‹ Histoire du monde (volume 5)Chapitre 28 sur 135 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

La Conquête de THincloustan et l'origine des esclaves.

Mohammed le Ghouride et ses expéditions aux Indes. — Mohammed le Ghouride s'empara sans difficultés des provinces musulmanes de l'Hindoustan. Son expédition contre les Rajpoutes Bhatti de Uccha fut couronnée de succès grâce à la déloyauté de Id Rani qui fit assassiner son mari pour livrer passage à l'envahisseur1. L'an 570 de l'hégire le Moultan fut enlevé aux hérétiques Karmathes. En passant par Uccha et Moultan, Mohamed marcha contre le RajadeNehrwala qui malgré sa jeunesse et son inexpérience, le força à battre en retraite. Mais l'attaque de Peshawar fut

1. Le raja était assiégé dans sa forteresse, mais Mohammed trouvant la place difficile à prendre, envoya un message à la Rani, lui promettant de l'épouser si elle livrait son mari. Elle répondit qu'elle était trop Agée pour se remarier, mais qu'elle avait une fille qu'elle donnerait au Sultan, et qu'elle ferait éloigner le Raja si le Sultan lui laissait pleine possession de ses richesses. Le Sultan accepta la proposition et quelques jours plus tard, on annonça la mort du raja. Les portes de la forteresse furent ouvertes à l'ennemi. Mohammed tint sa promesse : il épousa la fille, mais envoya la mère à Ghazna où elle mourut peu de temps après, de désappointement et de tristesse. L'épouse du Sultan ne survécut pas longtemps à ce chagrin et mourut en l'espace de deux ans. Ceci est l'histoire de Firishta; il serait difficile de jurer de sa véracité (Biiggs, I, pp. 169-70).

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couronnée de succès le Sultan soumit le Sindh jusqu'à Debal et la côte, et s'empara d'immenses richesses. Lahore fut l'objet delà prochaine incursion; Khusrau Malik défendit sa forteresse avec une telle vigueur que Mohammed conclut un traité avec lui et rentra à Ghazni en laissant une garnison au fort de Sialkot1. Après le départ du Sultan, Khusrau Malik, assisté des tribus Khokhar, assiégea la forteresse mais sans réussir à s'en emparer2. Mohammed apprenant la nouvelle, dirigea contre Lahore une nouvelle expédition et en 1186 ap. J.-G. s'empara de Khusrau Malik par la ruse dont nous avons déjà parlé. C'est ainsi que finit la dynastie de Subuktéguine. Lahore passa au pouvoir du vainqueur qui en confia la garde à Ali-i-Karmakh, gouverneur de Moultan; le père de l'auteur des Tabaqaii-Nasiri remplit les fonctions de juge principal.

Mohammed avait conquis la province musulmane mais il était encore loin d'être maitre de l'Hindoustan. Les royaumes Rajpoutes, riches et puissants, sis au cœur du pays, se tenaient prêts à livrer bataille à l'envahisseur. Les Rajpoutes, bien connus pour leur chevalerie et leur héroïsme, étaient une race guerrière, fiers de leur descendance et jaloux de leur honneur. Jusque-là les montagnards de Ghazna et de Ghor avaient victorieusement combattu les Seldjouks

1. Le fort de Sialkot fut restauré et pourvu d'une garnison. Le major Raberty (Tabaqat-i-Nasiri, I, p. 453, note 4) commet une grosse erreur en affirmant que Muizz-ud-Din fonda la forteresse de Sialkot. Nous ne trouvons pas cela dans Firishta qui dit simplement que le fort de Sialkot fut réparé et pourvu d'une garnison.

2. Les Khokkars sont absolument distincts des Gakkars. Aboul- Fazl fait toujours entre eux une distinction dans son Ain-i-Akbari. Voir la note 4 de Raverty, dans les Tabaqat-i-Akbari, I, p. 455).

En contradiction avec les autres historiens, Firishta écrit (Briggs, I, p. 171) que Khusrau Malik rentra en possession de la forteresse. L'auteur des Tabaqat-i-Nasiri dit clairement que Khusrau se retira de nouveau, sans avoir pu accomplir son projet.

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et autres Turcs de Transoxiane, mais ils ne s'étaient jamais trouvés en présence de guerriers tels que les Rajpoutes. Né combattif, jamais un Rajpoute n'eût pensé à se rendre ou à fuir. Mais l'organisation féodale de la société rajpoute en paralysait la force. Le souverain était la tête de ce système; toute la contrée se divisait en petits districts, dont chacun était gouverné par un chef de peu d'importance ou Jagirdar lequel, à l'heure du danger, servait sous les ordres de son seigneur. Ces chefs ou teneurs de fiefs étaient divisés en grades et les variés degrés d'inféodation réglaient les rapports entre seigneur et vassal. Les rivalités et les querelles des différentes classes, prévenaient toute unité d'action et les distinctions de castes parmi les Rajpoutes eux-mêmes empêchaient le peuple de se mêler tant soit peu à la noblesse. La communauté se privait ainsi d'une recrudescence de force en rendant impossible à un homme d'humble extraction, si capable fût-il, de s'élever à une dignité quelconque. Les fiefs étaient réservés aux nobles, et cette exclusivité donna naissance à une aristocratie à peu près héréditaire et par conséquent très égoïste. Les charges passant de père à fils, l'Etat entier ne dépendait que d'une seule classe d'hommes, attachés aux privilèges, naturellement, et manquant de mérite et d'énergie. Ces gouvernements rajpoutes, uniquement basés sur un système féodal, ne pouvaient durer longtemps; il n'est pas surprenant que le premier choc de l'invasion musulmane les eût ébranlés jusqu'en leurs fondements.

Mohammed rassembla ses forces et, marchant sur Sarhind1, captura cette ville-frontière qui occupait

1. Sarhind est une ville considérable. Elle eut une grande importance stratégique au Moyen-âge. (Voir : Rennell, Memoir of a map

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une position stratégique importante. L'approche de Mohammed le Ghouride alarma les princes rajpoutes, qui jugèrent opportum d'enrayer cette avance. Dans le Nord de l'Inde, les plus puissants clans rajpoutes étaient les Gaharwârs, connus plus tard sous le nom de Rathors de Kanauj ; les Ghohâns de Delhi1 et d'Ajmer, les Pâla et Sena du Béhar et du Bengale, les Baghelâ du Gujarat et les Ghandela de Jaijâkbhukti, c'est-à-dire du Boundelkhand moderne. Au chapitre premier, mention a déjà était faite de l'origine et du développement de ces diverses familles. Les plus puissants d'entre tous furent les gouverneurs de Delhi et de Kanauj, dont la rivalité célèbre dans l'Inde entière, et les dissensions continues ne firent que favoriser l'invasion étrangère. En leur qualité de princes très puissants et très influents du Doab, ils eurent à subir les premiers, et le plus lourdement, la vigueur des attaques et la force des armées musulmanes.

Les exploits héroïques de Prithvîrâja le Chevaleresque qui avait succédé aux roi de Delhi et d'Ajmer lui avaient valu une grande réputation. Il marcha contre le Ghouride à la tête d'une forte armée comprenant, d'après Firishta, 200.000 cavaliers et 3.000 éléphants, et assisté des princes Rajpoutes alliés, il rencontra l'armée ennemie à Ta-

of Hindousian, pp. 67-68.) Firishta la nomme Bhatinda, et Briggs, Bituhunda, pp. 67-68. Les Taboqat-i-Nasiri ont Tabarhindah (Raverty, Tabaqai, I, p. 172, 457), mais tous les autres écrivains écrivent Sarhind.

Sarhind est le nom correct; Bhatinda est à quelques milles à l'ouest de Thanesar. Un coup d'œil sur la carte de Rennell, dans M&moir of a map of Hindousian, en regard de la page 65, montre que c'est bien Sarhind qui fut occupée. Sarhind fut ensuite appelée Tabarhindah.

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