Forbes, Râsmâlâ, vol. I, p
2. L'auteur du Habib-us- Siyar (Elliot, IV, pp. 184-85) écrit que le Sultan confia Somnath a Dâbshilîm ou Devashîlam, prince hindou qui payait tribut. Voir, dans le même ouvrage, le récit par Khondémlr du siège de Somnath (Elliot, IV, pp. 180-183).
104 HISTOIRE DE L'iNDE AU MOYEN-AGE
en l'an 417 de l'hégire (1026 ap. J-C.) Nizamuddin et Firishta sont d'accord pour dire que le Sultan ordonna laconstructions de mille quatre cent bateaux, chacun d'eux bien fourni d'armes et gardé par vingt archers avec des flèches et des arcs, des grenades et de la naphte. De leur côté, les Jats formèrent une flottille de huit mille bateaux pour aller à la rencontre des Turcs, mais ils furent vaincus et plusieurs d'entre eux passés au fil de l'épée1.
L'œuvre de Mahmoud. . — Ce n'était pas tâche facile que de transformer, par la seule force des armes, une petite principauté montagneuse en un royaume étendu et prospère. Mahmoud fut donc un grand roi. Les circonstances ont favorisé ses succès. Son génie politique et militaire fut aidé par les dissensions entre les puissances du Nord, devenues incapables d'élire un chef; par la chute des Samanides; les luttes perpétuelles entre les princes hindous, leur incapacité à faire cause commune; la décadence du pouvoir persan; le zèle extraordinaire des Turcs; autant de facteurs qui firent de chaque expédition une victoire pour Mahmoud et pour sa foi. Cependant, l'Hindoustan ne pouvait être occupé de manière permanente ■ — ce n'était d'ailleurs pas ce à quoi Mahmoud tenait le plus. D'autre part les Turcs supportaient mal le climat, ils avaient la nostalgie de leurs collines afghanes. Le Ghaznévide rentra
1. Briggs, I, pp. 81-82. Tabaqal-i-Akbari {Bibllolh. Ind., pp. 16- 17). Ce récit n'est appuyé par aucun autre historien comme le dit sir Henry Elliot (II, Appendix, p. 477), il paraît peu plausible que Mahmoud ait pu organiser à Moultan une flotte de 1.400 navires et que les Jats pillards lui en aient opposé 8.000. Il est aussi douteux que Mahmoud se sachant si fort sur terre, ait voulu engager un combat naval.
l'avènement des ghaznévides 105
chez lui exempt de toute idée d'annexion ou d'occupation définitive; il s'était rendu maître de toute l'opulence formidable des temples et des palais, c'était là toute son ambition • — peu facile à assouvir. Il dut être fait de l'étoffe dont se font les martyrs pour surmonter tous les obstacles que l'homme et la nature mirent sur son chemin. Sa marche sur Somnath à travers les déserts sablonneux du Rajpoutana est une preuve de la ténacité de sa volonté, de son renoncement à tout confort personnel et de son infaillible courage. Le grand Napoléon dit un jour : « En matière de guerre tout est mental. » Mahmoud ayant découvert lors de sa première expédition la faiblesse du système politique hindou, sa carrière entière fut la mise en pratique de ces paroles.
11 fut hanté par la crainte d'une invasion Centrale Asiatique et par le problème difficile de défense de ses frontières septentrionales, dont d'ailleurs il put maintenir les limites avec succès. Né chef militaire, il prit plaisir aux choses de la guerre et ne recula jamais devant une bataille, ajoutant à son caractère belliqueux la pensée du triomphe de l'Islam, Quand les Turcs envahirent la province de Baward, les généraux de Mahmoud ayant été défaits par eux à plusieurs reprises lui demandèrent de commander luimême cette expédition. Il marcha donc contre eux et leur infligea une écrasante défaite, en 1027 ap. J-C; quelques autres conquêtes furent le couronnement de sa carrière. Il mourut à Ghazna le 23e jour du Rabi-as-Sâni, l'an 421 del'hégire (avrill030), à l'âge desoixante ans, laissant des trésors inestimables et de vastes possessions1. Son royaume s'étendait