Ceci est la date inscrite sur son tombeau, à Ghazna
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de Boukhara et Samarkande au Gujarat et Kanauj dans le Doab, et comprenait l'Afghanistan, la Transoxiane, le Khorassan, le Tabaristan, le Sistan, le Cachemire, et une grande partie de l'Inde du nordouest. Mais il ne survécut pas plus de sept années à son fondateur, les Turcs Seldjouks envahirent l'Afghanistan avec de grandes forces et démembrèrent le royaume du Ghaznévide.
Caractère de Mahmoud, — Pour avoir été un grand conquérant, Mahmoud ne fut pas un barbare. Quoiqu'illettré lui-même, il apprécia les œuvres d'art, protégea les hommes de lettres, écouta avec grand intérêt les créations des poètes et les conversations des théologiens; il pensionna généreusement les écrivains et les savants. 11 eut parmi sa suite des poètes venant de tous les pays d'Asie; ils chantaient les louanges du conquérant, que celui-ci écoutait entre deux batailles. Quelques-unes des grandes figures du monde littéraire oriental s'élevèrent au-dessus du niveau ordinaire : le versatile Al-Birouni, mathématicien, philosophe, astronome et savant en sanscrit; Outbi, l'historien; Farâbî, le philosophe; et Baihakî, auteur du Tarikh-i-Sébuktéguine} dont Stanley Lane- Poole parle comme du « Pepys oriental ». Ce fut l'âge de la poésie. Quelques-uns des poètes de la cour de Mahmoud étaient célèbres dans toute l'Asie; les plus connus d'entre eux furent : Ouzâri, natif de Reï, en Perse, dont un court panégyrique lui valut du Sultan 14.000 dirhams ; Asadi Toûsi, originaire du Khorassan; Ounsuri, le plus grand génie de l'époque, dont Firishtaditquequatrecentspoètesetsavants,à parties étudiants de l'Université de Ghazna, le révéraient commeleurmaître;AsdjadietFarroukhi, élèves d'Oun-
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suri, pensionnés par le Sultan. Mais le plus célèbre de tousfut Firdausi, auteur du fameux Chahnama, grand poème épique qui a fait de Mahmoud le Ghaznévide un héros historique. On lui promit 60.000 miskâls d'or s'il achevait son œuvre, mais quand il eut fini son Shahnama, Firdausi ne reçut que 60.000 dirhams d'argent1; il en fut si offensé, qu'à la manière de Voltaire il écrivit une satire contre le Sultan et quitta Gh azna, j ustif iant ainsi la réputation de « race irritable » que fit Horace à tous les versificateurs2. Mahmoud voulut enfin réparer son erreur, il fit envoyer à Firdausi 60.000 pièces d'or, une robe de cérémonie, et des excuses pour son injustice; présents quelque peu tardifs, hélas, puisqu'à leur arrivée on portait en terre le corps du poète...
Mahmoud administra la justice d'une manière stricte et implacable; on raconte à ce propos l'anecdote suivante : Un homme vint un jour se plaindre au Sultan que son neveu prodiguait à sa femme des
1. Firdausi naquit à Tous, en Khorassan, vers l'an 339 de l'hég. (950) et mourut en 411 de l'hég. (1020 ap. J.-C). Mahmoud lui avait promis une belle récompense, mais il en fut privé à la suite des intrigues d'Ayâz, un favori qui nourrissait une amère jalousie à l'égard du poète (Elliot, II, pp. 190-92).
2. Browne a traduit en anglais la satire de Firdausi dans son Literary Hislory of Persia. La voici en françai s :
J'ai peiné bien des ans à ce long Chahnama,
Et je n'ai rien gagné à ce labeur ingrat
Qu'un cœur plein de chagrin, une illusion détruite,
Des promesses d'un jour gue l'aube met en fuite !
Mais si le roi fût né d'un père plus glorieux,
Ou si sa mère tût eu de moins tristes aïeux.
Sa gloire et sa fierté, égalées par personne,
N'auraient pas craint de ceindre à mon front des couronnes,
Et il aurait versé sur moi l'or et l'argent
Sans craindre d'épuiser un trésor indigen.
Mais qu' attendre daujourd'hui d'un valel sans histoire
Qui pour briller un peu doit étouffer la gloire !..
(Adaptation du traducteur).
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attentions malséantes. Aucun reproche ne pouvait mettre fin à ces visites. Mahmoud le pria simplement de revenir à la prochaine intrusion decevilainindividu. L'ordre royal fut exécuté et le Sultan suivit le mari outragé jusque dans sa maison. Là, afin de n'être pas détourné de son devoir par la pitié ou l'affection, Mahmoud éteignit toutes les chandelles et d'un grand coup de sabre trancha la tête de l'insolent. Et quine connaît l'histoire de la vieille marchande qui reproche à Mahmoud de conquérir tant de pays puisqu'il ne pouvait les gouverner convenablement! L'avarice du Ghaznévide fut certainement une caractéristique de sa vie, Nizamuddin et Firishta affirment tous deux qu'étant sur son lit de mort il ordonna que tous ses trésors fussent étendus devant ses yeux1; il gémit et pleura de devoir s'en séparer, mais ne donna rien à personne2. Il n'existe aucun docu-
1. Briggs, I, p. 84. Mirkhond, Rau.zat-u.s- Saf al, Elliot, II, pp. 134-135. Tabaqât-i-Akbari, Bib. Ind., p. 17.
2. Voici un résumé de la description du caractère de Mahmoud, par le Professeur Browne dans son Hisiory of Persian Literature, pp. 118-19.
Les vers des poètes do la cour ne sont, naturellement, que louanges exagérées de Mahmoud, et de son caractère; seuls quelques mécontents, tels que Firdausi, ne se mêlent pas à ce concert d'exagérations. Mais Ibn-Al-Athîr (1030 ap. J.-C.) tout en célébrant son intelligence, sa p été, sa vertu, le patronage qu'il accordait aux savants et son intrépidité dans la guerre, lui trouve cependant un seul défaut : c'est son amour de l'argent et son manque de scrupules dans la manière de se le procurer : « Il n'y a rien à blâmer en lui, ditil, sauf que tous les moyens lui seront bons pour acquérir de l'argent. Ainsi, pour donner un exemple, ayant entendu parler de l'opulence d'un homme de Nichapour, il le manda à Ghazna et lui dit : « J'ai appris que vous êtes un hérétique karmathe ». i e malheureux lui répondit : « Je ne suis pas un hérétique, mais pour être délivré de cette accusation je vous abandonne tout s mes richesses ! » Mahmoud en prit en effet une grande part et fit remettre à l'accusé une attestation de la pureté < e sa foi. Une telle iconoclasie le mettrait au-dessus de toute critique de la part des Musulmans, mais il n'est pas douteux qu'Ibn-Al-Athir n'ait montré le point faible du caractère du Sultan. Celui-ci, outre son avidité pour les richesses,
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ment permettant de réfuter cette accusation; ce ne fut que pour assouvir son amour passionné des richesses qu'il entreprit tant d'expéditions en de si lointains et difficiles pays. Cependant il sut dépenser son argent ; il établit dans sa capitale une université, une bibliothèque, et un musée orné de trophées de guerre qu'il apporta des pays conquis. Grâce à sa libéralité, des bâtiments magnifiques s'élevèrent à Ghazna et en firent l'une des plus belles villes d'Orient.
Mahmoud avait le don de l'administration. Il gouverna ses sujets avec équité, protégea le commerce et maintint l'ordre dans le pays, afin que les caravanes pussent aller librement du Khorassan à Lahore. Les gouverneurs provinciaux furent surveillés, il leur fut interdit d'oppresser le peuple. Nasr, frère du Sultan, gouverneur de Nichapour, fut un souverain intelligent et populaire, Outbi dit de lui : « Il était de caractère si noble, si pur et si bon que de toute sa vie jamais une parole acerbe ne sortit de ses lèvres, et que jamais personne ne fut offensé par lui. » Mahmoud surveillait les marchés et faisait contrôler les poids et mesures des négociants. Il assura aussi de pieuses donations; Outbi nous informe qu' «il dépensa presque 1.000 dinars pour établir la justice et le bienêtre parmi le peuple, et en pieuses et honorables libéralités. »
Mahmoud occupe dans l'histoire une place prépondérante. Pour les musulmans de son époque il fut un champion de la foi qui essaya de convertir
qui lui fit poursuivre avec ténacité sa campagne contre l'Inde, fut aussi un fanatique cruel pour les Musulmans hérétiques. Comme pour les Hindous (dont il massacra un nombre incalculable). D'humeur changeante, il fut un conquérant irrésistible plus qu'un arni fidèle ou qu'un ennemi magn- nime... »