'opinion de sir Henry Elliot est qu'il fut probablement emmené comme otage par Mahmoud et se conv» rtit pendant son séjour à Ghazna. Voir Elliot, II, Appendix, p. 444.
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tainement pas encore assez puissants pour prêter main forte à la coalition. Quels qu'en aient été les participants, il n'en est pas moins vrai qu'Anandapala rassembla une armée formidable pour défendre son pays et sa liberté contre les Turcs. Le nombre des Hindous s'augmenta rapidement. Les nobles dames vendirent leurs bijoux et firent fondre leurs parures d'or pour venir en aide à leurs maris; l'enthousiasme ne connut point de bornes, les pauvres sacrifièrent le peu de chose qu'ils avaient gagné péniblement pour contribuer à l'effort général. Les Khokhars1 eux-mêmes s'unirent aux Hindous.
Mahmoud fut profondément impressionné par la grave ardeur des Hindous. L'attaque commença. Trente mille Khokhars, têtes et pieds nus, armés de lances et d'épées, se lancèrent furieusement au plus fort delà mêlée et massacrèrent trois ou quatre mille des six mille archers mahométans. Mahmoud, étourdi par cette vaillante charge, commençait à se replier et désirait arrêter le combat, quand, tout à coup, l'éléphant monté par Anandapala prit peur et s'enfuit du champ de bataille. Les Hindous crurent à un signal de retraite; saisis de panique, ils se dispersèrent pêle-mêle dans toutes les directions. Pendant deux jours et deux nuits ils furent poursuivis par les généraux du sultan, Abdullah Tai et Arslan Djazib; plusieurs d'entre eux furent faits prisonniers et mis à mort. De nombreux éléphants, un butin fantastique tombèrent aux mains du vainqueur.
1. Les Khokhars sont une tribu totalement différente des Ghakkars. Les Khokhars vivent dans le Moultan et les districts plus éloignés du nord-ouest, du côté de l' Indus et du Doab Sindsagar.
Les Ghakkars se trouvent encore plus au nord. Firishta confond toujours les Khokhars et les Ghakkars.
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La conquête de Nagarkol 1008-09 ap. J.-C. — Mahmoud, couvert de gloire, marcha contre le fort de Kangra, connu aussi sous le nom de Nagarkot ou Bhimanagar1. Les Hindous avaient déposé dans cette forteresse, sise au sommet d'une colline, d'inestimables trésors, tous dédiés à leurs idoles. Les musulmans commencèrent le siège, et quand les Hindous virent arriver l'armée ennemie, dense comme un nuage de sauterelles, de peur ils ouvrirent les portes toutes grandes et « tombèrent la face contre terre, comme des moineaux devant un faucon, ou la pluie avant l'éclair ». Ceux qui étaient chargés de la défense à l'extérieur se rendirent compte que leur tâche était désespérée, tandis qu'à l'intérieur se trouvaient surtout des prêtres opposés à l'effusion de sang et à la guerre. Mahmoud n'eut point de peine à se rendre maître de la forteresse et d'un immense butin dont on pourra se faire une idée par le récit quelque peu exagéré qu'en fait Outbi : « Les trésors, dit-il, furent chargés sur le dos de tous les chameaux qu'ils purent se procurer, et les officiers emportèrent le reste. La monnaie poinçonnée se montait à 70.000 dirhams royaux, et les lingots d'or et d'argent pesaient l'équivalent de 700.400 mans; des habits d'apparat et de merveilleux tissus de Suse, dont les anciens disaient qu'ils ne pouvaient se rappeler d'avoir jamais rien
1. Le Habib-ous-Siyar et les Tabaqal-i-Akbari font dater le début de cette expédition de l'an 400 de l'Hégire (1009 ap. J.-C). Le Tarikhi-Yamini qui est certainement une meilleure autorité, dit que la poursuite de l'ennemi entraîna Mahmoud jusqu'au fort appelé Bhimanagar. Ceci démontre que la campagne a dû être continue.
Nagarkot, ou Kangra, est situé dans le district de Kangra dans le Pendjab. Depuis des temps très reculés, ce fut une place forte des rajas Katoch. Le temple pillé par le Ghaznévide était probablement situé à l'intérieur du fort, et n'était pas, comme on l'a supposé, le temple de Devi à Bhawan (Imp. Gaz., XIV, p. 397).
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vu de si beau, de si doux et de si bien brodé. Parmi le butin, se trouvait une maison faite en argent, pareille aux maisons des riches, dont la longueur était de 30 yards ou 90 pieds, et la largeur de 15 yards ou 45 pieds. Elle pouvait se démonter et être reconstruite ensuite. Il y avait aussi un dais, fait de la magnifique toile de Roum, long de 120 pieds et large de 60; supporté par deux colonnes d'or et deux d'argent, coulées en moules1. »
Firishta écrit que le butin fantastique dont s'empara Mahmoud comprenait : 700.000 dinars d'or, 700 manns de plats d'or et d'argent, 200 manns d'or pur en lingots, 2.000 manns d'argent non travaillé et 20 manns de bijoux, perles, diamants, rubis et autres pierres précieuses. On ne peut se fier exactement aux récits d'Outbi et de Firishta, mais il est certain que les pillages du Ghaznévide lui rapportèrent d'immenses richesses.
Le Sultan rentra en triomphe à Ghazna. Il étala devant son peuple ébloui toutes les merveilles de l'Inde, des «joyaux, des perles et des rubis non percés, brillants comme des étincelles ou comme du vin pris dans de la glace, et des émeraudes pareilles à de frais rameaux de myrte, et des diamants dont le poids et les dimensions égalent les fruits du grenadier. » Les envoyés des pays étrangers, ses nobles et ses sujets se rassemblèrent à Ghazna afin de contempler les richesses fabuleuses; aucun roi du monde, si puissant fût-il, n'aurait pu y comparer ses trésors.
Causes de ses rapides succès. — Ces aventuriers rapaces considéraient l'Hindoustan comme une source