Briggs, I, p. 64 — Tabaqat, Bibl. Ind., p
traiter avec lui. Le Ghaznévide, après avoir accepté d'immenses richesses et des joyaux, retourna dans sa capitale1.
Expédition contre Somnath. — Mahmoud, ayant entendu parler des richesses fabuleuses du temple de Somnath, résolut d'y diriger sa prochaine expédition. En l'année 416 de l'hégire (1025 ap.J.-C.) il quitta Ghazna à la tête de trente mille cavaliers et volontaires, atteignit Ajmer, en passant par les chemins difficiles de Moultan, saccagea la ville de fond en comble, et ne laissa derrière lui qu'une contrée dévastée2. Il marcha ensuite sur Nehrwala, qu'il prit sans grande opposition de la part de son chef, Raja Bhima, et peu de jours après, arrivait devant Somnath. Al-Qazwini3, qui emprunte son récit au Kâmil-ut-tawârîkh d'Ibn-Al-Athîr, décrit le temple en ces termes : «Parmi les merveilles de cet endroit se trouvait le temple dans lequel était placée l'idole nommée Somnath Cette idole était au milieu du temple sans rien pour la suspendre ou la supporter. Les Hindous la tenaient en grand honneur et quiconque la regardait, flottant dans l'air, était frappé d'étonnement, fût-il un musulman ou un infidèle. Les Hindous y allaient en pèlerinage à chaque éclipsede lune, et s'assemblaient là au nombre de cent mille et plus. Ils croyaient que les
1. Firishta et Nizamuddin disent que, pour flatter le Sultan Ganda lui envoya quelques vers panégyriques qui lui plurent énormément. En récompense, Mahmoud donna à Ganda le gouvernement de 15 forts (Briggs, J, p. 67. Tabaqât, p. 14).
2. On ne sait sur quelle autorité Mr H. B. Sarda se fonde quanil dit que Mahmoud fut blessé et, levant le siège, se replia sur Anhild wad en 1024 ap. J.-C.
3. Asar-ul-Bilad, Elliot, I, pp. 97-8; Elliot, II, pp. 468-9. Pour de plus amples descriptions du temple, voir Elliot, II, pp. 471-72- 76).
l'avènement des ghaznévides 101
âmes des hommes se retrouvaient là après leur séparation d'avec les corps, et que l'idole les incorporait, suivant son bon plaisir, dans d'autres corps — d'après la doctrine de transmigration des âmes. Le flux et le reflux de la marée étaient considérés comme l'hommage de la mer à l'idole. Les choses les plus précieuses lui étaient apportées en offrande, et le temple recevait les rentes de plus de dix mille villages. Il y a une rivière (le Gange) dite sacrée, distante de Somnath de deux cents parasanges. Chaque jour, ils apportaient à Somnath de l'eau de cette rivière et en lavaient le temple. Un millier de Brahmanes étaient employés au culte de l'idole et au service des visiteurs ; cinq cents jeunes vierges dansaient et chantaient devant la porte. Tous vivant sur les rentes du temple. L'édifice était construit sur cinquante-sixpiliersenbois de teck, recouverts de molybdène. La châsse de l'idole était sombre, mais éclairée de candélabres de pierres précieuses de grande valeur. Auprès était une chaîne d'or du poids de deux cents manns (maunds). Quand la première partie de la nuit était écoulée, on agitait cette chaîne et ce son de cloches appelait au culte une nouvelle équipe de Brahmanes1. »
Mahmoud investit la forteresse qui s'élevait sur le rivage et qui était baignée par les vagues. De tous côtés, les princes Rajpoutes affluèrent pour défendre leur idole adorée, ils assaillirent les assiégeants, nourrissant le fol espoir que leur déité les exterminerait.
1. Somnath Patan, ou la ville de Somnath est située sur la côte ouest du Kathiawad, et est maintenant comprise dans le territoire de Junagarh. Le vieux temple est en ruine et un nouveau a été construit par Ahalyâbâî, près de l'ancien dont les ruines prouvent encore la grandeur. Le temple détruit par Mahmoud fut probablement construit par Bhoja Parmâr de Malwa, comme le prouve une inscription.
102 HISTOIRE DE L'iNDE AU MOYEN-AGE
Aux cris de Allahou-Akbar, les musulmans commencèrent l'attaque, que les Hindous repoussèrent avec un courage indomptable. Ils recommencèrent le lendemain, repoussés encore par les Hindous résolus à se battre jusqu'au dernier. Bhima Deva, roi du Gujarat, amena du renfort et ranima le courage des assiégés1. A la vue de tant de forces liguées contre lui, Mahmoud effrayé se jeta h bas de son cheval et implora Allah. Cet acte de foi dramatique frappa l'esprit des ignorants, fanatiques de l'Islam, qui se jetèrent dans la mêlée avec un nouveau courage, cinq mille hommes furent tués dans ce carnage. Mahmoud entra dans le temple aux cinquante-sixpiliers incrustés de pierresprécieuses. Il s'approcha de l'idole et ordonna que deux fragments en fussent détachés afin qu'il pût les envoyer à Ghazna pour augmenter le trésor de la grande mosquée. On dit qu'en le voyant briser ainsi l'idole, les Brahmanes désespérés lui offrirent de fantastiques richesses, si seulement il en épargnait le reste; mais ce champion de l'Islam répondit dédaigneusement qu'il ne voulait pas laisser à la postérité le nom de conservateur d'idoles, mais bien celui de briseur d'idoles. D'un seul coup, ce fanatique mit en pièces le lingam sacré, malgré les supplications et les richesses offertes. Ses soldats mahométans se jetèrent sur les trésors du temple et Mahmoud n'eut point de peine à se rendre maître d'une masse de diamants, de rubis et de perles d'une incalculable valeur. Firishta suppose que l'ido]e était creuse à l'intérieur et que dès que Mahmoud la frappa de son bâton, des joyaux et des pierres précieuses en sortirent. Al-Birouni, mieux documenté que Firishta,