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leur avis à ce sujet. Compliquant la question, il y avait encore des révolutions dans le Khorassan, le Khatlan, et le Boukharistan, engendrées par l'administration d'émissaires ambitieux et de loyauté douteuse;.

Les officiers, les uns après les autres, se proposèrent au Sultan pour aller remettre de Tordre en Hindoustan; le choix tomba enfin sur Tilak, un Hindou de basse extraction mais courageux et habile, beau parleur et bien fait de sa personne. Tilak1 était le fils d'un barbier, calligraphe émérite, il écrivait avec une égalé maîtrise en hindi et en persan; il avait rapporté du Cachemire une science consommée du déguisement et des aventures amoureuses et l'art de la sorcellerie dans lequel il était expert. Il gagna bientôt l'affection de Qazi Shirâz Bou'-l-Hasan, épris de sa beauté physique et de ses talents. Malgré la surveillance du Qazi, Tilak s'échappa pour se rendre près de son rival le Khwâja Ahmad Hasan, auquel il se plaignit de la conduite

1. Baihakî décrit Tilak comme Tilak l'Hindou, cependant que Firishta et Nizamuddin le nomment Tilak ibn Jaisen, ou Husain. Le texte de Calcutta du Tabaqal-i-Akbari a Tilak bin Husain. Il semble par là que Tilak ait dû être un converti hindou. Briggs (I, p. 105) le donne comme Hindou, mais ce n'est pas une autorité acceptable. Baihakî, qui a dû être au courant, n'est guère explicite à. ce sujet, mais l'étude attentive de ses récits nous mène à croire qu'il ne fut pas un converti. Baihakî (Elliot, I, p. 128) écrit que Tilak rendit de grands services au Sultan Masoud, c'est-à-dire qu'il amena sous 6a loi tous les Rators (Thakurs) hindous et plusieurs autres tribus. Cela lui eut été impossible, s'il n'avait pas été hindou.

Si Tilak était purement hindou, il est remarquable qu'à cette époque l'armée de Ghazna ait contenu des troupes hindoues. Il est vrai qu'une telle démoralisation avait pris racine dans la société hindoue qu'il n'était guère étonnant que des Hindous se louassent pour se battre contre leurs concitoyens, sous des drapeaux étrangers.

du Qazi. Le Sultan fut mis au courant de l'histoire et en réprimanda sévèrement le Qazi; lui aussi d'ailleurs fut impressionné par le charme et les qualités de l'Hindou. Le Khwâja, dont l'influence était grande auprès du souverain, s'attacha Tilak comme secrétaire particulier et interprète officiel entre les Hindous et l'Etat. En signe de faveur, Tilak reçut une robe brodée d'or, un collier d'or et de pierres précieuses, un dais et un parasol; on battit du tambour et pour proclamer son élévation aux hautes dignités, suivant l'usage hindou, sa résidence fut enguirlandée d'enseignes aux pointes dorées. Ainsi on daignait confier à un Hindou une charge importante, et Baihakî, le philosophe, très justement, observe que : « les sages ne s'étonnent point de telles choses, car les hommes ne naissent pas grands; ils le deviennent,. Mais il est important que chacun laisse après soi un nom honorable ». Les administrateurs musulmans aux Indes eurent pour principe qu'un homme d'humble naissance peut aussi bien qu'un autre occuper une situation élevée pourvu que sa valeur la mérite. Nous verrons par la suite avec quelle constance cette règle fut appliquée dans tout Etat islamique.

Vers le milieu du Ramadan de l'an 425 de l'hégire (juillet 1033), on apprit que Niyâltéguine était arrivé à Lahore avec une forte armée et était en lutte perpétuelle avec le Qazi, qui avait jeté tout le voisinage dans le désordre et l'effroi,. A la tête d'une grande force, Tilak marcha sur l'Hindoustan afin de châtier le rebelle. Son arrivée à Lahore sema la terreur parmi les adeptes de Niyâltéguine1, effrayés

1. Baihakî écrit que Niyâltéguine, réduit à la dernière extrémité, tenta de tuer Bon fils, mais il en fut empêché par les Jats qui l'enlevèrent sur un éléphant et le mirent en lieu sûr.

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des châtiments infligés aux renégats ils désertèrent et implorèrent le pardon de leur faute. Abandonné de ses amis et de ses partisans, et sentant l'inutilité de toute résistance, Ahmad prit la fuite; mais il fut rattrapé par Tilak et sa suite, composée d'Hindous pour la plus grande partie. Pendant la nuit qui suivit, Ahmad fut fait prisonnier après une courte lutte, il échappa cependant et réussit à tromper ceux qui le poursuivaient. Tilak mit sa tête au prix de 500.000 dirhams; aussitôt les Jats et autres tribus du Pendjab se mirent activement à la recherche des traces du rebelle. Quand ils le virent, ils l'assaillirent avec flèches, sabres et lances. Ahmad, seul contre tous, se défendit vaillamment; mais à la prochaine rencontre il succomba. Les Jats lui coupèrent la tête, et ils obtinrent enfin après de longues discussions et des marchandages sans fin une récompense de 10Q.000 dirhams. Masoud fut enchanté de tant de succès; il écrivit à Tilak des lettres de félicitation pour la manière diligente dont il avait rétabli l'ordre en Hindoustan. Encouragé par ce succès, le Sultan pensa à réaliser un vœu ancien : il exprima le désir de mener une expédition aux Indes, contre le fort de Hânsi1. De son plein gré, ou par erreur, il fit de la situation politique de l'ouest une description avantageuse, et diminua considérablement les dangers dont cette contrée menaçait l'empire. Khwâja, le vétéran, essaya de le convaincre de sa témérité; il suggéra que si les Turcs étaient coupables de rapines, de meurtres et d'incendies dans une seule province par eux conquise, dix guerres sain-

1. La ville de Hânsi, à 11 milles à l'est d'Hisar, possède un château en ruine (Tieffenthaler, I, p. 134) qui fut surnommé « la Vierge » car personne encore n'avait réussi à le capturer.

tes à Hânsi ne rachèteraient rien. Mais, obstiné, le Sultan répondit : « Le vœu pèse sur ma propre personne ». Il les pria ensuite de rester unis entre eux, afin que les affaires de l'Etat ne souffrissent point de son absence. Les ministres inclinèrent la tête en signe de profonde soumission et promirent au sultan d'exécuter ses ordres. A Ghazna, le Khwâjâ, fut investi de tous les pouvoirs. Le prince Maudoud fut nommé gouverneur de Balkh.

Capture de Hânsi. — Au mois d'octobre 1037 ap. J.-C, le Sultan quitta Ghazna, passa par Kaboul et voulut traverser la Jhelum, mais il y tomba malade et dut garder le lit pendant quatorze jours. A la façon de Bâber, le premier empereur mogol, il renonça à la boisson dans un accès de repentir, jeta dans les rivières les coupes et les flacons et exigea de tous ses officiers la plus complète abstinence pendant toute la durée de la campagne. Ils arrivèrent à Hânsi après une longue marche et mirent le siège devant la fameuse forteresse que personne n'avait j amais pu prendre. La bravoure et la force des assiégés ne se démentit pas un instant; les musulmans, ne pouvant en venir à bout, placèrent des mines sous le fort en cinq endroits différents et le prirent d'assaut dix jours avant la fin de Rabi-al-Awval. Les troupes se partagèrent un riche butin; les femmes et les enfants furent faits prisonniers, et les Brahmanes et autres dignitaires tués sans merci. Le Sultan remit la forteresse à un homme de confiance, et marcha contre Sonpat1, non loin de Delhi, où il ne rencontra aucune résistance. Il s'empara sans dif-

1. Cette ville est située au nord de Delhi (Tieffenthaler, I, p. 133).

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ficulté de tous les trésors du chef local qui s'était enfui dans les bois. En rentrant à Ghazni, le 3e jour de Djamadal-1-Dula, le Sultan victorieux célébra la grande festivité du Nouvel An. Il se tint un fastueux banquet où Masoudse dédommagea largement de l'abstinence qu'il s'était imposée pendant son expédition.

Ce séjour aux Indes fut une catastrophe. Profitant de l'absence du Sultan, les Turcs Seldjouks harcelèrent les territoires de Ghazna1, malgré le traité de paix qu'ils signèrent en 1032 ap. J.-C, après la défaite du général ghaznévide lltoutmish, infligée par le commandant de l'armée turque, Alaptéguine. Cette paix ne fut qu'une trêve.. Ils continuèrent à tourmenter les provinces de l'empire, quand, pour finir, Masoud résolut de les châtier, le peuple de Balkh s'étant plaint à lui de leurs agressions continuelles. Pendant ce temps, Toughril Beg, le Seldjoucide, envahit Ghazna et mit à sac une partie de la ville; il s'empara de Nichapour en 1037, prit le Khorassan sous sa domination et posa les fondements de la dynastie seldjoucide. Un an plus tard, quand le général turc envahit Badwird et Tedsen, Masoud comprit pleinement l'imminence du danger. A la tête d'une puissante armée, il marcha contre l'en-

1. Le créateur de leur puissance fut Toukâk, père de Seldjouk qui émigra du Turkestan en Transoxiane et embrassa l'Islam. Lui et ses succf 6seurs troublèrent bien des fois la quiétude de Mahmoud; après 6a mort ils s'emparèrent du Khorassan, mais en furent chassés. A l'avènement de Masoud, les Ghouzz attaquèrent le Khorassan et des révoltes éclatèrent un peu partout, cependant il fit courageusement place à la situation. Avec l'aide d'une grande armée, formée aux Indes, il repoussa les Ghouzz de Tous et de Nichapour et reconquit le Tabaristan. Mais en 1037, Toughril Beg s'empara du Khorassan et jeta les bases de la dynastie seldjoukide.

vahisseur, mais fut vaincu à Dandankan1, près de Merv, le 23 mars 1040; ce fut le signal de la désintégration de l'empire ghaznévide. Trois ans après, Maudoud, fils de Masoud, tenta de réprimer le flux des invasions turques, mais il fut battu et le pouvoir Sâljûq définitivement établi en Khorassan. Les territoires que les Ghaznévides possédaient à l'ouest, peu à peu leur échappèrent; ils furent forcés de concentrer vers l'Inde toute leur attention.

Fuite de Masoud en Hindouslan. — Effrayé, le Sultan ordonna que les préparatifs fussent faits en vue d'un voyage en Hindoustan. Les dames du harem plièrent en hâte leurs précieux bagages; tous les trésors du palais furent chargés dans des fourgons. Le vieux ministre supplia le Sultan de rester à Ghazna car son départ hâtif était un danger pour l'Etat; en vain il essaya de lui rappeler le résultat fatal auquel l'avait jadis conduit pareille obstination. Masoud traita son fidèle ministre de vieux radoteur, dont la sénilité avait étouffé le jugement. La caravane royale se mit donc en route pour l'Hindoustan; mais arrivée à Marigalah2, les esclaves turcs et hindous se mutinèrent, ils se saisirent du sultan et nommèrent à sa place son frère Mohammed qu'il avait rendu aveugle au moment de son accession au trône. Le captif fut conduit plus tard à la

1. Aboul-Feda décrit Dandankan comme une petite ville du Khorassan, célèbre par ses manufactures de coton. Les avis sont différents quant à la date de cette bataille : 430-31-32 de l'hégire. Le Habib-us- Siyar semble donner 1040 ap. J.-C. (Elliot, IV, p. 198. Briggs, Firishta, I, p. 110. Raverty, Tabaqat-i-Nasiri, I, p. 92).

2. Un col situé entre Rawalpindi et Attock, à quelques milles a TeBt de Hasan Abdal. Les collines étaient infestées de brigands qui choisissaient généralement ce col pour attaquer les voyageurs et les caravanes.

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forteresse de Géri, où il fut exécuté en l'an 433 de l'hégire (1041 ap. J.-G.)1 C'est de cette triste manière que périt celui dont Firisbta écrivit : «Ce fut un prince d'une force et d'un courage peu ordinaires, affable et d'un accès facile; généreux jusqu'à la prodigalité, spécialement envers les savants dans la compagnie desquels il se plaisait tant qu'il en faisait venir de partout. » Comme son père, Masoud protégea les hommes de lettres, bâtit des mosquées, dota des écoles et des collèges, dans les différentes villes de ses vastes possessions2. Il fut prince dans toute l'étendue du terme. Il posséda une volonté ferme, des armées innombrables, des ministres capables et tous les tremplins de la royauté; mais qu'étaient tant de puissances en face du destin inexorable? Baihakî, qui fut témoin de la grandeur et de la décadence de la dynastie ghaznévide, observe, à sa manière fataliste, que «l'homme est impuissant devant le sort ».

Faiblesse des successeurs de Masoud et oppression des Turcs Seldjoukides. ■ — Les Turcs étaient trop occupés par la conquête de la Perse et des contrées voisines pour s'occuper encore des affaires de Ghaz-

1. Les Tabaqat-i-Nasiri donnent 432 de l'hégire, comme date de la mort de Masud. Mais il semble qu'il ne fut assassiné que le 11e jour du Djamada-1-Dula, l'an 432 de l'hégire, quand son neveu Ahmad, fils de Mohammed l'aveugle, le tua de sa propre main. On dit que Mohammad, non instruit de cet acte, en fit des reproches à ses exécuteurs. Khondémir donne l'année 433 de l'hégire pour date de ce crime {Habib-ous-Siyar, Elliot, IV, p. 198).

2. Khondémir décrit Masoud comme « le protecteur des savants ». Il mentionne plusieurs lettrés qui lui dédièrent leurs œuvres. Parmi les travaux de l'époque, il mentionne l'ouvrage d'astronomie de Aboû-Rihân,le Tafhim-ut-TandjtmetsonQânoun-i-Masoûdî, amsi que Kitâb-i-Masûdî, ouvrage sur la jurisprudence islamique, de Aboû Mohammed Naichir.

ni. Les craintes de Masoud étaient donc sans fondement et sa fuite un acte inconsidéré. Après sa mort, son fils Maudoud monta sur le trône, Il eut à lutter contre son oncle Mohammed qu'il vainquit dans une bataille; il vengea la mort de son père en faisant exécuter sans pitié tous ceux qui participèrent à ce crime atroce. Après Maudoud vint une série de souverains sans énergie, dont la carrière monotone ne mérite même pas d'être mentionnée. Les Seldjoukides s'attribuèrent plusieurs parties du territoire, jusqu'à ce qu'en l'an 451 de l'hégire (1059 ap. J.-C.) Ibrahim mît un frein à ces incursions. Il établit fermement son autorité sur les tribus récalcitrantes et donna aux institutions administratives une nouvelle vigueur. Qazi Minhâj écrit: «Le trouble et le désordre auxquels les vicissitudes de l'époque et les guerres continuelles livrèrent l'empire, Ibrahim y remédia pendant son règne, et les affaires de l'empire du grand Mahmoud prirent une nouvelle vigueur. » A sa mort, en 492 de l'hégire, Alauddin Masoud lui succéda; par crainte des Sel djoucides, il épousa une princesse turque, sœur du Sultan Sandjar, indication certaine de la décadence des Ghaznévides. Il eut pour successeur, peu d'années après, Malik Arslan, qui réussit à monter sur le trône en supprimant tous ses frères à l'exception d'un seul, Bahrâm. Arslân traita sa belle-mère avec une telle impudence1 que son frère, Sandjar, appuya les prétentions de Bahrâm, candidat rival au trône de Ghazna. Sandjar s'avança jusqu'à Ghazna à la tête d'une forte armée et infligea une cruelle défaite

1. On dit qu'il l'obligea à danser devant lui. Sanjar ne put supporter cet affront et épousa la cause de son neveu Bahrâm.

Inde

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à Arslan. Celui-ci s'enfuit en Hindoustan pour échapper à la disgrâce, et y mourut dans la misère en Tannée 511 de l'hégire (1117 ap. J.-C.)1. Ainsi les Seldjoucides s'immisçaient dans les affaires de Ghazna, et puisque Bahrâm devait sa puissance à Sandjar, celui-ci se posa en « faiseur de rois » et protecteur de la couronne. Bahrâm fut un souverain capable et énergique, il entreprit plusieurs expéditions aux Indes, pour châtier Bahlim, le chef rebelle, qu'il défit et dont tous les fils et partisans furent faits prisonniers,.

Les Seldjoucides exercèrent une grande influence à Ghazna, mais ils ne songèrent jamais à s'établir définitivement en Hindoustan. Les pâturages et les verdoyantes prairies du Khorassan les attiraient davantage que les vallées de l'Afghanistan, et ils ne cessèrent de désirer le retour aux régions de l'Ouest. La province hindoue conserva son indépendance et sa tranquillité, sans être jamais définitivement incorporée au royaume de Ghazni. La contrée du Pendjab et du Moultan fut complètement soumise et la suzeraineté de Ghazna pleinement établie. Les Hindous, à plusieurs reprises, relevèrent la tête, comme ils le firent en 1043 ap. J.-C, lors de la ligue contre les musulmans et du siège de Lahore. Mais tous leurs efforts furent vains et chaque fois les forces musulmanes triomphèrent. Pour le moment, aucune recrudescence de rébellion hindoue n'étant à craindre, les Ghaznévides ne trouvèrent

1. Minhaj et Firishta disent que Sandja resta 40 jours à Ghazna, mais dès qu'il eût tourné le dos, Arslân tenta encore de regagner sa capitale. Sandjar se mit encore en campagne en personne et expulsa Arslân de Ghazna.

aucune difficulté à maintenir le Pendjab sous leur autorité.

Le règne de Bahrâm se fût terminé glorieusement sans les querelles qui s'élevèrent entre lui et les Maliks de Ghor, petite principauté montagneuse située entre Ghazna et Hérat. Ce peuple vaillant et guerrier s'était installé dans cette région difficile, sous le commandement de chefs Suri. Impressionnés par la forte personnalité de Mahmoud, ils l'avaient suivi dans ses expéditions lointaines, sous de rudes climats. Mais lorsque le sceptre de Ghazna passa entre les faibles mains des successeurs de Mahmoud, ils les traitèrent avec moins de respect. Il fallait à ces montagnards belliqueux des campagnes audacieuses, puissamment menées, des généraux énergiques, capables de discipliner cette activité dévorante. La situation était tout à fait tendue, quand un chef Suri fut mis à mort par ordre de Bahrâm. Ce meurtre cruel sema la consternation parmi le peuple, qui prit immédiatement les armes pour venger la mort de son chef, Saif-ud-din, frère de la victime, dirigea une attaque contre Ghazni et s'en rendit maître en 1148. Bahrâm fut chassé de ses domaines, mais par d'habiles conspirations, il les recouvra bientôt, rentra en triomphe dans sa capitale, défit Saif-ud-din, le mena à travers toute la ville dans une parade ridicule et le fit décapiter.

Ce crime épouvantable eut des conséquences désastreuses. Le troisième frère du chef assassiné, Alâ-ud-din. surnommé Jahân-soz ou Incendiaire du monde, entra dans une grande colère quand il apprit ce meurtre et jura de se venger de la maison de Ghazna. A la tête d'une puissante armée, il marcha sur la capitale. Quoi qu'il eût rassemblé toutes

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ses forces, Bahrâm Shah fut cependant vaincu et son fils, Daulat Shah, tué dans la bataille. Alâ-ud-din continua sa marche victorieuse et prit d'assaut la cité de Ghazna. Les plus beaux bâtiments de la ville, témoignages artistiques de la splendeur et de la magnificence de Mahmoud, furent démolis, et pendant les sept jours que dura l'occupation de la ville par le chef ghouride « l'air, noir de fumée, devint obscur comme la nuit; et ces nuits-là furent aussi lumineuses que des jours, éclairées par le brasier de la ville en flammes ». La ville entière fut livrée au pillage et au massacre, les hommes, les femmes et les enfants furent tués ou réduits à l'esclavage; les cadavres de tous les Sultans de Ghazna, à l'exception de ceux de Mahmoud et d'Ibrahim, furent tirés de leurs tombes, traités avec la plus grande indignité et brûlés. Satisfait de son succès, Alâ-ud-din retourna à Ghor et se voua à la poursuite du plaisir, Il commença aussi à se montrer ouvertement hostile envers h Sultan Sandjar. Celui-ci, bien armé, avança sur Ghor, vainquit Alâ-ud-din et se saisit de sa personne, mais il fut bientôt autorisé à rentrer à Ghor où lui fut restituée sa dignité première. Des Ghouzz turcomans ravagèrent l'Afghanistan et les gouvernements Ghourides et Ghaznévides furent momentanément abolis. C'est durant cette période de trouble que mourut Alâ-ud-din, en 1161 ap. J.-C. Lorsque Alâ-ud-din avait envahi Ghazna, Bahrâm avait fui en Hindoustan et était mort en route. Son fils, Khusrau Malik, lui succéda sur le trône de Lahore. Jeune homme débauché, incapable de tout travail administratif et sans aucune force de volonté, sous son règne les forces de désagrégation se multiplièrent. L'administration tomba dans le désor-

dre, les émirs aussi bien que les officiers supérieurs nièrent son autorité*. Le Sultan ne sut pas vaincre cette insubordination temporaire, l'autorité du pouvoir central chancela. Adonné complètement aux plaisirs, Khusrau Malik ne fit rien pour se protéger contre l'attaque ghouride. La puissance de Ghazna faiblit et l'on vit s'élever la maison de Ghor. Quand le fils de Jahân-Soz. Alâ-ud-din, mourut en 1163, la principauté de Ghor passa à son neveu Ghiyâsud-din ibn Sâm. Il lutta contre les Ghouzz; soumit Ghazna dont il confia la charge à son frère Muizzud-din. plus connu en histoire sous le nom de Mohammed le Ghouride; cependant que Ghiyâs luimême se contentait de gouverner son fief natal de Firoûzkoh. Muizz-ud-din, d'esprit aventureux et guerrier, envahit Ghazna et conduisit de nombreuses incursions en Hindoustan. En 577 de l'hégire, il fit son apparition devant les portes de Lahore, obligea Khusrau Malik à demander la paix et à abandonner son jeune fils âgé de quatre ans en garantie de l'exécution du traité. Mais ceci ne satisfit point son ambition. Il apparut une seconde fois devant Lahore et l'assiégea. Toute la contrée fut envahie; le fort de Sialkot fut pris et pourvu d'une garnison. En 1186, une autre incursion eut raison de Lahore. Les moyens les plus vils n'arrêtaient pas le chef ghouride s'il voulait se débarrasser d'un ennemi. Ces barbares ne connaissaient pas les nobles sentiments d'honneur et de chevalerie. Par un stratagème de fourberie et l'appât de fausses promesses, Khusrau Malik fut amené à sortir de la forteresse1;

1. Voici comment Firishta décrit le stratagème : Muizz-ud-Din informa Khusrau Malik qu'il voulait être en termes de paix avec lui. Comme témoignage de sa sincérité, il lui renvoya son fils, avec

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il fut immédiatement fait prisonnier et envoyé à Ghazni qu'il quitta bientôt pour Firoûzkoh. Arrivé là, l'aîné des Ghourides le fit enfermer dans la forteresse de Balarwân, dans le Ghouristan, où il fut mis à mort probablement en 598 de l'hégire (1201 ap. J.-C), après quelques années de captivité. Son fils, Bahrâm Chah, succomba au même sort; ainsi se termina de façon peu glorieuse la descendance de Subuktéguine. Ghazna fut en proie à une grande révolution dynastique et « la souveraineté de l'Iran, le trône de l'Hindoustan et le territoire du Khorassan devinrent la propriété des Maliks et des Sultans de la maison de Ghansabânî ».

Chute de l'empire. — Ainsi, après deux siècles d'existence, à peu près, l'empire de Ghazna disparut de la scène de l'histoire. Un empire reposant entièrement sur des bases militaires ne peut durer longtemps s'il n'a à sa tête des gouverneurs capables et possédant à fond l'art de la guerre. Quoique grand chef x de guerre, Mahmoud n'avait établi aucune institution, édicté aucune loi pour l'administration régulière de ses vastes possessions. Il n'y avait aucun principe de cohésion ou d'unité dans le Gouvenement. D'ailleurs, n'avons-nous pas déjà cité l'anecdote de cette vieille femme qui reprochait à Mahmoud de conquérir tant de terres puisqu'il était incapable de bien les administrer? En effet, les pro-

une escorte magnifique. Khusrau s'avança pour aller à la rencontre de son fils quand, dans l'obscurité, il fut tout à coup entouré de cavaliers ghourides. Et au matin, à son réveil, le Sultan se trouva prisonnier. Muizz-ud-Din demanda la reddition de Lahore qui lui fut immédiatement accordée, et il entra en triomphe dans la ville (Briggs, I, pp. 158-59).

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priétés et la vie même des habitants n'étaient pas suffisamment protégées. L'opulence fantastique que Mahmoud rapporta de l'Inde engendra le luxe dans lequel se perdit la force de caractère de ses successeurs. Pour de tels êtres dépourvus d'énergie, il était impossible de tenir en respect les turbulentes tribus que Mahmoud avait su maîtriser; les chefs vaillants qui l'avaient suivi dans ses expéditions lointaines s'éloignèrent de souverains dont une dégradante sensualité avait tué l'esprit martial. Les Turcs essayaient de s'imposer; l'autorité suprême n'en imposait plus à personne; les émirs et les officiers s'en moquaient. Dès que la dégradation du système politique fut connue, des révoltes éclatèrent de tous côtés* Les Turcs se tranchaient de grandes parts dans le territoire de Ghazna, et leur pression devint insoutenable aux gouverneur ghaznévides. D'ailleurs, ces faibles souverains n'étaient que des pantins aux yeux d'hommes tels que Toughril et Sandjar. Us arrivèrent comme des ouragans et vainquirent leurs adversaires par leur audace et leur violence. Comme au delà de l'Hindou-Kouch, le désordre augmentait, l'Inde aussi commença à exprimer son mécontentement. Il était trop difficile à cette époque de tenir à Ghazna l'administration de l'Inde. Les gouverneurs essayèrent bien de concentrer leur attention sur le problème hindou, cependant de trop nombreuses affaires les occupaient pour qu'ils pussent trancher la question avec succès. Mais les chefs ghourides qui leur succédèrent étaient d'une toute autre trempe. Mieux équipés pour les nécessités d'un champ de bataille, ils possédaient les qualités indispensables pour guider et commander les Turcs fougueux. Ils surent user de leur

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valeur et de leur énergie en vue de leur propre extension. Mohammed le Ghouride, dominant tous ses alliés, s'étant débarrassé des rivaux de son pays natal, se mit à la conquête de l'Hindoustan et soumit à son autorité son peuple et ses princes.

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