‹ Histoire du monde (volume 5)Chapitre 21 sur 135 · Cutbi, Tarikh-i-Yamînî, Elliot, II, p · texte numérisé non relu

Cutbi, Tarikh-i-Yamînî, Elliot, II, p

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d'inépuisables richesses, aussi leurs incursions se suivirent- elles avec une étonnante rapidité. Quoique les Hindous fussent numériquement supérieurs, le manque de cohésion entre les chefs rajpoutes et leur incapacité absolue à faire cause commune contre l'ennemi leur rendirent toute résistance impossible. Le patriotisme national n'existait pas; chaque prince défendait son propre bien, luttait pour ses propres intérêts, mais ne respectait aucune règle de discipline et entrait même en conflit avec ceux qui auraient dû être ses alliés. L'orgueil de clan ou de tribu s'opposait à l'obéissance, qualité pourtant indispensable au succès d'une campagne militaire. L'esprit de conservation les rassembla, mais l'intérêt personnel l'emportait sur les intérêt de l'Hindoustan. Craignant d'exciter les passions religieuses et trop anxieux de s'enrichir et de détruire l'idolâtrie, les musulmans n'essayèrent jamais de réduire les vaincus à la famine. En l'an 1010 ap. J.-C, après avoir conquis le Ghar, Mahmoud envahit le Moultan, pour se venger de Daud le chef rebelle, qu'il battit et emprisonna dans le fort de Gurak. Trois ans plus tard il prit la forteresse de Bhimapala de Nardin1 ou Nandanah1, qu'Outbi

1. Firishta place cette expédition après celle de Thanesar. A l'en croire, le chef régnant était le petit-fils de Jayapala. Il n'essaie pas d'identifier Nindunah. Il dit simplement que la forteresse de Nindunah était située sur les montagnes de Bâlnat, surplombant la Jhelum. Le Tarikh-i-Yamini, auquel on peut davantage se fier, place cette expédition après celle de Bâlnat. Nizamuddin Ahmad dit (Bibliolh. Ind., p. 8) : « En l'annéa 404 de l'Hégire, le Sultan marcha contre le fort de Nandanah, qui est situé sur les collines de Bâlnat. Naro Jayapala laissa des guerriers éprouvés pour la protection du fort et s'en fut lui-même dans la vallée de Cachemire. En arrivant, le Sultan entoura le fort, installa des mines et prit toutes les mesures nécessaires à sa capture. Les défenseurs du fort se rendirent à condition d'avoir la vie sauve. Mr. De, dans une note à sa traduction des Tabaqat, dit que Naro Jayapala est probablement Trilochanapala, petit-fils de Jayapala. Sir

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appelle « Nidar Bhima », et s'empare d'un énorme butin. Le raja s'enfuit dans les vallées montagneuses du Cachemire, mais il y fut poursuivi par les musulmans. Mahmoud mit à sa place son propre gouverneur, pilla le Cachemire, força une partie du peuple à embrasser la foi islamique et rentra à Ghazna.

Expédition contre Thanesar. — Mais l'expédition qui surpasse en importance tous ces raids est celle de Thanesar, en 1014 ap. J.-C. Outbi en décrit l'objet en ces termes : « Le sultan apprit que dans la contrée de Thanesar se trouvaient de beaux éléphants, de la race de Sailaman (Ceylan), renommés comme animaux de guerre. Le chef de Thanesar était obstiné dans son infidélité et son incroyance en Dieu. Aussi le sultan et ses vaillants guerriers marchèrent contre lui, se proposant de planter l'étendard de l'Islam et d'extirper l'idolâtrie. » Les Hindous luttèrent désespérément contre l'envahisseur, mais ils furent vaincus sur les bords de la rivière qui coulait au-dessous de la ville; le carnage fut tel que les eaux du fleuve se rougirent du sang des victimes. Le fort de Tha-

Henry Elliot l'appelle Bhimapala. Outbi dans son Tarikh-i-Yamini fait le récit de cette expédition. Il est difficile de fixer l'emplacement de Nandanah ou Nindunah. A ce sujet, il y a, parmi les érudits, de grandes divergences de vues. Il est probable que c'est la place mentionnée par Wassâf comme une ville importante dans les monts Jûd.

1. Le fleuve mentionné est probablement la Saraswati, qui passe près de Thanesar.

La date et les détails donnés par Firishta sur cette expédition sont inexacts. Il la place en 1011 ap. J.-C. (Briggs, I, pp. 50-53) et raconte qu'Ananlapala, apprenant que Mahmoud avait formé le projet d'envahir Thanesar, lui adressa une lettre ce reproches à laquelle le Ghaznévide répondit que le devoir des Mahométans était d'engager le djihad contre les idolâtres. Au reçu de ce terrible message, le raja de Delhi fit appel à ses frères princiers pour repousser l'avance de Mahmoud contre Thanesar. Mais Mahmoud écrasa les

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nesar fut pris la ville et ses temples pillés et saccagés1.

La conquête de Kanauj. — Tout le monde musulman célébra Mahmoud et ses victoires, es armées prirent des dimensions fantastiques. D'ardents volontaires se rangèrent sous la bannière du Ghaznévide pour combattre l'infidélité; ils venaient de Transoxiane, du Khorassan et du Turkestan. Ayant de telles forces à sa disposition, il décida de marcher sur Kanauj, reconnue en Orient comme la capitale impériale de PHindoustan. Il partit de Ghazna en 1018, traversa toutes les rivières du Pendjab, d'immenses forêts et passa finalement la Jamna le 2 décembre 1018 ap. J.-C. Il prit sur son passage toutes les forteresses qui le gênaient. A son approche, Hara L)atta, raja de Baran (actuellement Bulandshahr1) se rendit et avec dix mille de ses hommes se convertit à l'islamisme. On a découvert une plaque de cuivre appartenant à cette lignée de rois et mentionnant la soumission de Hara Datta. Le sultan atta ua alors Kulchanes, chef de Mahawan2, sur la Jamna ; il se battit

Hindous et prit la place. Il pensa alors à marcher sur Delhi, mais ses nobles l'en dissuadèrent. Tout ceci est erroné, car il est impossible qu'Anandapala ait vécu à cette époque. Delhi était alors une obscure petite ville.

Al BirounietOutbi n'en font pas mention. Ils sont certainement de meilleure autorité que Firishta à propos des plans et des campagnes de Mahmoud dans l'Inde. Voir Carr Stephen, Archaelogy of Delhi, p. 10-11.

1. Nizamuddin et Firishta ont tous deux renversé l'ordre de cette marche. Firishta dit que le Sultan alla d'abord à Kanauj et de là à Meerut, puis à Mahawan et Mathurâ et enfin contre Chand Râi. Cet ordre » st faux. Le Tarikh-i-Yamini, le Rauzat-ous-Safa et le Habib-ous-Siyar, donnent l'ordre correct, suivi dans cet ouvrage.

Firishta a tort d'appeler Hara Datta raja de Meerut (Briggs, I, p. 57). Stanley Lane-Poole (Mediaeval lndia, p. 24-25) a indistinctement suivi cet ordre de marche. 11 mentionne sommairement que Mahmoud traversa la Jamna, pilla Mathurâ et atteignit Kanauj.

2. Nahawan est maintenant le quartier général d'un « tahsil », dans le district de Muttra.

vaillamment, mais il fut vaincu et cinquante mille de ses hommes tués ou noyés dans le fleuve; Kulchand, dans un accès de désespoir, transperça sa femme de son glaive dont ensuite il se perça le cœur pour se sauver de l'humiliation. Le sultan victorieux emportait un immense butin, dont cent quatre vingt cinq éléphants. Il se dirigea alors sur Mathurâ, ville sainte des Hindous, citéde temples, solidement construits et d'une architecture exquise. Cependant ni leur beauté, ni leur solidité ne les sauvèrent de l'iconoclasie barbare des Mahométans; ils furent rasés à leur base et le conquérant s'empara d'un butin fantastique. Voilà la description de Mathurâ, au temps de sa splendeur, faite par Outbi :

« A cet endroit, dans la cité, il y avait un lieu d'adoration réservé au peuple hindou et quand il arrivait à cette place il se trouvait devant une ville si merveilleuse qu'on pouvait dire, en la voyant, c'est une construction du paradis. Mais ses accidents et ses qualités ne pouvaient provenir que d'une aide infernale, et tout homme intelligent ne pouvait en écouter favorablement le récit. On avait apporté des pierres immenses et jeté une fondation nivelée sur de hautes marches (escaliers). A l'entour et de côté on avait placé 1.000 châteaux, contruits en pierre, dont on avait fait des temples d'idoles, et qu'on avait solidement joints (cimentés). Au cœur de la cité on avait bâti un temple surplombant le tout; sa splendeur et sa décoration dépassaient ce que la plume de tous les écrivains ou le pinceau de tous les peintres eussent pu rendre. Personne n'eût été capable de le considérer ou d'y fixer son esprit. Dans le mémoire que le sultan écrit sur ce voyage, il déclare

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que si quelqu'un voulait entreprendre la construction d'un tel édifice il dépensait 100.000 paquets de 1.000 dinars et ne pourrait l'achever en deux cents ans, même avec l'assistance des maîtres les plus ingénieux (architectes). Parmi la masse des idoles, il y en avait cinq faites d'or pur et s'élevant dans l'air à une hauteur de cinq coudées; dans cette même collection d'idoles, il y en avait (spécialement) deux, dont Tune sur laquelle était arrangée une hyacinthe telle que si le Sultan l'avait vue dans un bazar, il l'aurait considérée sous-estimée à 50.000 dinars et l'aurait achetée avec grand enthousiasme. Et sur l'autre idole il y avait un saphir (hyacinthe) d'une seule et bonne pièce, d'une eau azurée et équivalant à la valeur de 400 poids de beaux miskâls (5 fois et demi le poids d'une drachme) chacune; et des deux pieds d'une idole, on obtenait le poids de 400.000 miskâls d'or. Et les idoles d'argent étaient 100 fois plus nombreuses de sorte que les personnes désignées pour leur estimation passèrent fort longtemps à les peser. Ils dévastèrent (toute cette cité) et se dirigèrent de là sur Kanauj...1 »

En janvier 1019, Mahmoud arriva devant les portes de Kanauj. Kanauj, suivant l'historien musulman, comprenait sept forts et dix mille temples, qui existaient depuis des temps immémoriaux à ce que l'on croit. Rajyapala, le raja Parihâr de Kanauj, se rendit sans aucune résistance. En une seule journée Mahmoud mit à sac la ville entière, et en prit les sept forts. Les dix mille temples, dont parle Outbi, furent détruits, les habitants massacrés et leurs richesses saisies. Le Sultan rentra à Ghazna en passant par le Boundelkhand.

1. Kilâb-i-Yamini, traduit en anglais par le Rev. Reynolds, pp. 455-56.

Inde

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La défaite du prince Chandela. — L'abjecte reddition du chef Parihâr souleva l'indignation des princes rajpoutes, ses alliés; le raja Chandela de Kalinjar, Ganda, fut le premier h exprimer ouvertement sa désapprobation1. Son fils Vidyadhara, avec l'aide du prince de Gwalior, attaqua Rajyapala et le tua dans la bataille. Quand Mahmoud apprit le meurtre de son vassal, sa fureur ne connut pas de bornes; il résolut de châtier le prince Chandela. A l'automne de 1019 ap. J.-C, il quitta Ghazna et traversa la Jamna;

1. Tabaqal-i-Akbari (Biblioth. Ind.), p. 12. Briggs, ï, p. 63.

Outbi ne donne pas le nom du Raja, mais il dit (Elliot, II, p. 47) que le raja Chandela s'était engagé dans une carrière de victoires, et qu'il se battit une fois contre le raja de Kanauj qui fut forcé de battre en retraite Les récits d'Outbi cessent brusquement à ce moment-là, aussi devons-nous puiser à des sources postérieures au sujet de la guerre entre Mahmoud et Ganda.

Les historiens ne sont pas d'accord sur cette expédition. Le Dr. Vincent Smith adopte le point de vue cité plus haut. Mais quelques érudits hindous ont sévèrement critiqué la version de Nizamuddin, sous le prétexte qu'il est un écrivain postérieur. Il serait absurde d'affirmer dogmatiquement quelque chose à ce sujet, car les renseignements de Nizamuddin sont quelquefois excellents. Outbi, qui est un écrivain contemporain est très bref et de peu de ressource. Le récit du Dr. Majumdar diffère essentiellement de ce que l'on accepte d'ordinaire. Il dit qu'il n'est fait aucune mention que Rajyapala eû,t été tué par des chefs hindous, à cause de sa lâcheté. Il croit que. suivant l'inscription de Dubkund, Rajyapala fut tué par Arfuna, chef Kachchhapaghata, allié ou vassal de Vidyadhara, chef Chandela et fils de Ganda. Il doute de la véracité de l'histoire racontée par Nizamuddin Ahmad et son opinion est que le chef Chandela n'est pas désigné pour accuser Rajyapala, quand lui-même s'enfuit deux fois devant les armées de Mahmoud avant et après cet événement. Mr. C. Vaidya est du même avis dans son History of Mediaeval India (vol. III, p. 81-86). Il écrit: « Le cours des événements fut le suivant : à la 12e expédition contre Kanauj (1019), Rajyapala ne se rendit pas mais s'enfuit vers Bêri. Dans la 13e expédition, Mahmoud dirigea une armée contre Rajyapala et Bâri, et l'ayant vaincu à la bataille du Rahib, il accepta sa reddition à la condition du payement d'un tribut. En mai, Rajyapala fut attaqué et tué par Nanda (Ganda) aidé de Gwalior. Mahmoud l'apprit à Lahore en mars 1022; il conduisit une expédition contre Gwalior et Kalinjar et soumit l'une et l'autre en janvier 1023. Sous cet aspect, Ganda n'est pas aussi poltron qu'on le représente. » Les asser-

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à sa plus grande surprise il y trouva campé le prince Parihâr Trilochanapala, prêt à assister Ganda, chef de la ligue contre Rajyapala. Le Sultan avança en territoire Chandela, étonné d'y rencontrer de l'opposition. Ganda, prêt à la bataille, avait levé une porte armée, composée, suivant Firishta, de 36.000 cavaliers, 45.000 fantassins et 640 éléphants; et suivant Nizamuddin Ahmad, de 36.000 cavaliers, 150.000 fantassins1 et 390 éléphants. A la vue de cette immense armée, Mahmoud regretta sa décision hâtive, mais en mahométan zélé il se jeta à genoux sur le sol et implora Dieu de donner la victoire à l'Islam. Heureusement pour lui, pendant la nuit, Ganda ayant perdu tout espoir de succès s'enfuit du champ de bataille2, abandonnant tout son bagage et ses engins de guerre. Les musulmans envahirent le camp des Chandelas et en retirèrent un énorme butin comprenant, entre autres, 580 éléphants. En 1021-22 ap. J.-G., Mahmoud retourna aux Indes; il assiégea Gwalior, soumit son chef et marcha contre Kalingar, la fameuse place forte de Ganda, raja des Chandelas. Ganda, se rendant compte de la force du Sultan, préféra

tions patriotiques de Mr. Vaidya ne sont pas appuyées par les faits. Dr. Majumdar rejette la version de Nizamuddin, parce qu'elle n'est pas appuyée par Utbi qui n'est pas un chroniqueur à détails. Luimême n'apporte aucun témoignage pour prouver la véracité de ce qu'il avance.

Voir l'article du Dr. Majumdar : The Gurjara Pratihârs, dans le Journal of the Département of Lellers, vol. X (1923, pp. 1-76), publié par l'Université de Calcutta.

1. Mr. Vaidya (History of Mediaeval lndia, vol. IV, p. 86) doute que Ganda ait fui pendant la nuit ayant à sa disposition une si forte armée. < utbi, dont Mr. Vaidya reconnaît l'autorité, dit que Chand Rai (Ganda) partit secrètement avec ses biens, éléphants et trésors pour les contrées montagneuses qui étaient à une grande altitude, et se cacha dans des forêts impénétrables (Elliot, II, pp. 48- 49).

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